Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


CHAPITRE IV
L’intelligence animale


Observations qui semblent favorables à l’hypothèse de l’évolution animique Les chevaux d’ElberfeldLe chien Rolf La chienne Lola Zou

 

Pour appuyer les assertions des naturalistes qui ont admis l'intelligence animale, des expériences du plus haut intérêt ont été poursuivies depuis plusieurs années, principalement en Allemagne, sur des chevaux et sur des chiens ; elles tendent à démontrer que nos frères inférieurs ne sont pas aussi éloignés de nous intellectuellement qu'on se l'imagine communément. Je vais résumer rapidement les observations publiées au sujet des chevaux d'Elberfeld, des chiens Rolf et Lola.

Les chevaux calculateurs

En 1912, la presse parisienne mena grand tapage au sujet de la publication des expériences faites par M. Krall, riche négociant d'Elberfeld, avec ses chevaux Muhamed et Zarif. Ces intelligents quadrupèdes, au moyen d'un alphabet conventionnel, pouvaient s'entretenir avec leur maître, faire des calculs compliqués, allant même jusqu'à l'extraction des racines carrées et cubiques. On conçoit que de pareilles affirmations furent accueillies par une incrédulité générale. Cependant plusieurs psychologues de grand renom ayant étudié le cas de ces animaux remarquables, on s'aperçut qu'il y avait là réellement un nouveau champ d'observation pour la psychologie animale, et de nombreux rapports furent publiés dans les Annales des sciences psychiques des années 1912 et 1913, dans les Archives de Psychologie de la Suisse romande et dans la Revue italienne Psyché. Je vais citer librement des passages empruntés à ces différentes sources. Ils établiront la certitude des remarquables facultés de ces animaux.
M. Krall ne fut pas le premier qui s'occupa d'étudier l'intelligence des chevaux ; l'honneur en revient à un précurseur nommé Wilhelm Von Osten, qui dès 1890 crut remarquer chez le cheval Hans, un étalon russe, des signes d'une intelligence qu'il résolut de cultiver. Avec une patience inlassable, il s'attacha à se faire comprendre de Hans, qui devint capable, non seulement de compter, c'est-à-dire de frapper sur un tremplin placé devant lui avec son pied droit le chiffre des unités et avec son pied gauche celui des dizaines, mais encore d'effectuer de véritables calculs, de résoudre de petits problèmes. Il apprit à lire et indiquait la date de chaque jour de, la semaine courante, etc.
Le bruit fait autour de ces sensationnels résultats suscita de violentes polémiques. Une commission fut nommée en 1904, composée de MM. Stumpf et Nagel, professeurs de psychologie et de physiologie à l'Université de Berlin ; du directeur du jardin zoologique ; d'un directeur de cirque ; de vétérinaires ; d'officiers de cavalerie. Le résultat de cette enquête fut qu'il n'y avait ni trucs, ni supercheries, puisque le cheval calculait exactement, même en l'absence de son propriétaire. C'est alors que M. Oskar Pfungst, élève du laboratoire de psychologie de Berlin, après une étude attentive de Hans, crut pouvoir affirmer que le cheval était amené à faire des réponses exactes par l'observation de mouvements inconscients de la tête ou des yeux de l'expérimentateur. Dès lors, la question de l'intelligence animale parut enterrée et, en 1909, le précurseur Von Osten mourut désespéré.
Mais voici qu'un de ses admirateurs et élève, M. Krall, peu convaincu de la réalité des explications de M. Pfungst et très versé dans l'étude de la psychologie animale, ayant hérité de Hans, l'étudia méthodiquement et fit connaître les résultats de ses travaux dans un gros volume qui attira de nouveau l'attention sur cette passionnante question. M. Krall affirmait, en effet, que Hans est capable de travailler dans une obscurité complète et aussi lorsqu'on lui met des oeillères qui l'empêchent de voir les assistants. Enfin, il répondait exactement, contrairement à ce que disait M. Pfungst, lorsque les questions étaient posées au cheval à plus de 4 m. 1/2 de distance derrière lui.
Il n'y avait donc plus de doute : Hans n'obéissait pas à des signaux visibles et les réponses exactes étaient le produit de son psychisme propre.
M. Krall découvrit dans une série d'expériences que l'acuité visuelle du cheval est très fine et très grande et qu'il n'est pas sujet aux illusions optiques que l'on essaye de provoquer en lui. Finalement Hans comprit parfaitement la langue allemande et devint capable d'exprimer des idées au moyen d'un alphabet conventionnel frappé avec son sabot[2] .
A la suite de ces recherches, Hans, vieux et fatigué, ne donnait plus que des résultats incertains, ce qui décida M. Krall à se procurer deux étalons arabes, Muhamed et Zarif, dont il entreprit l'éducation, laquelle ne tarda pas à donner les plus brillants résultats. Treize jours, après la première leçon, Muhamed exécutait de petites additions et soustractions. Chose remarquable M. Krall n'apprenait pas à ses chevaux comment nous faisons ces opérations, mais seulement en quoi elles consistent.
Au mois de mai suivant, Muhamed comprenait le français et l'allemand et pouvait extraire des racines carrées et cubiques, exécuter de petits calculs du genre de celui-ci.


D'autre part, Zarif apprit à épeler de son propre chef des mots qu'on prononçait devant lui et qu'il n'avait jamais encore vus écrits. On conçoit que de pareils résultats suscitèrent un étonnement général, car, ainsi que l'écrivait M. Claparède, c'était le plus grand événement qui se fût jamais produit dans la psychologie générale. De toutes parts affluèrent des savants, qui, d'abord incrédules, s'en retournèrent convaincus de la réalité des récits de M. Krall. Parmi les hommes de science renommés qui ont émis leur jugement sur les chevaux d'Elberfeld, je citerai d'abord Ernest Hoeckel, l'illustre Hoeckel, qui écrivit à M. Krall : « Vos recherches soigneuses et critiques montrent d'une façon convaincante l'existence de la raison de l'animal qui, pour moi, n'a jamais fait de doute. »
Le célèbre naturaliste voyait évidemment dans cette similitude entre l'animal et l'homme une confirmation de ses théories matérialistes. C'est ensuite le Dr Edinger, l'éminent neurologiste de Francfort ; ce sont les professeurs Dr H. Kraemer et Dr H. E. Ziégler, tous deux de Stuttgart ; le Dr Paul Sarazin, de Bâle ; le professeur Ostwald, de Berlin ; le professeur Dr A. Beredka, de l'Institut Pasteur de Paris ; le Dr Claparède, de l'Université de Genève ; le professeur Scheeller ; le physicien professeur Gehrke, de Berlin ; le professeur Goldstein, de Darmstadt ; le professeur Dr Von Buttel Reopen, d'Oldemburg ; le professeur Dr William Mackenzie, de Gênes ; le professeur Dr R. Assagioli, rédacteur en chef de la revue Psyché, de Florence ; le Dr Hartkopf, de Cologne ; le Dr Freudenberg, de Bruxelles, qui vinrent à Elberfeld vérifier les facultés inattendues qui se révélaient chez les pensionnaires de M. Krall. C'est enfin le Dr Ferrari, professeur de neurologie à l'Université de Bologne, qui, après avoir publié dans la Revisla de Psychologia et les Annales des Sciences Psychiques un article contraire à la thèse de M. Krall, se déclara ensuite convaincu de la réalité de l'intelligence des chevaux après un examen plus mûr de la question.
Il ne faut pas moins que toutes ces affirmations pour nous faire accepter la réalité de l'intelligence des chevaux, puisque toujours nous sommes portés à ne voir dans nos animaux domestiques que de pures machines.
Cependant, comme le dit Alfred Russel Wallace, « les faits sont des choses opiniâtres», et il faut bien nous incliner devant eux quand ils sont irréfutablement établis, ce qui est ici le cas. Comment expliquer autrement, en effet, que par un travail propre de l'animal des résultats comme ceux-ci ? Un jour M. Mackensie et les autres assistants posèrent sur le tableau le problème suivant : 4v(1874161) : la réponse exacte 37 a été donnée par Muhamed pendant que les assistants étaient tous dans la cour et regardaient dans l'écurie à travers une petite ouverture. Une autre fois, le problème fut posé par téléphone et sa solution, bien qu'ignorée de la personne qui l'inscrivit au tableau, fut donnée exactement par l'intelligent quadrupède.
Mieux encore, des questions renfermées dans des enveloppes cachetées, dont tous les assistants ignoraient les solutions, furent envoyées par le Dr Hartkopf de Cologne. Muhamed répondit avec exactitude. D'autre part, M. Maeterlinck, dans son livre L'Hôte inconnu, raconte que, s'étant rendu à Elberfeld, il posa à Muhamed et à Zarif de petits problèmes dont il ignorait la solution, n'ayant pas regardé les chiffres qu'il s'agissait d'additionner ; cependant, les réponses furent toujours exactes.
Il semble donc bien qu'il ne s'agit pas ici d'une transmission de pensée ou même d'une action télépathique de qui que ce soit. Comme la question est de la plus haute importance, je citerai encore le rapport du professeur G. Grabow contre l'hypothèse de la transmission de pensée, comme explication de tous les cas. Il expérimentait avec le cheval Hans. Le voici :

Je collais sur des cartes à jouer du papier blanc et mettais sur chacune des chiffres pour de petites opérations, par exemple : 2+3 ; 4+2 ; 7-2 ; 12-5 ; 5 x 2, etc...
Comme nous avions convenu, M. Von Osten devait se placer dans le coin gauche de la cour, tandis que je me plaçais dans le coin droit ; ensuite il devait m'envoyer Hans. Cela fut fait. Hans vint devant moi et je lui dis : « Hans, je te montrerai une carte sur laquelle il y a un calcul à exécuter : va auprès du monsieur en face, et, si tu donnes la réponse juste, tu auras du sucre. Veux-tu ? » Hans répondit affirmativement en baissant la tête.
Je sortis les cartes de ma poche, je les mêlai de telle sorte que j'ignorais quelle était la carte du dessous et la montrai à Hans. Je lui demandai : « As-tu compris ? » Il répondit encore « oui » de la tête. « Alors, va auprès du monsieur en face et donne-lui la réponse. Hans alla devant M. Von Osten, qui lui demanda : « Alors, quelle est la solution ? » Hans frappa du pied cinq fois. Quel est le premier chiffre ? Réponse 2. Quel est le second chiffre ? Réponse 3.
C'est seulement alors que je regardai la carte du dessous du paquet. En effet, sur cette carte il y avait 2+3, que Hans avait lu, compris, calculés correctement. Tout cela sans que personne eût pu l'aider et même sans être aidé par une suggestion inconsciente qui, dans le cas, était impossible.
Quant à moi j'ignorais les chiffres et Von Osten n'aurait pas pu en prendre connaissance de l'autre côté de la cour.
Cette expérience fut répétée de la même façon et Hans répondit à son maître 7.
Quel nombre est placé le premier ? Réponse : 12.
Hans avait donc compris le signe moins et avait résolu le problème 12 - 5 tout à fait correctement sans aucune aide.
Docteur GRABOW,
Membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique de Prusse.


En voici encore deux autres exemples d'autant plus intéressants qu'ils témoignent d'une véritable initiative intelligente[3] :

M. Krall, parlant de son poney, raconte à Maeterlinck les deux anecdotes suivantes qui démontrent la spontanéité de l'intelligence de ces remarquables solipèdes.
Un matin, par exemple, j'arrive à l'écurie et me dispose à lui donner sa leçon d'arithmétique ; à peine devant le tremplin, il se met à frapper du pied. Je le laisse faire et je suis stupéfait d'entendre une phrase tout entière, une phrase absolument humaine sortir, lettre par lettre, du sabot de la bête. « Albert a battu Haenschen », me dit-il, ce jour-là. Une autre fois, j'écris sous sa dictée : «Haenschen a mordu Kama ». Comme un enfant qui revoit son père, il éprouvait le besoin de me mettre au courant des petits événements de l'écurie ; il faisait l'humble et naïve chronique d'une humble vie sans aventures...


Voilà bien réellement un travail spontané de l'animal.
Dans une autre circonstance, Zarif épela de lui-même « moi fatigué » et au lieu de résoudre un problème qu'on lui proposait, il donna le nom de M. Claparède en omettant les voyelles suivant une habitude qui est familière à ces chevaux.
M. Krall acheta un beau cheval aveugle nommé Berto et lui enseigna le calcul par le toucher, en désignant les chiffres avec un doigt posé sur la peau de l'animal. La tentative réussit pleinement, dit M. Assagioli, car en très peu de temps Berto apprit à frapper le nombre de coups correspondant aux chiffres dessinés sur sa peau. Il put donner le résultat exact de plusieurs additions simples posées à haute voix comme 65 + 11 ; 65 + 12, etc.. ; et quelques jours auparavant, il avait répondu correctement aux questions 9 - 4 ; 8-2 ; 3 x 3, et ainsi de suite.
Enfin un petit poney nommé Haenschen apprit aussi le calcul. Voici donc des chevaux différents, comme race et comme âge, qui nous témoignent de leur intelligence en répondant avec exactitude aux petits problèmes qui leur sont posés. Sans doute, comme les humains d'ailleurs, ils ne sont pas tous les jours bien disposés ; il leur arrive de commettre des erreurs et, chose bizarre, il semble que parfois la personnalité de celui qui les examine influe sur leur mentalité ; autant avec certaines personnes ils répondent vite et bien, autant ils montrent de répugnance et de mauvaise volonté vis-à-vis de ceux qui ne leur plaisent pas.
Tous ces faits semblent donc bien établir que, contrairement à l'opinion généralement adoptée, le cheval est réellement intelligent, qu'il raisonne et que par là il est plus proche de l'humanité que l'on n'était tenté de le supposer en ne regardant que sa place sur l'échelle zoologique.
Voici maintenant les cas d'un autre de nos animaux familiers qui se révèle encore plus extraordinaire que les pensionnaires de M. Krall.

Le chien rolf

Les faits que nous allons relater sont empruntés en partie à une conférence donnée par M. Duchâtel, membre de la Sociélé psychique de Paris[4] et à un travail de M. le Dr Mackensie paru dans les Annales des Sciences psychiques[5] .
C'est par un article du Malin que M. Duchâtel fut informé des faits et gestes du chien Rolf et il résolut de constater par lui-même la réalité de ces étranges récits. Il se rendit donc chez Mme Moekel, femme d'un avocat qui habite Mannheim, et voici quelques-unes des expériences qu'il institua. Disons tout de suite que Rolf, âgé de 3 ans, était un terrier écossais Ayrdale, au poil roux, de soixante centimètres environ de hauteur.
Pour débuter, M. Duchâtel posa au petit animal le problème suivant (96-10) /9.
Peu d'enfants de l'école primaire seraient capables de faire de tête ce petit calcul ; cependant Rolf répondit immédiatement 9. Lui ayant demandé s'il y avait un reste, il donna le nombre 5.
Il solutionna encore exactement ces deux questions : 10 + 3 = 13 ; 6 - 2 = 4.
Ici se présente une observation importante : le chien, intrigué par la présence d'un étranger, demanda à Mme Moekel, au moyen de son alphabet conventionnel : « Qui est ce Monsieur ? »
Mme Moekel lui ayant montré la signature de la lettre de M. Duchâtel, le chien frappa « Duhadl », résultat vraiment extraordinaire.
Il y a là une intervention spontanée de la part du chien, car on ne lui avait jamais appris à poser cette question.
Voici les détails fournis par M. Duchâtel sur la manière dont s'exprime le petit favori de Mme Moekel :

L'alphabet de Rolf se compose :
1° De 24 signes frappés correspondant à 24 lettres (c'est la partie proprement alphabétique) ;
2° De 5 signes conventionnels correspondant à 5 mots qui sont : Ia (oui) 2 coups, Nein (non) 3 coups ; Mude (fatigué) 4 coups, Gasse (rue, aller à la rue) 5 coups ; Bett (lit, aller au lit), 7 coups.
On remarquera que les 24 lettres sont empruntées aux 25 premiers chiffres et non pas aux 24 premiers chiffres.
Est-ce parce que le chiffre 4 aurait fait double emploi avec le Oui répété deux fois ou avec le signe du mot fatigué ?
Ou ne faut-il pas plutôt attribuer cette lacune dans le choix des signes à la manière tellement originale que vous la trouverez peut-être invraisemblable, dont les lettres furent choisies, d'après le travail que Mme Moekel a bien voulu me faire l'honneur de me confier sur la vie de Rolf.
Dans ce même travail réservé à la Tierseele (l'âme animale), une revue qui va prochainement paraître à Bonn, nous lisons, en outre, que Rolf ne se sert jamais des lettres QX et V dur allemand qui se prononce à peu près comme un F. .
Mais on peut ajouter que les simplifications de Messer Rolf ne s'arrêtent pas là. Partisan résolu, semble-t-il, de l'orthographe phonétique, il supprime le plus de lettres possible ; le plus souvent les voyelles disparaissent, surtout si elles sont faiblement prononcées ; et bien que la langue allemande possède déjà une orthographe d'une grande simplicité, Rolf trouve le moyen de réduire de moitié la longueur des mots.
Par exemple, le nom de sa patrie Mannheim, qui compte ordinairement 8 lettres, il l'écrit en 4 lettres : Mann. Rolf est capable de distinguer et de nommer parfaitement tous les objets qui l'environnent, aussi de se rendre compte de ce que représente un dessin. M. Duchâtel lui ayant montré la couverture d'une revue illustrée apportée à l'instant par un fils de Mme Moekel, couverture représentant un vase avec des fleurs, le chien répondit immédiatement : « Verre avec petites fleurs ».

Roll témoigna une grande affection à Mme Moekel parce qu'elle l'avait soigné à la suite d'un grave accident qui lui était survenu. Aussi fait-il tous ses efforts pour la satisfaire. Ne la quittant presque jamais, il assistait aux leçons données par Mme Moekel à sa plus jeune fille. C'est alors que se révéla la chose la plus étonnante qu'on puisse imaginer celle d'avoir compris les leçons de calcul sans que celui-ci lui eût jamais été enseigné directement.
L'histoire est si remarquable que je crois devoir citer intégralement le témoignage de Mme Moekel.

Un jour, à midi, j'étais assise auprès des enfants et je remplissais la fonction ingrate de les aider dans leurs devoirs. Notre petite Frieda, si aimable et si vive, mais un peu étourdie, résistait opiniâtrement à la solution du problème 122 x 2, lorsque, dans un moment de mauvaise humeur, je lui administrai une légère correction. En ce moment le chien, couché sous la table de travail, nous regardait avec de si grands yeux que je dis :
Frieda, regarde donc, il fait des yeux comme s'il savait cela. Rolf s'approcha, s'assit à côté de moi et me regarda avec de grands yeux ; je lui dis
Rolf, que veux-tu donc ? Sais-tu ce que font 2 x 2 ?
Là-dessus à mon grand étonnement, il frappe 4 coups de patte sur mon bras. Notre aînée me proposa aussitôt de demander au chien combien font 5 et 5. La réponse suivit promptement par 10 coups de patte. Le même soir, continuant nos épreuves, nous vîmes que l'animal résolvait sans faute les problèmes simples d'addition, de soustraction, de multiplication.

Remarquons que pour apprendre l'alphabet de coups frappés, c'est encore ce prodigieux animal qui indiqua le nombre de coups qui correspondait à chacune des lettres. Voici comment Mme Moekel raconte cette éducation.

Que me donnes-tu pour A ? Aussitôt il répondit 4. Ensuite pour B, réponse 7, et ainsi de suite.
Je notai avec soin les nombres donnés par Rolf, et, le lendemain, je pus établir à mon grand étonnement, que l'animal avait fixé ces nombres dans sa tête. Nous prîmes chaque jour environ 5 lettres, mais je crois que Rolf n'aurait pas eu besoin de ce ménagement et qu'il aurait en une seule fois aussi bien retenu toutes les lettres. J'avais inséré les lettres X et V, mais Rolf ne les a jamais encore employées.
Alors je fis réussir à Rolf des mots faciles, je lui dictai des lettres de l'alphabet que j'écrivais et lui présentais quand le mot était complet.
Il comprenait très facilement et paraissait éprouver une grande joie de s'instruire.


Ici il est indéniable que nous sommes bien en présence de manifestations intellectuelles du chien et, chose remarquable, il a choisi lui-même les nombres correspondant aux lettres de l'alphabet, de même que, spontanément, il a su frapper avec sa patte le nombre de coups nécessaires pour résoudre le problème 2 x 2. Il a donc eu l'initiative de ce mode de réponse, et c'est là un fait qui dénote de sa part plus de réflexion que l'on n'aurait pu en attendre d'un animal qui n'avait jamais été instruit à se servir de sa patte pour exprimer ses idées.
Parfois Rolf fait preuve d'espièglerie. Comme on parlait devant lui de personnes qui lui sont hostiles, il frappa immédiatement : « Ce sont des ânes ». On le réprimanda, en lui disant que lui aussi est parfois un âne. Il répondit « non ». Alors, qu'es-tu donc? « Lol à sa mère. » (Lol est le diminutif de Rolf.)
La mentalité de Rolf se manifeste par des associations d'idées qui lui sont bien particulières. C'est ainsi qu'au cours d'une lecture le mot « automne » s'étant présenté, on lui demanda ce que c'est que l'automne. Au lieu du mot « saison », que l'on attendait, Rolf répondit : « Le temps où il y a des pommes ». C'est tout simplement parce qu'à cette époque on a l'habitude de lui en faire manger de cuites au four.
Autre remarque de Maître Roll : M. et Mme Moekel ont reçu l'annonce des fiançailles d'un de leurs amis avec Miss Daisy Falham Chester. On cause en famille de cet événement et Rolf intervenant frappe: « Docteur avoir demoiselle s'appeler comme notre chatte ». Daisy est le nom de la chatte de la maison, et cette homonymie paraît avoir égayé l'âme espiègle de M. Rolf.
A propos de cette chatte, il est utile de faire remarquer qu'elle aussi sait faire de petits calculs. C'est pourquoi un jour que Rolf se sentait fatigué, au lieu de répondre à la question posée, il frappa « Que Barbara prenne Lol et fasse venir Daisy ».
Après tous ces exemples, on peut donc dire avec le Dr Bérillon[6] :

Les animaux dont le système nerveux présente avec celui de l'homme tant d'analogie, de structure et de morphologie ne sont pas des automates, dénués de conscience, d'intelligence et de raisonnement, tels que de bons esprits se plaisent à les représenter. Des efforts d'éducation et de dressage identiques à ceux que l'on applique pour l'éducation de l'enfant amèneraient assurément à la longue des résultats inattendus.

C'est précisément ce qu'ont vérifié toutes les personnes qui ont l'amour des animaux et la patience qui est nécessaire pour les éduquer ; c'est ce que nous constaterons encore un peu plus loin.
Dans le rapport du Dr Mackensie on trouve le récit d'une petite scène touchante. « Mme Moekel s'étant séparée de sa petite fille Frieda pour la mettre en pension, pleurait, lorsque Rolf, sans y être invité, frappa : « Maman, ne pleure pas, cela fait mal à Lol ».
Rolf a une compagne, la chienne Jela, qui elle aussi connaît l'arithmétique, mais est moins habile que son mari.
Nous avons vu que la chatte Daisy est capable de faire aussi quelques petites opérations ; c'est ainsi que devant les Drs Mackensie et Wilser qui lui posaient les problèmes suivants :
17 + 4 divisé par 7 - 1, elle répond : il reste 2.
3 x 3-5, elle répond : il reste 4.
C'est décidément la meilleure démonstration de la faculté éducatrice de Mme Moekel.
Il ne faudrait pas croire cependant que ces animaux n'éprouvent aucune difficulté pour exécuter ce travail mental ; la solution des problèmes les fatigue parfois énormément. On est frappé, dit le Dr Mackensie, de l'effort mental très visible du chien, lequel se traduit par des soupirs, des halètements ou des bâillements, et peut même produire des hémorragies nasales après des séances longues et fatigantes.
C'est donc indiscutablement l'animal qui fait ces efforts intellectuels sans aucune intervention étrangère.
Si intelligent que soit Rolf, il n'en reste pas moins un animal pour lequel les satisfactions physiques priment toutes les autres, car à la question que lui pose le Dr Mackensie : «Dis-moi ce que tu aimes plus que tout ? » il répond sans hésitation : « Manger saumon fumé ».
Pour exclure absolument les hypothèses de signes inconscients que percevrait l'animal ou d'une perception de pensée, le Dr Mackensie reprit en la variant un peu l'expérience du Dr Grabow avec le cheval Hans. En raison de son importance, je cite textuellement le rapport du Dr Mackensie[7] :

Je décide donc la préparation de quatre petits cartons que j'ai apportés avec moi. Je prie Mme Moekel de me dessiner à la plume un serin, ou un autre oiseau sur l'un des cartons, et d'écrire sur l'autre de son écriture habituelle, pour le chien, le nom de la fillette Karla qu'il aime beaucoup.
En attendant, je dessine sur l'un des deux petits cartons qui restent une grande étoile et je la remplis de couleur avec le crayon bleu, et, sur l'autre, 2 carrés contigus, l'un bleu, l'autre rouge, eux aussi remplis de couleur.
Tant que dure cette préparation, Rolf demeure absent ; quand il revient, les cartons sont déjà enfermés dans des enveloppes également apportées par moi. Alors je prie la petite Karla d'aller dans une autre chambre mélanger de son mieux les enveloppes, de façon que je ne puisse plus en connaître le contenu et de me les rapporter. C'est ce qui est fait.
Tous les assistants, moi compris, se retirent derrière Mme Moekel. J'exclus aussi après un examen soigneux la possibilité de tout jeu de glaces.
Les cartons se trouvent tous avec leur partie dessinée du même côté, c'est-à-dire vers la face de leur enveloppe respective. Je peux donc facilement en extraire un avec la certitude de ne pas voir le dessin. J'exécute la manœuvre derrière la tête de Mme Moekel ; puis je lève le carton, ignoré de moi, au-dessus de sa tête et je lui tends du haut en bas, toujours avec le côté dessiné dirigé vers le chien seulement.
Elle prend le carton comme je le lui tends ; elle le montre un moment au chien, l'incitant à dire ce qu'il a vu, alors je le reprends toujours de la même manière et je le remets dans l'enveloppe, puis celle-ci dans ma poche. Je conteste absolument que d'autres que le chien aient pu voir le dessin.
Celui-ci ne veut pas entendre parler de répondre. Il frappe avec instance 4 (fatigué), s'étend à terre et veut s'en aller.
Mme Moekel, très inquiète sur l'issue de l'expérience, prie, supplie, puis menace Rolf.
A mon tour je l'incite et l'encourage autant que je le puis et je lui promets que s'il répond bien je lui ferai voir plusieurs images que j'ai apportées pour lui. Ceci semble le décider, et enfin il frappe sans la moindre hésitation : rot blau eck (carré rouge et bleu).
Le bonheur a donc voulu que ce fût une figure faite par moi qui sortît. Ainsi disparaît tout soupçon possible sur la valeur de l'expérience, que l'on peut dire pleinement réussie.


Rolf sait parfaitement discerner ce qui le différencie de ses congénères de la race canine. Le Dr Mackensie lui ayant montré une gravure représentant un chien basset, Rolf répond chien. Alors le docteur lui dit : « En quoi diffère-t-il de toi ? » Immédiatement Rolf répond : « Autres pattes ». Il était impossible de mieux préciser la différence.
Il est donc tout à fait évident que c'est bien Rolf lui-même qui, sans aucune intervention étrangère, a su reconnaître et décrire le dessin du Dr Mackensie, en même temps qu'il a trouvé les mots exacts pour exprimer sa pensée. Voilà des phénomènes vraiment intelligents qui montrent que la psyché animale est plus près de la nôtre que l'on n'aurait pu le supposer.
Une question intéressante est celle de savoir comment les animaux arrivent à se comprendre entre eux sans posséder de langage articulé. Dans la correspondance échangée entre Mme Moekel et le Dr Mackensie, voici ce que nous trouvons à ce sujet
Mme Moekel interrogeant Rolf lui dit :

« Comment t'entends-tu avec les autres chiens ? C'est-à-dire, comment te fais-tu comprendre d'eux et comment te comprennent-ils ? » Rolf se tait.
« As-tu compris ma question ? R. Oui - Alors[8] ? R. Bin We din aug sn glabn mid mund bellen welden, auch sehen kla pen, mi mund », aboyer, remuer la queue, aussi voir les mouvements avec la bouche.
Le mot Aug pourrait signifier (oeil). La réponse serait dans ce cas beaucoup plus précise et complète.


Le jour où la science officielle voudra s'engager dans la voie ouverte par MM. Von Osten, Krall et Mme Moekel, le voile qui couvre encore le processus du développement de l'intelligence à travers la série animale se déchirera et nous finirons par comprendre comment s'est opérée cette progression mentale, qui, des plus bas degrés de l'échelle zoologique, est arrivée au magnifique développement que l'on observe chez les représentants les plus illustres de la race humaine.

Lola

Il semble bien que l'étude des facultés intellectuelles de nos animaux domestiques va se poursuivre désormais un peu partout, et tout particulièrement au delà du Rhin, car Mlle Kindermann a fait paraître en 1919 un livre[9] dans lequel elle raconte comment elle apprit à lire et à écrire à sa chienne Lola[10] . Celle-ci est une fille de Rolf et paraît aussi développée intellectuellement que son père. Elle apprit, en effet, très rapidement à faire les quatre opérations et à résoudre de petits problèmes. Elle est également capable d'énoncer ses pensées au moyen d'un alphabet conventionnel par coups frappés. Il me paraît intéressant de signaler certaines particularités de Lola qui établissent que, si parfois elle peut prendre connaissance télépathiquement (ce qui rapproche encore l'animal de l'homme) des pensées de sa maîtresse, dans d'autres circonstances elle fait preuve d'une volonté personnelle qui démontre l'autonomie de son intelligence. Chose curieuse et qui serait vraiment inattendue, Lola prétend pouvoir découvrir par l'odorat l'état d'âme de ses interlocuteurs. De fait, elle signale aisément chez ces derniers l'anxiété, la tristesse, la fatigue. Bien plus, interrogée un jour par Mlle Kindermann sur ses impressions du moment, elle ne donne que des réponses sans signification et paraît visiblement embarrassée. Pressée de questions, elle répond assez indistinctement « mentir ». Son interlocutrice la rassure :

Je ne me fâcherai point, lui dit-elle, ainsi donc je sens le mensonge ? - Oui. - A propos de quoi ? - Munich. Je me rappelai tout à coup qu'une heure auparavant, j'avais raconté à la chienne que je me rendais à Munich et qu'elle m'accompagnerait peut-être. Mais je pensais à part moi qu'il n'en serait rien, par suite de l'incommodité de la chose, et je voulais, en réalité, laisser Lola à Stuttgart[11] .

Ce dernier trait pourrait faire supposer qu'il s'agit non pas d'un exercice de l'odorat, mais bien d'une lecture de pensée. Et naturellement cette interprétation, que la plupart des critiques s'empressent un peu hâtivement d'appliquer à toutes les manifestations d'intelligence animale, a fait l'objet des recherches avisées de Mlle Kindermann. Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici ses conclusions à ce sujet.

Un jour que la chienne, interrogée sur le nom d'une personne que l'on entendait arriver mais que l'on n'avait pas encore aperçue, avait désigné non pas la véritable arrivante, mais bien une autre dame dont Mlle Kindermann attendait la visite à ce moment, celle-ci lui demanda «Pourquoi m'as-tu répondu inexactement ? Réponse : Tu penses. - Quoi, m'écriai-je, sens-tu ce que j'ai pensé ? - Oui. - Le sens-tu toujours ? - Non. - Penses-tu toi-même ? - Oui ».
Ceci, continue l'auteur du livre présentement analysé, était tout à fait nouveau. Mais la chose me parut certaine et mon point de vue confirmé par toutes les épreuves ultérieures peut s'exprimer ainsi : Le chien est sensible à la transmission de pensée ; il est capable de subir son influence lorsqu'il est fatigué ou paresseux ; il en est également susceptible, lorsqu'on lui demande quelque chose qu'il ne sait pas et lorsqu'il peut puiser dans ma conscience quelque renseignement portant sur un élément déjà antérieurement connu de lui. Mais, et c'est là le point capital, on ne peut rien transmettre au chien de ce qui est totalement étranger à sa connaissance.
Ainsi il est arrivé souvent que le chien, interrogé sur une opération arithmétique, donnait une solution contraire à la mienne, alors que j'étais moi-même dans l'erreur ; donc l'idée que je pouvais avoir dans ma conscience ne s'imposait pas à lui. Plus tard, au contraire, lorsqu'il était fatigué, il adoptait une solution fausse, parce qu'il ne voulait pas penser par lui-même. Je voyais très distinctement dans ses yeux lorsqu'il était inactif et attendait de deviner ma pensée. J'ai souvent essayé de lui faire entrer dans la tête de cette manière quelque notion nouvelle ; ce fut toujours impossible.


Ces remarques sont très importantes ; la lecture de pensée, moyen commode d'expliquer certains phénomènes embarrassants, ne saurait jouer un rôle constant et universel, et il est intéressant de tâcher d'en préciser les limites. Il est d'ailleurs manifeste, tant par l'exemple de la chienne Lola que par les renseignements en notre possession à l'heure actuelle sur la psychologie animale, que les sujets observés donnent des preuves non douteuses de spontanéité et d'autonomie, puisqu'ils se trouvent même parfois en complète contradiction avec leurs interrogateurs.
Voici sur ce point quelques exemples cités par Mlle Kindermann :

Le 27 juillet 1916, elle demande à la chienne : Veux-tu dire quelque chose ? - Oui, moi manger. - Lola, pourquoi toujours parler de manger ? J'entends continuellement cette même chose des valets et des servantes et aussi de toi. N'y a-t-il donc rien d'autre à faire ? Parle-moi d'autre chose. - Moi à manger, répète Lola ; puis ensuite elle ajoute : Trop peu de nourriture ».
Le 18 mai 1916 on essaie d'apprendre à la chienne le contenu d'un message à envoyer au père de Mme Kindermann. Celle-ci explique que la lettre doit commencer par le mot cher, qu'elle doit contenir des remerciements pour le gâteau que Lola vient de recevoir et se terminer par ces mots : Salut à toi, de Lola. Mais au lieu de se conformer à ses instructions, l'animal, sans hésitation aucune, et tout au contraire frappant avec beaucoup d'entrain et de rapidité, s'exprime ainsi : « Cher, viens vers nous, moi désobéissante à l'instant, souvent mal, j'embrasse ».
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette dictée a été interrompue par une observation intempestive, parce qu'à la place des trois lettres una (commencement du mot allemand Unartig, désobéissant), Mlle Kindermann s'attendait à voir dicter le mot und (et). Mais c'est en vain qu'elle voulut faire remplacer l'a par un d. Le chien s'y refusa par un « non » bien frappé et continua sa dictée[12] .


De ces exemples on peut conclure sans témérité que l'animal est capable de penser par lui-même et n'a nullement besoin de puiser chez autrui les éléments de ses idées. L'homme n'est plus le seul roseau pensant de la nature, et il ne diffère en réalité de certains êtres qui l'entourent que par l'étendue plus considérable, mais non par la nature même de ses facultés de raisonnement.

Zou

Mme Borderieux, l'active directrice de la Revue Psychica, connue depuis longtemps pour sa sollicitude envers les animaux, a entrepris récemment l'éducation de son chien Zou et a obtenu déjà des résultats intéressants en ce qui concerne le calcul. On peut prévoir que cet animal parisien suivra les traces de ses devanciers allemands. Les lecteurs désireux de se tenir au courant de ses progrès pourront le faire dans la revue précitée qui publie de temps à autre d'intéressants récits concernant l'éducation et les progrès de Zou.

 

[1] Pour la méthode d'éducation de Von Hosten, voir les Annales des Sciences psychiques, janvier 1913, p. 1.

[2] Pour les détails consulter le rapport du Dr Assagioli dans les Annales des Sciences psychiques, n° 1, janvier 1913.

[3] MAETERLINCK, L'Hôte inconnu.

[4] Voir les Annales des sciences psychiques, numéro d'octobre 1913, p. 290 et suivantes.

[5] Voir les Annales des sciences psychiques, numéro de janvier-février 1914, et les Archives de la suisse Romande.

[6] Les Mémoires topographiques et la capacité calculative chez les animaux.

[7] Annales des sciences psychiques, février 1914, p. 41.

[8] N'oublions pas que l'orthographe du chien est fantaisiste.

[9] Lola ein Beitrag Zun don Ken und Sprechen der tiere. Contribution à l'étude de la pensée et du langage des animaux, par Henry KINDERMANN, avec une note de M. Ziegler. (Edité chez Richard Jordan, à Stutggart.)

[10] Les personnes désireuses de savoir comment elle s'y prit pourront consulter le numéro du journal Psychica, de mars 1922, p. 10 et 12 ; l'article est signé par M. MAILLARD.

[11]Op. cit., p. 42.

[12] Le mot « désobéissante » faisait allusion à une correction que venait de recevoir la chienne pour être allée seule à la chasse, et l'expression « souvent mal » s'applique aux douleurs de la tête et à la fatigue dont elle se plaint à maintes reprises dans ses communications.

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