Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec

Revue spirite 1864


Mademoiselle Julie (deuxième article)


Dans notre précédent article, nous avons décrit la triste situation de cette jeune fille, et les circonstances qui prouvaient chez elle une véritable possession. Nous sommes heureux de confirmer ce que nous avons dit de sa guérison aujourd'hui complète. Après avoir été délivrée de son Esprit obsesseur, les violentes secousses qu'elle avait éprouvées pendant plus de six mois avaient apporté une grave perturbation dans sa santé ; maintenant elle est tout à fait remise, mais elle n'est pas sortie de son état somnambulique, ce qui ne l'empêche pas de vaquer à ses travaux habituels. Nous allons exposer les circonstances de cette guérison.
Plusieurs personnes avaient entrepris de la magnétiser, mais sans beaucoup de succès, sauf une légère et passagère amélioration dans son état pathologique ; quant à l'Esprit, il était de plus en plus tenace, et les crises avaient atteint un degré de violence des plus inquiétants. Il aurait fallu là un magnétiseur dans les conditions que nous avons indiquées dans l'article précédent pour les médiums guérisseurs, c'est-à-dire pénétrant la malade d'un fluide assez pur pour éliminer le fluide du mauvais Esprit. S'il est un genre de médiumnité qui exige une supériorité morale, c'est sans contredit dans le cas d'obsession, parce qu'il faut avoir le droit d'imposer son autorité à l'Esprit. Les cas de possession, selon ce qui est annoncé, doivent se multiplier avec une grande énergie d'ici à quelque temps, afin que l'impuissance des moyens employés jusqu'à présent pour les combattre soit bien démontrée. Une circonstance même, dont nous ne pouvons encore parler, mais qui a une certaine analogie avec ce qui s'est passé au temps du Christ, contribuera à développer cette sorte d'épidémie démoniaque. Il n'est donc pas douteux qu'il surgira des médiums spéciaux ayant le pouvoir de chasser les mauvais Esprits, comme les apôtres avaient celui de chasser les démons, soit parce que Dieu met toujours le remède à côté du mal, soit pour donner aux incrédules une nouvelle preuve de l'existence des Esprits.
Pour mademoiselle Julie, comme dans tous les cas analogues, le magnétisme simple, quelque énergique qu'il fût, était donc insuffisant ; il fallait agir simultanément sur l'Esprit obsesseur pour le dompter, et sur le moral de la malade ébranlé par toutes ces secousses ; le mal physique n'était que consécutif ; c'était un effet et non la cause ; il fallait donc traiter la cause avant l'effet ; le mal moral détruit, le mal physique devait disparaître de lui-même. Mais pour cela il faut s'identifier avec la cause ; étudier avec le plus grand soin et dans toutes ses nuances le cours des idées, pour lui imprimer telle ou telle direction plus favorable, car les symptômes varient selon le degré d'intelligence du sujet, le caractère de l'Esprit et les motifs de l'obsession, motifs dont l'origine remonte presque toujours aux existences antérieures.
L'insuccès du magnétisme sur mademoiselle Julie a fait que plusieurs personnes ont essayé ; dans le nombre s'est trouvé un jeune homme doué d'une assez grande puissance fluidique, mais qui, malheureusement, manquait totalement de l'expérience, et, surtout, des connaissances nécessaires en pareil cas. Il s'attribuait un pouvoir absolu sur les Esprits inférieurs qui, selon lui, ne pouvaient résister à sa volonté ; cette prétention, poussée à l'excès et fondée sur sa puissance personnelle et non sur l'assistance des bons Esprits, devait lui attirer plus d'un mécompte. Cela seul aurait dû suffire pour montrer aux amis de la jeune fille qu'il manquait de la première des qualités requises pour lui être d'un secours efficace. Mais ce qui, par-dessus tout, aurait dû les éclairer, c'est qu'il professait sur les Esprits en général une opinion complètement fausse. Selon lui, les Esprits supérieurs sont d'une nature fluidique trop éthérée pour pouvoir venir sur la terre communiquer avec les hommes et les assister ; cela n'est possible qu'aux Esprits inférieurs en raison de leur nature plus grossière. Cette opinion, qui n'est autre que la doctrine de la communication exclusive des démons, il avait le tort très grave de la soutenir devant la malade, même dans les moments de crise. Avec cette manière de voir, il devait ne compter que sur lui-même, et ne pouvait invoquer la seule assistance qui aurait du le seconder, assistance dont, il est vrai, il croyait pouvoir se passer ; la conséquence la plus fâcheuse était pour la malade qu'il décourageait, en lui ôtant l'espoir de l'assistance des bons Esprits. Dans l'état d'affaiblissement où était son cerveau, une telle croyance, qui donnait toute prise à l'Esprit obsesseur, pouvait devenir fatale pour sa raison, pouvait même la tuer. Aussi répétait-elle sans cesse dans les moments de crise : « Fou… fou…, il me rendra fou… tout à fait fou… je ne le suis pas encore, mais je le deviendrai. » En parlant de son magnétiseur, elle dépeignait parfaitement son action en disant : « Il me donne la force du corps, mais il ne me donne pas la force de l'esprit. » Cette parole était profondément significative, et cependant personne n'y attachait d'importance.
Lorsque nous vîmes mademoiselle Julie, le mal était à son apogée, et la crise dont nous fûmes témoin fut une des plus violentes ; c'est au moment même où nous nous appliquions à remonter son moral, où nous cherchions à lui inculquer la pensée qu'elle pouvait dompter ce mauvais Esprit avec l'assistance des bons et de son ange gardien dont il fallait invoquer l'appui, c'est à ce moment, disons-nous, que le jeune magnétiseur, qui se trouvait présent, par une circonstance providentielle sans doute, vint, sans provocation aucune, affirmer et développer sa théorie, détruisant d'un côté ce que nous faisions de l'autre. Nous dûmes lui exposer avec énergie qu'il commettait une mauvaise action, et assumait sur lui la terrible responsabilité de la raison et de la vie de cette malheureuse jeune fille.
Un fait des plus singuliers, que tout le monde avait observé, mais dont personne n'avait déduit les conséquences, se produisait dans la magnétisation. Quand elle avait lieu pendant la lutte avec le mauvais Esprit, ce dernier seul absorbait tout le fluide qui lui donnait plus de force, tandis que la malade se trouvait affaiblie et succombait sous ses étreintes. On doit se rappeler qu'elle était toujours en état de somnambulisme ; elle voyait, par conséquent, ce qui se passait, et c'est elle-même qui a donné cette explication. On ne vit dans ce fait qu'une malice de l'Esprit, et l'on se contenta de s'abstenir de magnétiser dans ces moments-là et de rester spectateur de la lutte. Avec la connaissance de la nature des fluides, on peut aisément se rendre compte de ce phénomène. Il est évident, d'abord, qu'en absorbant le fluide pour se donner de la force au détriment de la malade, l'Esprit voulait convaincre le magnétiseur d'impuissance à l'égard de sa prétention ; s'il y avait malice de sa part, c'était contre le magnétiseur, puisqu'il se servait de l'arme même avec laquelle ce dernier prétendait le terrasser ; on peut dire qu'il lui prenait le bâton des mains. Il était non moins évident que sa facilité à s'approprier le fluide du magnétiseur dénotait une affinité entre ce fluide et le sien propre, tandis que des fluides d'une nature contraire se fussent repoussés comme l'eau et l'huile. Ce fait seul suffirait pour démontrer qu'il y avait d'autres conditions à remplir. C'est donc une erreur des plus graves, et nous pouvons dire des plus funestes, de ne voir dans l'action magnétique qu'une simple émission fluidique, sans tenir compte de la qualité intime des fluides. Dans la plupart des cas, le succès repose entièrement sur ces qualités, comme dans la thérapeutique il dépend de la qualité du médicament. Nous ne saurions trop appeler l'attention sur ce point capital, démontré à la fois par la logique et par l'expérience.
Pour combattre l'influence de la doctrine du magnétiseur qui, déjà, avait influé sur les idées de la malade, nous dîmes à celle-ci : « Mon enfant, ayez confiance en Dieu ; regardez autour de vous ; ne voyez-vous pas de bons Esprits ? C'est vrai, dit-elle ; j'en vois de lumineux que Frédégonde n'ose pas regarder. Eh bien ! ce sont ceux qui vous protègent, et qui ne permettront pas que le mauvais Esprit ait le dessus ; implorez leur assistance ; priez avec ferveur ; priez surtout pour Frédégonde. – Oh ! pour cela, jamais je ne le pourrai. Prenez garde ! voyez à ce mot les bons Esprits s'éloigner. Si vous voulez leur protection, il faut la mériter par vos bons sentiments, en vous efforçant surtout d'être meilleure que votre ennemie. Comment voulez-vous qu'ils vous soutiennent, si vous ne valez pas mieux qu'elle ? Songez que dans d'autres existences vous avez eu aussi des reproches à vous faire ; ce qui vous arrive est une expiation ; si vous voulez la faire cesser, il faut vous améliorer, et pour prouver vos bonnes intentions, il faut commencer par vous montrer bonne et charitable pour vos ennemis. Frédégonde elle-même en sera touchée, et peut-être ferez-vous entrer le repentir dans son cœur. Réfléchissez. Je le ferai. – Faites-le tout de suite, et dites avec moi : « Mon Dieu, je pardonne à Frédégonde le mal qu'elle m'a fait ; je l'accepte comme une épreuve et une expiation que j'ai méritées ; pardonnez-moi mes propres fautes, comme je lui pardonne les siennes ; et vous, bons Esprits qui m'entourez, ouvrez son cœur à de meilleurs sentiments, et donnez-moi la force qui me manque. » Promettez-vous de prier tous les jours pour elle ? Je le promets. C'est bien ; de mon côté je vais m'occuper de vous et d'elle ; ayez confiance. – Oh ! merci ! quelque chose me dit que cela va bientôt finir. »
Ayant rendu compte de cette scène à la Société, les instructions suivantes y furent données à ce sujet :
« Le sujet dont vous vous occupez a ému les bons Esprits eux-mêmes qui veulent, à leur tour, venir en aide à cette jeune fille par leurs conseils. Elle présente un cas d'obsession en effet fort grave, et parmi ceux que vous avez vus et que vous verrez encore, on peut mettre celui-ci au nombre des plus importants, des plus sérieux, et surtout des plus intéressants par les particularités instructives qu'il a déjà présentées et qu'il vous offrira de nouveau.
« Comme je vous l'ai déjà dit, ces cas d'obsession se renouvelleront fréquemment, et fourniront deux sujets distincts d'utilité, pour vous d'abord, et pour ceux qui les subiront ensuite.
« Pour vous d'abord, en ce que, de même que plusieurs ecclésiastiques ont contribué puissamment à répandre le Spiritisme parmi ceux qui y étaient parfaitement étrangers, de même aussi ces obsédés, dont le nombre deviendra assez important pour que l'on s'en occupe d'une manière non point superficielle, mais large et approfondie, ouvriront assez les portes de la science pour que la philosophie spirite puisse avec eux y pénétrer, et occuper, parmi les gens de science et les médecins de tout système, la place à laquelle elle a droit.
« Pour eux ensuite, en ce qu'à l'état d'Esprit, avant de s'incarner parmi vous, ils ont accepté cette lutte que leur procure la possession qu'ils subissent, en vue de leur avancement, et cette lutte, croyez-le bien, fait cruellement souffrir leur propre Esprit qui, lorsque leur corps n'est en quelque sorte plus leur, a parfaitement conscience de ce qui se passe. Selon qu'ils auront supporté cette épreuve, dont vous pouvez leur abréger puissamment la durée par vos prières, ils auront progressé plus ou moins ; car, soyez en certains, malgré cette possession, toujours momentanée, ils gardent une suffisante conscience d'eux-mêmes pour discerner la cause et la nature de leur obsession.
« Pour celle qui vous occupe, un conseil est nécessaire. Les magnétisations que lui fait endurer l'Esprit incarné dont vous avez parlé lui sont funestes sous tous les rapports. Cet Esprit est systématique ; et quel système ! Celui qui ne rapporte point toutes ses actions à la plus grande gloire de Dieu, qui tire vanité des facultés qui lui ont été accordées, sera toujours confondu ; les présomptueux seront abaissés, dans ce monde souvent, infailliblement dans l'autre. Tâchez donc, mon cher Kardec, que ces magnétisations cessent complètement, ou les inconvénients les plus graves résulteraient de leur prolongation, non seulement pour la jeune fille, mais encore pour l'imprudent qui pense avoir sous ses ordres tous les Esprits des ténèbres et leur commander en maître.
« Vous verrez, dis-je, ces cas de possession et d'obsession se développer pendant une certaine période de temps, parce qu'ils sont utiles au progrès de la science et du Spiritisme ; c'est par là que les médecins et les savants ouvriront enfin les yeux et apprendront qu'il est des maladies dont les causes ne sont pas dans la matière, et qui ne doivent pas être traitées par la matière. Ces cas de possession vont également ouvrir au magnétisme des horizons tout nouveaux et lui faire faire un grand pas en avant par l'étude, jusqu'à présent si imparfaite, des fluides ; aidé de ces nouvelles connaissances, et par son alliance intime avec le Spiritisme, il obtiendra les plus grandes choses ; malheureusement, dans le magnétisme, comme dans la médecine, il y aura longtemps encore des hommes qui croiront n'avoir plus rien à apprendre. Ces obsessions fréquentes auront aussi un fort bon côté, en ce qu'étant pénétré par la prière et la force morale on peut les faire cesser et acquérir le droit de chasser les mauvais
Esprits, chacun cherchera, par l'amélioration de sa conduite, à acquérir ce droit que l'Esprit de Vérité, qui dirige ce globe, conférera lorsqu'il sera mérité. Ayez foi et confiance en Dieu, qui ne permet point que l'on souffre inutilement et sans motif. »
HAHNEMANN (Médium, M. Albert).
« Je serai bref. Il sera très facile de guérir cette malheureuse possédée ; les moyens en étaient implicitement contenus dans les réflexions qui ont été émises tout à l'heure par Allan Kardec. Il faut non-seulement une action matérielle et morale, mais encore une action purement spirituelle. A l'Esprit incarné qui se trouve, comme Julie, en état de possession, il faut un magnétiseur expérimenté et parfaitement convaincu de la vérité Spirite ; il faut qu'il soit en outre d'une moralité irréprochable et sans présomption. Mais, pour agir sur l'Esprit obsesseur, il faut l'action non moins énergique d'un bon Esprit désincarné. Ainsi donc, double action : action terrestre, action extra-terrestre ; incarné sur incarné, désincarné sur désincarné ; voilà la loi. Si jusqu'à cette heure cette action n'a pas été accomplie, c'est justement pour vous amener à l'étude et à l'expérimentation de cette intéressante question ; c'est à cet effet que Julie n'a pas été plus tôt délivrée : elle devait servir à vos études.
« Ceci vous démontre ce que vous aurez à faire désormais dans les cas de possession manifeste ; il est indispensable d'appeler à votre aide le concours d'un Esprit élevé, jouissant en même temps d'une puissance morale et fluidique, comme par exemple l'excellent curé d'Ars, et vous savez que vous pouvez compter sur l'assistance de ce digne et saint Vianney. Au surplus, notre concours est acquis à tous ceux qui nous appelleront à leur aide avec pureté de cœur et foi véritable.
« Je me résume : Quand on magnétisera Julie, il faudra d'abord procéder par la fervente évocation du curé d'Ars et des autres bons Esprits qui se communiquent habituellement parmi vous, en les priant d'agir contre les mauvais Esprits qui persécutent cette jeune fille, et qui fuiront devant leurs phalanges lumineuses. Il ne faut pas oublier non plus que la prière collective a une très grande puissance, quand elle est faite par un certain nombre de personnes agissant de concert, avec une foi vive et un ardent désir de soulager. »
ERASTE (Médium, M. d'Ambel).
Ces instructions ont été suivies ; plusieurs membres de la Société se sont entendus pour agir par la prière dans les conditions voulues. Un point essentiel était d'amener l'Esprit obsesseur à s'amender, ce qui devait nécessairement faciliter la guérison. C'est ce que l'on a fait en l'évoquant et en lui donnant des conseils ; il a promis de ne plus tourmenter mademoiselle Julie, et il a tenu parole. Un de nos collègues a été spécialement chargé par son guide spirituel de son éducation morale, et il a lieu d'en être satisfait. Cet Esprit, aujourd'hui, travaille sérieusement à son amélioration et demande une nouvelle incarnation pour expier et réparer ses fautes.
L'importance de l'enseignement qui découle de ce fait et des observations auxquelles il a donné lieu, n'échappera à personne, et chacun y pourra puiser d'utiles instructions selon l'occurrence. Une remarque essentielle que ce fait a permis de constater, et que l'on comprendra sans peine, c'est l'influence du milieu. Il est bien évident que si l'entourage seconde par une communauté de vue, d'intention et d'action, le malade se trouve dans une sorte d'atmosphère homogène de fluides bienfaisants, ce qui doit nécessairement faciliter et hâter le succès ; mais s'il y a désaccord, opposition ; si chacun veut agir à sa manière, il en résulte des tiraillements, des courants contraires qui paralysent forcément, et parfois annulent, les efforts tentés pour la guérison. Les effluves fluidiques, qui constituent l'atmosphère morale, si elles sont mauvaises, sont tout aussi funestes à certains individus que les exhalaisons des pays marécageux. Nous donnons ci-après, les deux communications que l'Esprit de Frédégonde, faites dans la Société à un mois d'intervalle, et qui forment le complément des deux précédents articles sur la possession de Mademoiselle Julie. Cet Esprit ne s'est point mani¬festé avec des signes de violence, mais il écrivait avec une très grande difficulté et fatiguait extrêmement le médium, qui en fut même indisposé, et dont les facultés semblaient en quelque sorte paralysées. Dans la prévision de ce résultat, nous avions eu soin de ne pas confier cette évocation à un médium trop délicat. Dans une autre circonstance, un Esprit, interrogé sur le compte de celui-ci, avait dit que, depuis longtemps, il cherchait à se réincarner, mais que cela ne lui avait pas été permis, parce que son but n'était point encore de s'améliorer, son but étant, au contraire, d'avoir plus de facilité pour faire le mal à l'aide d'un corps matériel. De telles dispositions devaient rendre sa conversion fort difficile ; elle ne le fut cependant pas autant qu'on pouvait le craindre, grâce, sans doute, au concours bienveillant de toutes les personnes qui y ont participé, et peut-être aussi parce que le temps était venu où cet Esprit devait entrer dans la voie du repentir. (16 octobre 1863 — Médium : M. Leymarie).
1. Evocation. — R. Je ne suis pas Frédégonde ; que me voulez-vous ?
2. Qui êtes-vous donc ? — R. Un Esprit qui souffre.
3. Puisque vous souffrez, vous devez désirer ne plus souffrir ; nous vous assisterons, car nous compatissons avec tous ceux qui souffrent en ce monde et en l'autre ; mais il faut que vous nous secondiez, et, pour cela, il faut que vous priiez. — R. Je vous en remercie, mais je ne puis prier.
4. Nous allons prier, cela vous aidera ; ayez confiance en la bonté de Dieu, qui pardonne toujours à celui qui se repent. — R. Je vous crois ; priez, priez ; peut-être je pourrai me convertir.
5. Mais il ne suffit pas que nous priions, il faut prier de votre côté. — R. J'ai voulu prier, et je n'ai pas pu ; maintenant, je vais essayer avec votre aide.
6. Dites avec nous : Mon Dieu, pardonnez-moi, parce que j'ai péché ; je me repens du mal que j'ai fait. -- R. Je le dis ; après.
7. Cela ne suffit pas ; il faut l'écrire. — R. Mon... (ici l'Esprit ne peut écrire le mot Dieu ; ce n'est qu'après force encouragements qu'il parvient à terminer la phrase, d'une manière saccadée et peu lisible).
8. Il ne faut pas dire cela pour la forme ; il faut le penser, et prendre la résolution de ne plus faire le mal, et vous verrez qu'aussitôt vous serez soulagée. — R. Je vais prier.
9. Si vous avez prié sincèrement, n'en éprouvez-vous pas du mieux. — R. Oh ! si !
10. Maintenant, donnez-nous quelques détails sur votre vie et sur les causes de votre acharnement contre Julie. — R. Plus tard... je dirai... mais je ne puis aujourd'hui.
11. Promettez-vous de laisser Julie en repos ? Le mal que vous lui faites retombe sur vous et augmente vos souffrances. — Oui, mais je suis poussée par d'autres Esprits plus mauvais que moi.
12. C'est une mauvaise excuse que vous donnez là pour vous disculper ; dans tous les cas, vous devez avoir une volonté, et avec de la volonté, on peut toujours résister aux mauvaises suggestions. — R. Si j'avais eu de la volonté, je ne souffrirais pas, je suis punie parce que je n'ai pas su résister.
13. Vous en montriez cependant assez pour tour¬menter Julie ; mais vous venez de prendre de bonnes résolutions, nous vous engageons à y persister, et nous prierons les bons Esprits de vous seconder.
Remarque. — Pendant cette évocation, un autre médium obtenait de son guide spirituel une commu¬nication, contenant entre autres choses ce qui suit :
« Ne vous inquiétez pas des dénégations que vous remarquez dans les réponses de cet Esprit : son idée fixe de se réincarner lui fait repousser toute solidarité avec son passé, bien qu'elle n'en supporte que trop les effets. Elle est bien celle qui a été nommée, mais elle n'en veut pas convenir avec elle-même ». 13 novembre 1863.
14. Evocation. — R. Je suis prête à répondre.
15. Avez-vous persisté dans la bonne résolution où vous étiez la dernière fois ? — R. Oui.
16. Comment vous en êtes-vous trouvée ? — R. Très bien, car j'ai prié et je suis plus calme, bien plus heureuse.
17. Nous savons en effet que Julie n'a plus été tourmentée. Puisque vous pouvez vous communiquer plus facilement, voulez-vous nous dire pourquoi vous vous acharniez après elle ? — R. J'étais oubliée depuis des siècles, et je désirais que la malédiction qui couvre mon nom cessa un peu, afin qu'une prière, une seule, vint me consoler. Je prie, je crois en Dieu ; maintenant je puis prononcer son nom, et certes c'est plus que je ne pouvais attendre du bienfait que vous pouvez m'accorder.
Remarque. — Dans l'intervalle de la première à la seconde évocation, l'Esprit était appelé tous les jours par celui de nos collègues qui était chargé de l'instruire. Un fait positif, c'est qu'à partir de ce moment, Mademoiselle Julie a cessé d'être tourmentée.
18. Il est fort douteux que le seul désir d'obtenir une prière ait été le mobile qui vous portait à tourmenter cette jeune fille ; vous voulez sans doute encore chercher à pallier vos torts ; dans tous les cas, c'était un mauvais moyen d'attirer sur vous la compassion des hommes. — R. Cependant, si je n'avais pas tourmenté fortement Julie, vous n'auriez pas songé à moi, et je ne serais pas sortie du misérable état où je languissais. Il en est résulté une instruction pour vous et un grand bien pour moi, puisque vous m'avez ouvert les yeux.
19. (Au guide du médium). Est-ce bien Frédégonde qui fait cette réponse ? — R. Oui, c'est elle, un peu aidée, il est vrai, parce qu'elle est humiliée ; mais cet Esprit est beaucoup plus avancé en intelligence que vous ne croyez ; il lui faut le progrès moral dont vous l'aidez à faire le premier pas. Elle ne vous dit pas que Julie tirera un grand profit de ce qui s'est passé pour son avancement personnel.
20. (A Frédégonde). Mademoiselle Julie vivait-elle de votre temps, et pourriez-vous nous dire ce qu'elle était ? R. Oui ; c'était une de mes suivantes, appe¬lée Hildegarde ; une âme souffrante et résignée qui a fait ma volonté ; elle subit la peine de ses services trop humbles et trop complaisants à mon égard.
21. Désirez-vous une nouvelle incarnation ? — R. Oui, je la désire. O mon Dieu ! j'ai souffert mille tortures, et si j'ai mérité une peine bien juste, hélas ! il est temps que je puisse, à l'aide de vos prières, recommencer une existence meilleure, afin de me laver de mes anciennes souillures. Dieu est juste ; priez pour moi. Jusqu'à ce jour, j'avais la vue voilée et comme le vertige ; mais à présent, je vois, je com¬prends, je désire le pardon du Maître avec celui de mes victimes. Mon Dieu, que c'est doux le pardon !
22. Dites-nous quelque chose de Brunehaut. — R. Brunehaut !... Ce nom me donne le vertige... Elle est la grande faute de ma vie, et j'ai senti ma vieille haine se réveiller à ce nom !... Mais mon Dieu me pardonnera, et je pourrai désormais écrire ce nom sans frémir. Plus heureuse que moi, elle est réincarnée pour la deuxième fois, et remplit un rôle que je désire, celui d'une soeur de charité.
23. Nous sommes heureux de votre changement, nous vous y encouragerons, nous vous soutiendrons de nos prières. — R. Merci ! merci ! bons Esprits, Dieu vous le rendra.
Remarque. — Un fait caractéristique chez les mauvais Esprits, c'est l'impossibilité où ils sont souvent, de prononcer ou d'écrire le nom de Dieu. Cela dénote sans doute une mauvaise nature, mais en même temps un fond de crainte et de respect que n'ont pas les Esprits hypocrites, moins mauvais en apparence ; ces derniers, loin de reculer devant le nom de Dieu, s'en servent effrontément pour capter la confiance. Ils sont infiniment plus pervers et plus dangereux que les Esprits franchement méchants ; c'est dans cette classe qu'on trouve la plupart des Esprits fascinateurs, dont il est bien plus difficile de se débarrasser que des autres, parce que c'est de l'Esprit même qu'ils s'emparent à l'aide d'un faux semblant de savoir, de vertu ou de religion, tandis que les autres ne s'emparent que du corps. Un Esprit qui, comme celui de Frédégonde, recule devant le nom de Dieu, est bien plus près de sa conversion que ceux qui se couvrent du masque du bien. Il en est de même parmi les hommes, où vous retrouvez ces deux catégories d'Esprits incarnés.

Chapitre suivant




Téléchargement | Bulletin
nous écrire | L’Agora Spirite