Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


1ère Partie
LES EXPERIENCES PERSONNELLES

Alors j'ai réfléchi pour comprendre, quelle peine c'était à mes yeux ! jusqu'au jour où
j'entrai aux sanctuaires divins, où je pénétrai leur destin
Psaume 73 : 16-17

EXPERIENCES VECUES DANS LE DOMAINE DES MANIFESTATIONS D’ESPRITS


Le premier contact avec le monde spirituel
C’était à la fin de l’été de l’année 1923. J’étais alors curé catholique chargé d’une petite paroisse de campagne. En outre, j’étais à la tête d’une société de bienfaisance, dont le siège se trouvait dans la ville voisine. Deux fois par semaine, je me rendais dans les locaux de cette société pour y traiter les affaires courantes concernant mes travaux d’assistance.
Un jour, un homme vint me trouver et me demanda ce que je pensais du spiritisme. Avant même d’attendre ma réponse, il me fit part de ses expériences personnelles. Il se réunissait une fois par semaine avec d’autres personnes, formant ainsi un petit cercle, pour célébrer une sorte de culte divin. Il me raconta qu’on y priait, qu’on y lisait la Sainte Bible et qu’on y commentait les textes lus. Un jeune homme, âgé de seize ou de dix-sept ans, dit-il, fait partie de l’assistance. Ce jeune homme, issu d’une famille humble, n’a pas fait d’études et travaille comme apprenti dans une firme privée. Lors de réunions, dit mon interlocuteur, il s’affaisse fréquemment, la tête en avant, comme s’il était mort, puis immédiatement après, comme soutenu par une force invisible, il est remis sur pied par saccade, après quoi il reste assis, les yeux clos, et transmet d’admirables connaissances aux personnes présentes. Il répond également aux questions qu’on lui pose. Il se refuse cependant à répondre à des questions qui sont d’un ordre purement matériel. Après avoir dispensé son enseignement, il s’écroule à nouveau pour reprendre connaissance tout aussitôt. Toutefois, il ne se souvient plus du tout de ce qui vient de se passer et de ce qu’il a pu dire. Il s’agit d’un jeune homme en bonne santé, frais et dispos. Il ne ressent ni gène, ni malaise, ni maux de tête, ni une quelconque indisposition après l’événement.
Mon interlocuteur termina sa narration par ces mots : « J’étais curieux de savoir ce que vous pensez de tout cela. Mais avant de porter un jugement, vous m’obligerez d’assister personnellement à une séance, afin de bien vous rendre compte par vous-même des faits qui s’y déroulent. De plus, vous pourrez alors poser au jeune homme les questions que vous voudrez ».

Mes hésitations
J’avais suivi la narration avec beaucoup d’attention. Quelle réponse lui donner ? Je n’avais pas la moindre idée, la moindre connaissance de ce que l’on appelle « spiritisme ». J’avais bien lu un article par-ci par-là sur ce sujet dans les journaux. Il s’agissait de rapports sur des médiums démasqués ou d’autres expériences spirites truquées, donc rien qui puisse parler en faveur du spiritisme. Et voici qu’on me demandait une chose pareille. En tant qu’homme sensé et, en outre comme ecclésiastique, j’allais devoir m’aventurer sur ce terrain et m’exposer au danger d’être tourné en ridicule. Je dois avouer que j’étais tenté par l’idée de pouvoir examiner, par des procédés scientifiques, les faits insolites qui m'étaient relatés. Cependant je souhaitais faire cela tout seul, dans mon bureau. Il me répugnait d’aller dans des familles et de m’exposer ainsi aux commérages et aux ragots. J’avouais franchement à ce monsieur que je n’avais aucune expérience personnelle du spiritisme et je ne me sentais pas capable de porter un jugement sur ce qu’il m’avait raconté. De plus, j’hésitais beaucoup à accepter son invitation à assister à une réunion du genre de celles qu’il venait de me décrire. Il me fallait prendre en considération que je portais la soutane et qu’il m’était impossible de m’exposer au risque d’être décrié en public comme « spirite ». Ma participation et ma présence à ces séances seraient à coup sûr bien vite connues de tous.
Mon visiteur ne voulait rien entendre et refusa d’accepter mes objections. « Il s’agit », dit-il, « d’une affaire d’importance au sujet de laquelle vous, en tant que membre du clergé et chargé d’une fonction publique, devriez être au courant. Je suis d’avis que vous avez le devoir d’examiner cette affaire pour établir votre jugement après une observation minutieuse, objective et impartiale. Il vous arrivera encore souvent dans votre vie d’être interrogé au sujet de ces choses. »
« Nous autres les laïques, à qui donc faut-il que nous nous adressions pour obtenir des éclaircissements, si ce n’est à nos guides spirituels à qui nous accordons notre entière confiance dans l’espoir qu’ils nous diront toute la vérité ? Il n’est plus possible de faire le silence sur ces choses. En Allemagne, les réunions spirites augmentent de jour en jour. Des séances se déroulent dans presque chaque ville d’une certaine importance. Je sais que les Eglises cherchent à écarter le spiritisme en l’accusant de fraude ou en le faisant passer pour l’œuvre du démon. Mais de telles allégations ne résolvent pas la question. Si vous craignez que des ennuis puissent en résulter pour vous, cette crainte est dénuée de fondement. Votre participation à nos réunions ne sera pas ébruitée. Car les quelques participants garderont le silence et feront tout pour éviter que votre présence ne vous porte préjudice. Donc vous pouvez tranquillement donner votre assentiment. »
Je ne pouvais pas nier que cet homme disait vrai. Il avait raison. Si nous, membres du clergé qui ambitionnons d’être les guides du peuple, nous refusons, dis-je, d’examiner, d’étudier et d’élucider personnellement ce qu’il y a de vrai dans ces phénomènes, qui d’autre s’en chargerait ? Qui plus que nous, le clergé de toutes les confessions, pourrait et devrait s’intéresser à cette affaire ? Car si le spiritisme s’avérait être vrai et fondé, il entraînerait de sérieuses conséquences pour toutes les religions.

Mon accord
Après quelques hésitations, je me déclarai prêt à assister à la séance qui se tiendra le dimanche soir suivant.
Mon esprit, pendant les jours qui suivirent, était pleinement occupé à méditer sur cette question. Je regrettai presque d’avoir dit oui. Plus j’y réfléchissais, plus il me semblait que les ennuis qui pourraient en résulter seraient conséquents. J’attendais le dimanche avec impatience. Après vêpres, j’allais en ville. A mon bureau de la Société de Bienfaisance, il me fallait encore traiter les affaires urgentes avant de me rendre à la séance prévue. Dans la poche de ma veste, je glissais un billet sur lequel j’avais inscrit les questions que je voulais poser au jeune homme pendant la séance du soir. Elles étaient telles que seules de longues explications pourraient y répondre. Elles provenaient de la doctrine théologique. Moi-même je me sentais incapable d’y répondre. Je désirais simplement me rendre compte comment et par quelles réponses le jeune homme s’en tirerait.
A mon bureau de la Société de Secours, je trouvai une lettre venant du monsieur qui m’avait invité à la séance. Dans cette lettre, il m’informait que la séance ne se déroulerait pas chez lui, comme convenu, mais au domicile d’une autre famille dont il m’indiquait l’adresse. Il s’agissait, disait la lettre, de dispositions prises ultérieurement.
Ce changement inattendu me déconcerta. La méfiance s’empara de moi. De qui se moquait-on ? La famille, où la séance devait avoir lieu d’après ces nouveaux arrangements, m’était inconnue, même de nom. Allais-je donc me mettre dans l’embarras devant une famille étrangère ? N’était-ce pas un piège dans lequel on voulait me faire tomber ? Ma résolution de ne pas m’y rendre fut vite prise. Pour que l’on ne m’attende pas inutilement, je fis parvenir un mot par messager au monsieur qui m’avait invité, pour lui préciser que je n’assisterais pas à la séance.
Peu après, il se présenta en personne. Il me pria de l’accompagner. Ce n’est pas lui, dit-il qui avait introduit ce changement, mais les nouvelles dispositions avaient été prises par quelqu’un à qui il fallait obéir. Il se pourrait, dit-il, que la raison provenait du fait que dans l’autre appartement la séance pourrait avoir lieu plus discrètement et de façon plus inaperçue qu’à son propre domicile. J’acceptai alors de l’accompagner.

Ma première séance
Il était sept heures et demi du soir à notre arrivée. La famille m’accueillit avec amabilité. Je remarquai que ma venue faisait plaisir. Comme la séance ne devait commencer qu’à huit heures, j’avais le temps et l’occasion de m’entretenir à souhait avec le jeune homme qui, lui aussi, était déjà arrivé. Je cherchais à me rendre compte de son degré d’instruction qui se révéla correspondre à celui de tout jeune homme ordinaire du même âge. La séance commença à huit heures. Nous étions peu nombreux. J’étais surpris que la séance ne se déroule pas dans le noir, toute lumière éteinte, mais que la pièce était éclairée « à giorno ». J’avais cru que de telles séances avaient lieu dans l’obscurité.
La séance débuta par une courte prière, récitée avec grande ferveur par un des assistants. Du reste, toutes les personnes présentes paraissaient sérieuses et recueillies.
Juste après la prière, le jeune homme, d’une brusque saccade, tomba en avant en haletant. J’en éprouvai de la frayeur. Il serait tombé sur le sol si le bras de son siège ne l’avait pas retenu. Au bout de quelques secondes, quelque chose, comme une main invisible, le redressa par secousse. Il s’assit, ses yeux étaient fermés. Je sentais mon cœur battre plus vite et plus fort, tandis que j’attendais avec impatience la suite des événements.
« Gruess Gott[1] », commença-t-il, et il s’adressait directement à moi en me demandant : « Pourquoi es-tu venu ici ? ». Je m’étonnai de ce qu’il me tutoyât. S’il avait été dans son état normal, le jeune homme n’aurait pas agi ainsi.
« Je suis venu en quête de vérité », dis-je. « On m’a parlé de ce qui se passait ici et je voudrais me rendre compte par moi-même s’il s’agit d’une chose vraie ou d’une fraude. »
« Crois-tu en Dieu ? ». Continua-t-il, en ajoutant : « Ma foi, je sais que tu crois en Dieu. Mais je voudrais te poser une autre question : Pourquoi crois-tu en Dieu ? »
Cette question était si inattendue que je ne savais plus très bien quoi répondre. Je me sentais désorienté. Dans ma confusion, je donnai une réponse si médiocre que je n’en étais pas satisfait moi-même.
« Je m’attendais à une meilleure réponse de ta part », dit-il calmement. Ces paroles réprobatrices me firent l’effet d’un rude soufflet.
J'étais venu dans l'intention de démasquer une fraude possible et voilà qu’au bout de quelques minutes à peine de mon arrivée, c’était moi que l’on interpellait !

Une manifestation surprenante
« Nous reviendrons plus tard à la question à laquelle tu as répondu si insuffisamment », dit-il avec douceur. Maintenant c’est ton tour de me poser des questions. J’y répondrai dans la mesure où j’y suis autorisé. Tu as noté une série de questions que tu veux me soumettre. Sors le billet que tu as sur toi avec les questions ! »
Les assistants me dévisagèrent avec étonnement. Personne n’avait connaissance de ce billet. Ma première question fut la suivante : « Comment se fait-il que de nos jours le christianisme semble ne plus avoir d'influence sur les gens ? »
Sans hésitation et sans réfléchir, il commença à répondre. Tout en faisant son exposé, il répondit étonnamment simplement et clairement aux questions intercalées par les assistants, ainsi qu’à leurs objections. D’après mes notes sténographiées, il m’exposa ce qui suit : « La doctrine du Christ contenue dans les documents venus jusqu’à vous a souffert dans son intégrité, sa pureté originelle et sa clarté. Dans ce que vous appelez le Nouveau Testament, plus d’un paragraphe important a été laissé de coté. Des chapitres entiers ont même été supprimés. Ce qu’il vous reste encore, ce sont des copies mutilées. Vous n’avez aucune connaissance des originaux, de sorte que les mutilations du texte primitif ne peuvent être décelées[2] . Ceux qui se sont rendus coupables de pareilles dégradations ont été sévèrement punis par Dieu. »
A ce moment, une des personnes présentes demanda qui s’était permis de porter atteinte de cette façon aux Livres Saints.
« Il ne vous appartient pas de le savoir » fut la réponse nette et brève. « Qu’il vous suffise de savoir que c’est arrivé et que Dieu a puni les impies ! A quoi vous servirait d’apprendre leurs noms ? Si on vous l’apprenait, vous mettriez à profit votre connaissance pour les juger. Et vous savez que vous n’avez pas le droit de juger vos semblables. Dieu juge ! Et cela est suffisant. »
« En outre, la dernière lettre de l’apôtre Paul adressée à toutes les communautés chrétiennes a été détruite. Il expliquait dans le menu détail les passages de ses lettres antérieures qui avaient donné lieu à des malentendus. Ces éclaircissements ne concordaient pas avec de nombreux enseignements erronés qui s’étaient par la suite glissés dans la doctrine du christianisme. »
Je l’interrompis en lui demandant quand et à quel moment les premières divergences d’opinions s’écartant de la vraie doctrine avaient été introduites dans le christianisme. – Il me répondit : « Dans une moindre mesure, dès le premier siècle du christianisme. Tu sais bien que, déjà au temps des apôtres, de nombreuses divergences d’opinions virent le jour au sein des communautés chrétiennes. Plus tard s’insinuèrent beaucoup d’opinions et de lois inventées par les hommes et en désaccord avec la doctrine du Christ. Si vous étiez en possession du texte complet et inaltéré, vous vous trouveriez débarrassés de plus d’un fardeau qui pèse sur vos épaules et qui vous a été imposé au nom de la religion et du christianisme. Plus d’une doctrine qu’on impose à votre croyance et qui répugne à votre raison serait révélée comme inexacte et cesserait de vous préoccuper. Et vous, en tant qu'enfants de Dieu, vous retrouveriez votre liberté. »
« Dans l’état actuel des choses, des millions d’hommes sentent que beaucoup d’enseignements du christianisme ne peuvent pas correspondre à la vérité. Mais ils s’y accrochent par habitude, machinalement, sans y adhérer de cœur. Ce genre de croyance de façade n’a aucun pouvoir sur leur for intérieur. Il y manque la flamme et l’ardeur de la foi véritable, celle qui vivifie. »
« Beaucoup de chrétiens ne font même plus semblant de rester fidèles à leur foi chrétienne. Au lieu de se débarrasser de ce qui est erroné, ils se défont de toute la doctrine chrétienne et de la foi en Dieu ; dans leur esprit l’une est liée à l’autre. Ceci est grave. »
« Mais le temps viendra où la doctrine du Christ, dans toute sa pureté et sa vérité, sera rendue à l’humanité. Il n’est pas utile que vous sachiez dès à présent de quelle façon cela arrivera. »
« De plus, ce qui subsiste des originaux du Nouveau Testament a subi des altérations en beaucoup d’endroits. Le copiste a changé des mots et des phrases entières, soit en retranchant un mot ici, soit en y ajoutant un autre là selon que cela servait ses intentions, ce qui a défiguré le sens du texte. La plupart du temps, les copistes voulaient à tout prix trouver dans la Bible un passage justifiant les opinions de leur époque, et, pour ce faire, avaient recours à la falsification. Ils n’avaient pas toujours conscience de la gravité du tort qu’ils faisaient. Bien au contraire. Ils pensaient, en agissant ainsi, rendre service à leur religion. Voici comment le peuple fut induit en erreur. Nombreux sont ceux qui ressentent jusqu’au tréfonds de leur être qu’ils font fausse route, encore qu’ils n’aient pas le moyen et la possibilité de faire la lumière. La conséquence évidente et logique d’une pareille manœuvre, c’est qu’un christianisme ainsi dénaturé et déraciné ne saurait porter des fruits sains. Douter de la vérité entrave les effets salutaires de celle-ci. »
Je lui demandai, le cœur serré, de bien vouloir me citer un passage du Nouveau Testament où, en changeant ou en supprimant un mot, on avait opéré une falsification du sens de ce passage.
« Le moment n’est pas encore venu, il est vrai, dit-il d’entrer dans le détail des falsifications. Je le ferai plus tard quand je commenterai la Bible dans son ensemble. Je vais quand même exaucer ton vœu en t’indiquant deux passages, l’un où un mot a été remplacé par un autre, et un deuxième passage où on a supprimé un mot. »
« Tu connais l’exclamation de l’apôtre Thomas d’après le texte de votre Bible : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jean 20 : 28). En réalité, il s’est servi de la même expression que les apôtres employaient toutes les fois qu’ils s’adressaient au Christ : « Mon Seigneur et Maître ! » Le mot « Maître » a été falsifié par la suite et changé en « Dieu ». Je vous expliquerai une autre fois pourquoi il en fut ainsi. Le passage dans lequel on a supprimé un mot et, par-là, complètement changé le sens, présente pour toi un intérêt tout particulier. Tu es prêtre catholique. Tu crois détenir le pouvoir de pardonner les péchés. Quel est le passage du Nouveau Testament qui te sert de preuve qu’un tel pouvoir a été donné aux prêtres ? »
Je citai le passage en question : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jean 20 : 23).
Il me corrigea en rendant le passage littéralement : « Si vous pardonnez les péchés aux autres, ils leur seront pardonnés », et il continua : « Le mot[3] que vous traduisez par « leur » veut également dire en grec « même ». Dans le texte d’origine, il y avait encore devant le mot « même » le mot « vous ». Ce qui fait que le passage original porte textuellement et littéralement : « Si vous pardonnez les péchés aux autres, ils seront pardonnés à vous-même. » Tu comprendras aisément combien le sens a été déformé en supprimant le mot « à vous ». Ce passage ne fait dire au Christ que ce qu’il a exprimé et dit à beaucoup d’autres occasions, à savoir : Vous devez pardonner de tout votre cœur à vos semblables les fautes et les péchés dont ils se sont rendus coupables envers vous, afin que vous obteniez de Dieu le pardon de vos propres péchés. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés[4]. Le pardon est ce qu’il y a de plus pénible dans votre vie. Il vous faut pour cela une aide particulière de Dieu. Au même endroit[5], le Christ dit aussi : Recevez un esprit saint ! Si vous pardonnez leurs péchés aux autres, ils vous seront pardonnés à vous-même. Mais si vous les retenez, c’est à dire dans votre cœur, vos péchés à vous seront également retenus, c’est à dire par Dieu. As-tu bien compris cela ? »
Tout accablé, je répondis « oui » à voix basse, en ajoutant aussitôt : « Est-ce que selon toi, il est totalement inutile qu'en tant que prêtre je reçoive la confession des péchés de mes semblables si je ne peux pas leur donner l’absolution ? Devrais-je donc renoncer à cette pratique ? »
« Cela n’est pas nécessaire » dit-il. « Puisque les chrétiens de ton Eglise pensent que pour obtenir le pardon de leurs péchés ils doivent les confesser à un prêtre, accepte tranquillement leur confession, comme ta charge le prescrit. Il n’y a pas de mal et ce n’est pas interdit par la loi divine de confesser ses péchés à un être humain. Mais il ne faut pas croire que tu as le pouvoir de pardonner les péchés de tes pénitents à la place de Dieu. Ta seule tâche consiste à éloigner du cœur des pénitents leurs tendances à pécher en les instruisant, en les admonestant, en les encourageant, en les consolant, de sorte qu’ils repartent convertis et prêts à le prouver par leur comportement. Se confesser et recevoir l’absolution par habitude routinière n’est pas seulement vain et inutile, mais une profanation de l’idée de la réconciliation avec Dieu. »
Les questions que tu intercales font que je m’écarte de mon sujet. Je vais continuer.
Même si bien des points de la doctrine du Christ ont été supprimés intentionnellement dans les copies des manuscrits et qu’ils vous sont parvenus ainsi altérés, soit par suppression ou falsification, il y a encore beaucoup de textes authentiques qui sont restés suffisamment purs pour que les hommes, en s’y conformant, puissent s’approcher de Dieu. Malheureusement, ils n’arrivent pas à distinguer le vrai du faux.
La base de la doctrine du Christ est, selon sa propre parole : « Aime Dieu par-dessus tout, et ton prochain comme toi-même[6] !» Celui qui s’y conforme accomplit toute la loi du Christ. Toutes les autres vérités ne sont que le complément de cette vérité fondamentale et ne servent que de directives pour l’accomplissement de ce commandement dans la vie de chacun.
Et à présent, j’en arrive à la dernière, mais non la moindre des raisons pour lesquelles le christianisme semble avoir perdu son influence sur l’humanité actuelle.
Le peuple s’aperçoit que ses guides spirituels ne mettent pas en pratique l’enseignement du Christ qu’ils prêchent eux-mêmes. Ceci s’applique au clergé de toutes les confessions. Il y a des exceptions, bien sûr. Elles sont relativement rares. Quels sont les ecclésiastiques que vous pouvez placer à côté du Christ sans qu’ils n’aient à en rougir ? – Combien y en a-t-il qui partagent avec leurs frères et sœurs la souffrance, la pauvreté et le besoin ? Les membres de leur communauté sont pourtant leurs frères et sœurs. Sont-ils leurs « serviteurs », comme leur a prescrit le Christ ou ne sont-ils pas plutôt des dominateurs et des exploiteurs ? Accordent-ils leurs services gratuitement ?
« Certains d’entre eux ne vont-ils pas jusqu’à se faire payer les prières ? »
« Et leur vie privée, leurs mœurs ? Je n’en parlerai pas maintenant. Sur ce point, je m’entretiendrai plus tard avec toi tout seul. »
A ces mots, il se tourna vers moi et continua : « Tu as l’intention d’aller rendre visite à ta famille demain. Ce voyage ne presse pas. Demain tu resteras ici et tu reviendras ici demain à sept heures et demie. Nous nous entretiendrons alors en tête-à-tête. Par conséquent, tu diras au jeune homme par la bouche duquel je parle, quand il sera revenu à lui, qu’il revienne ici demain soir à sept heures et demie. » Alors il termina en priant dans un idiome inconnu, leva ses mains pour bénir et prononça les paroles suivantes : « Soyez bénis au nom du Seigneur. Gruess Got ! »
Après cette dernière salutation, le jeune homme tomba en avant comme au commencement de la séance, ouvrit les yeux et regarda autour de lui, tout étonné. Il ne pouvait pas comprendre que l’heure fut déjà si avancée. Il ne se rappelait rien de ce qui s’était passé. Il dit qu’il avait l’impression d’avoir bien et longtemps dormi. Il se sentait frais et dispos.
Lorsque je lui dis de revenir le lendemain soir à sept heures et demie, il m’explique qu’il ne pourrait pas venir, qu’il avait un travail urgent à terminer, et qu’il ne rentrerait sûrement pas chez lui avant neuf heures du soir. Il ajouta que son patron le lui avait déjà annoncé le jour avant.
Malgré cela, je décidai de remettre mon voyage à plus tard et de revenir à l’heure qui m’avait été indiquée.
Lorsque, à la fin de la séance, je rentrai chez moi, il me semblait avoir vécu un cauchemar. La lune déversait ses rayons argentés sur les toits et les étoiles brillaient doucement dans la nuit claire. Mais en moi, mes pensées tourbillonnaient et s’élevaient comme des flammes. Je sentais que cet incendie enveloppait déjà les poutres qui étayaient l’édifice qui jusqu’ici avait été celui de ma foi.
Qui disait vrai ? La religion, dont j’étais un des prêtres, ou la voix par la bouche de ce garçon ? Ou alors était-ce peut être le jeune homme lui-même qui inventait tout cela et jouait la comédie devant nous ?
Le garçon, comme cela, de lui-même ? Non, ce n’était pas possible. Il m’était encore beaucoup plus impossible de penser cela que de croire à tous les dogmes du monde. J’avais déjà lu par-ci par-là des articles traitant du « subconscient » et de la « transmission de pensées ». Mais pour ce qui était du cas présent, tout cela ne servait à rien. J’allais donc tranquillement pousser plus en avant mon enquête. L’affaire me semblait par trop importante pour que je l’écarte sans plus et sans façon. Je ne pouvais plus faire marche arrière. Il me fallait voir clair. La prochaine séance me rapprocherait peut-être de la lumière.

La décision


Détourne-moi de la voie de mensonge, fais-moi la grâce de ta loi.
J'ai choisi la voie de vérité, je me conforme à tes jugements.
Psaumes 119 : 29 – 30

On me transmet d’autres connaissances
Après une nuit presque blanche, je m’efforçais le lendemain, par un travail acharné à mon bureau de la Société de Bienfaisance, de me défaire des pensées qui m’obsédaient.
Le soir, peu avant sept heures et demie, je me trouvai à nouveau dans l’appartement où avait eu lieu la séance de la veille. A ma grande surprise, le garçon était déjà arrivé. Il me raconta qu’à quatre heures de l’après midi son employeur lui avait communiqué qu’il avait changé d’avis et que le travail, qui devait être terminé ce soir même en faisant des heures supplémentaires, était remis au lendemain matin.
J’étais seul avec le jeune homme. Sur le coup de sept heures et demie, il entra dans le même état inexplicable que le soir d’avant. Il salua par un « Gruess Gott », me donna la main et me dit : « Je suis content que tu sois resté ici. En effet, j’ai beaucoup à t’apprendre. Avant, je dois encore finir d’expliquer le dernier point de mon exposé d’hier. Je t’avais bien dit que je n’en parlerais que lorsque nous serions seuls tous les deux. »
Et il se mit à me brosser un tableau des mœurs d’une grande partie du clergé. Je l’écoutai avec consternation et une émotion douloureuse.
Ensuite, il s’adressa à moi avec amabilité : « Parle-moi franchement et avec confiance. Je sais que depuis hier tu es remué jusqu’au tréfonds de ton être, tu ne t’y retrouves plus et tu ne vois plus clair. »
D’une voix tremblante de l’émotion que je ressentais, je répondis : « Tu as raison. Mes pensées sont confuses et la tête me tourne. Je ne sais que penser de tout cela. Je te prie de me renseigner sur tout et de me dire, avant tout, qui tu es et comment il se peut que tu parles à travers ce garçon. »
« Tu as raison de commencer par me demander qui je suis. Car avant toute autre chose vous devez examiner les Esprits qui vous parlent pour savoir s’ils viennent de Dieu[7], afin que vous ne deveniez pas les victimes des Esprits du mal qui vous ruinent dans votre corps et, spirituellement, ne vous disent pas la vérité, mais vous mentent et ainsi précipite votre existence dans un gouffre. Je te jure devant Dieu que je suis un de Ses bons Esprits et un de Ses plus hauts Esprits, mais ne dévoile pas mon nom. » Puis il me dit son nom. « C’est moi qui t’ai conduit ici. J’ai reçu la mission de Dieu de te renseigner, et toi, en revanche, renseigne tes semblables ! »
Je ne savais plus où j’en étais et ce qui m’arrivait.


La Bible et les communications d’Esprits

« Je veux commencer », continua-t-il, par te renseigner sur ce qui se passe ici. Peut être penses-tu qu’il s’agit de quelque chose de nouveau et d’inouï. Mais tout cela est aussi vieux que l’humanité. Depuis les jours des premiers hommes jusqu’aujourd’hui, le monde des Esprits a communiqué avec les hommes. Le monde des bons Esprits aussi bien que celui des mauvais Esprits. Tu as bien lu assez souvent, dans les vieux documents que vous appelez l’Ancien Testament, que Dieu a parlé aux hommes. »
« Dieu a parlé à Adam, à Caïn, à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Moïse et à beaucoup d’autres. Comment te représentes-tu cela ? Dieu est pourtant esprit[8]. Mais un esprit ne possède pas de bouche charnelle, il n’a pas de cordes vocales qui lui permettraient de s’exprimer à la manière des hommes. Comment alors Dieu a-t-il pu parler aux hommes ? »
« Je ne sais pas », répondis-je brièvement.
« Et comment t’expliques-tu l’apparition des trois hommes qu’Abraham vit en face de lui ? Il savait qu’il s’agissait non d’êtres humains mais d’envoyés de Dieu. Il leur donna pourtant à manger et discuta avec eux de la destruction des villes de Sodome et Gomorrhe[9]. Comment expliques-tu ces phénomènes ? »
Je n’étais pas capable de répondre. J’avais lu tout cela plus de cent fois, je l’avais raconté aux enfants de l’école. Mais la manière dont se faisait et se réalisait la communication des Esprits avec les hommes, telle que la Bible la relate, était pour moi quelque chose dont je n’avais jamais entendu parler et à quoi je n’avais jamais réfléchi.
Il continua d’examiner ces choses avec moi, mais j’étais incapable de donner une réponse correcte à quoi que ce soit.
« Tu sais que vous, les hommes, vous avez différents moyens pour communiquer avec les personnes éloignées. Vous leur écrivez, vous téléphonez, vous télégraphiez, et de nos jours vous utilisez même la radiocommunication au moyen d’ondes électromagnétiques. Le monde des Esprits, séparé de vous par la matière, dispose également de moyens variés pour entrer en communication avec vous de manière perceptible à votre vue et votre ouïe. Vous, les hommes d’aujourd’hui, ne méditez pas ces choses. Vous lisez tout cela, mais tout cela reste pour vous lettre morte. »
« Songe à l’histoire de Moïse ! Tu y trouves « l’Ange du Seigneur » qui parle à travers le buisson ardent[10]. Tu te rends compte que Dieu donne ses instructions à Moïse jour après jour, lui disant ce qu’il doit faire. Tu y lis que l’Ange du Seigneur marche devant les enfants d’Israël dans une colonne de nuée et leur parle dans et à travers cette colonne de nuée[11]. Tu apprends que Moïse consulte Dieu aussi souvent qu’il le désire et que Dieu lui répond[12]. »
« Le peuple avait également le droit d’interroger Dieu. Il se rendait à la tente de réunion devant le camp ; Josué, serviteur de Moïse, devait se tenir en permanence dans la tente et n’était pas autorisé à la quitter[13]. Réfléchis, pourquoi le jeune Josué devait-il donc rester en permanence dans la tente ? Existait-il un rapport entre ce fait et l’interrogation de Dieu ? »
La réponse me vint à l’esprit avec la rapidité de l’éclair : « Sans doute en était-il de Josué ce qu’il en est ici de ce jeune homme. De même que tu utilises le corps de ce jeune homme pour me parler, ainsi autrefois le monde des Esprits se servait de Josué. »
« Tu as vu juste », répondit-il. « Cependant souviens-toi que lorsque la Bible dit : « Dieu a parlé », il s’agit très rarement de Dieu en personne. Car en règle générale, Dieu ne parle qu’au travers de ses messagers spirituels. Sache aussi que le monde des Esprits n’utilise pas toujours un être humain pour s’adresser à vous. Les Esprits disposent de beaucoup de moyens pour se faire comprendre de vous. »
« Aussi apprends-tu que Dieu parlait à travers le « colonne de nuée ». Bien souvent, la communication avec les Esprits était rendue possible par le don de « clairvoyance » et de « clairaudition » octroyé à certaines personnes. Les conversations de Dieu avec Adam et Eve et avec beaucoup d’autres plus tard se réalisaient au moyen de la clairaudition.»
« Puis il y avait encore un moyen dont les Israélites se servaient fréquemment pour interroger Dieu. C’était le « pectoral » sur les épaulettes de l’éphod du Grand Prêtre. Le pectoral s’appelait aussi « oracle ». Je te mettrai parfaitement au courant plus tard sur le mode exact d’interroger Dieu. »
Ce n’est pas seulement dans l’Ancien Testament que se produisaient des communications d’Esprits, mais il en est également question dans le Nouveau Testament. Tous les Evangiles et notamment les Actes des apôtres, contiennent un grand nombre de récits traitant de manifestations d’Esprits. Le Christ lui-même avait bien promis à ceux qui auraient la foi qu’il leur enverrait les Esprits de Dieu[14]. Ce qui se passait lors des assemblées religieuses des chrétiens, choses que maintenant vous n’arrivez pas à vous expliquer, n’était que le phénomène des allées et venues des Esprits. Ceux-ci parlaient à travers l’une des personnes présentes dans une langue inconnue, à travers une autre dans la langue maternelle des personnes réunies, à une troisième ils octroyaient le don et le pouvoir de guérir les malades, d’autres reçurent des dons différents selon que le monde des Esprits trouvait en ces personnes des instruments utiles[15]. Cela se passait journellement et allait de soi. »
« Cette communication avec les Esprits n’a pas, comme les Eglises voudraient le faire croire, cessé après la première ère chrétienne. Au contraire, elle doit continuer et existera toujours. Car elle est l’unique chemin vous permettant d’atteindre la vérité. »
« Tout cela dépend évidemment de l’entrée en communication ou non des hommes avec le monde des Esprits. Dans l’Ancien Testament, il y eut des époques où la communication des bons Esprits avec les hommes cessa presque entièrement. C’était le temps où Dieu était devenu un étranger[16]. »
« De même de nos jours, les hommes, malgré les temples et maisons du culte qu’ils bâtissent, ont, en grande partie, délaissé Dieu pour se vouer au mal. Si l’humanité de maintenant revient à Dieu et établit avec lui une intimité semblable à celle de maintes époques de l’Ancien Testament et du temps des premiers chrétiens, toutes ces choses, dont on vous parle et qui vous semblent si merveilleuses, se répèteront. Dieu reste toujours le même, autrefois comme maintenant. Il aime Ses créatures tout autant aujourd’hui qu’hier, sans acception de personne et sans préférence. »



Je suis invité à examiner ces phénomènes
« Pour aujourd’hui, mes éclaircissements d’ensemble devraient suffire. Je te mettrai au courant des détails de la communication des Esprits avec les hommes au fur et à mesure, mais il faut pour cela que tu sois décidé à me laisser t’exposer mon message et mon enseignement et à accepter la tâche qui t’est réservée. Personne ne t’oblige à accepter. Tu restes libre ; tu peux, si tu le veux, accepter ce qui t’est proposé, ou tu peux, si tu préfères, le refuser et continuer sur la route que tu as suivie jusqu’ici. Si tu acceptes, tu auras à faire face aux privations et aux sacrifices. Tu seras persécuté pour l’amour de ce qui est juste et vrai. Mais tu trouveras la paix. Si tu refuses ce don de Dieu que je t’apporte, tu en assumeras également la responsabilité. A toi de décider. »
« Il ne faut pas que tu acceptes tout aveuglément, mais tu devras contrôler s’il s’agit de la vérité ou d’une tromperie de l’esprit du mal. Tu ne te contenteras pas de ce que je te dis. Tu devras, par ta propre expérience, réaliser des observations dans ce domaine, indépendamment de ce que tu vois ici. »
« C’est pourquoi, dans ce but, je te prie, avant de terminer, de choisir parmi tes paroissiens à la campagne quelques personnes encore ignorantes de ces choses. Et, une fois par semaine, à une heure propice, vous vous rassemblerez, vous prierez et vous commenterez les Ecritures, comme le faisait les premiers chrétiens. Prête bien attention pour que rien ne t’échappe de ce qui se passera. Tu auras ainsi l’occasion de comparer ce dont tu seras témoin avec ce que tu vois et entends ici. En outre, arrange-toi pour venir ici à notre groupe chaque dimanche sois à huit heures, pour que je puisse continuer ma transmission de connaissances. »
« Je veux bien », dis-je, « venir ici le dimanche chaque fois que je le pourrai. Mais je ne saurais choisir dans ma paroisse de campagne, parmi ces paysans frustres et simples, des personnes pour une telle assemblée. Pareille chose aurait du retentissement et mettrait en émoi le petit village à un point dont on ne saurait prévoir les conséquences. De plus, je ne vois personne susceptible de faire cela. »
« Si tu devais décider d’accepter, tout le reste s’arrangerait », rétorqua-t-il à mes objections. « Tu n’es pas obligé de dire oui. Tout dépendra de la décision libre et prise selon ta volonté. Mais je me permets de te conseiller d’accepter. A présent, je voudrais terminer. »
Comme le jour d’avant, il leva les mains pour bénir et dit : « Que Dieu te garde ! Qu’il te donne la force d’accomplir sa volonté ! Amen. Gruess Gott ! »
A nouveau le garçon tomba en avant et revint à lui quelques instants plus tard. Il ne savait pas ce qui s’était passé.
Toutes les explications ordinaires que j’échafaudais étaient insuffisantes. De tels raisonnements ne suffisaient même pas à rendre compréhensible une part minime de ce que j’avais vécu. Ce qui m’impressionnait le plus, ce qui me subjuguait intérieurement, c’est la clarté et la netteté d’une justesse logique et convaincante à propos de choses que j’entendais pour la première fois en ces lieux. Seule la vérité pouvait avoir une telle influence, il m’était impossible de m’y soustraire, même si je l’avais voulu.
Bon nombre de choses que jusqu’ici je n’avais pas comprises en les lisant dans la Bible me paraissaient maintenant claires. Je dois ajouter que ce n’était qu’un commencement. On me laissait entrevoir des renseignements complets sur tous les détails. Il me suffisait d’accepter l’offre proposée.
En plus, on me suggérait de ne pas me contenter de ce que j’avais entendu ici. Je devais également, pour affermir ma conviction puiser à une autre source, indépendante de celle-ci. Il m’était demandé de célébrer une sorte de culte religieux, à l’exemple des assemblées des premiers chrétiens, avec des gens de la campagne, simples et ignorant tout du « spiritisme », et cela sans être influencé du dehors, dans ma propre paroisse.

Ma décision
Allais-je prendre ce risque ? Que diraient les gens ? Je commençais à éprouver des sentiments de crainte du jugement des hommes. Mes paroissiens, en me voyant entreprendre et organiser pareille chose, n’allaient-ils pas me prendre pour un fou ? Lorsque mes supérieurs ecclésiastiques apprendraient la nouvelle, ne perdrais-je pas ma place ? Tout cela me pesait, m’en coûtait et me déchirait intérieurement. De quel côté me tourner ? Je sentais que le moment était arrivé de prendre une décision. De ma vie je n’avais prié Dieu avec autant de ferveur que maintenant. Pour finir, je résolus d’accepter et de suivre les instructions reçues, fût ce au prix des plus grands sacrifices, au risque de perdre ma situation et de ruiner mon existence matérielle. Une fois ma décision prise, je retrouvais la souveraine paix du cœur et j’envisageais l’avenir avec confiance.


La confirmation de la vérité

Quant à vous, vous avez reçu l'onction venant du saint, et tous vous possédez la science.
1er épître de Jean, 2 : 20

Les choses vécues dans ma paroisse
Sans me soucier des conséquences possibles et peut-être imminentes, j’avais pris la décision de choisir quelques personnes dans ma propre paroisse pour organiser, avec elles, des réunions du genre de celles auxquelles j’avais assisté dans la ville voisine. Je n’avais aucune idée de qui j’allais choisir. Ne m’avait-on pas dit que tout s’arrangerait pour le cas où j’aurais dit oui ? C’est bien ce qui se passa sans que je fusse obligé de recruter des gens. Ceux-ci me furent amenés de façon singulière sans que j’y sois pour rien.
J’avais dans ma paroisse une malade partiellement paralysée à laquelle je rendais visite plusieurs fois par semaine. Une de ses sœurs s’était mariée dans ma paroisse et avait quatre enfants âgés de vingt à vingt-huit ans, trois fils et une fille. Un soir, je me trouvai auprès de la malade, m’entretenant avec elle, lorsque l’un des fils de sa sœur entra pour demander si sa mère était là. Sur l’explication qu’elle était venue, repartie pour faire des courses, et qu’elle serait de retour sous peu, le garçon pris place pour attendre sa mère. Peu après la mère revint, en même temps que ses deux autres fils qui venaient chercher leur frère, comme ils avaient convenu avec des camarades de se rendre ensemble dans une certaine famille ce soir là. Quelques minutes après, la fille entra également dans la chambre. Elle était infirmière et voulait savoir de moi si quelque malade avait besoin d’une garde de nuit.
Nous étions donc réunis à sept personnes. Tout à coup, un des fils se mit à parler de mon sermon du dimanche d’avant. J’y avais cité un passage de la Bible qui leur était tout à fait inconnu. Je m’empressai d’expliquer par le détail aux personnes présentes cette partie de l’Ecriture Sainte. Tous tendaient l’oreille en écoutant avec la plus grande attention. Lorsque j’eus terminé, un des fils me déclara qu’il serait content d’avoir plus souvent l’occasion d’entendre des explications sur certaines choses dont parle la Bible. Je lui répondis que j’étais prêt à les retrouver plus souvent ici chez leur tante malade et qu’alors je répondrais aux questions qu’ils me soumettraient. C’était là, dis-je, une coutume des premiers chrétiens de se réunir dans leur maison pour parler de sujets religieux. Les personnes présentes se déclarèrent d’accord avec le projet et nous ne tardâmes pas à fixer les dates des soirées de nos futures réunions.
Déjà nous nous étions réunis plusieurs fois le soir sans remarquer quoi que ce soit de sensationnel. Nous commencions nos séances par une prière, puis on se tenait par la main dans un recueillement de quelques instants. Ce recueillement était suivi par la lecture d’un passage de l’Ecriture Sainte, par un commentaire de ce qui avait été lu et par des réponses données aux assistants. Nous mîmes également en discussion le projet d’un moyen pour venir en aide aux nécessiteux des environs proches ou plus éloignés.
C’est avec étonnement que j’observai combien les trois frères prenaient la chose au sérieux. Un détail curieux appela non seulement mon attention, mais encore celle de la mère : l’expression du visage des trois garçons changea, elle devenait plus noble, plus belle. Même des étrangers s’en aperçurent. Un des trois avoua ne pas savoir ce qui se passait en lui. Il raconta que, lorsqu’il était en train de travailler dans les champs, il se sentait poussé constamment par une voix intérieure à louer Dieu, à le glorifier et à le remercier. Autrefois, dit-il, il n’avait jamais eu de telles pensées. Et lorsque à présent, à cause de son tempérament emporté, il lui arrivait de se laisser aller à la colère, il en ressentait sur-le-champ tant de regret qu’il se voyait obligé d’arrêter son travail et de demander pardon à Dieu pour la faute commise. Sans quoi il ne se serait pas senti capable de reprendre sa tâche avec gaieté de cœur. Autrefois il lui était arrivé bien souvent de céder à cette tentation et de commettre cette faute sans s’en trouver intérieurement troublé.
J’avais expérimenté la même chose depuis le jour de la première réunion à laquelle j’avais assisté dans la ville voisine. Des fautes et des négligences, auxquelles je n’avais prêté nulle attention dans le passé, me causaient à présent des remords cuisants.
A notre quatrième réunion, je venais d’expliquer un passage de la Bible. Mon interprétation était la même que celle donnée de nos jours par tous les exégètes des Ecritures. Je n’en connaissais pas d’autre. Je n’avais pas encore terminé lorsqu’un des garçons se montra très excité, apparemment sans raison. Il posa son regard sur moi, ses yeux brillaient d’une lumière étrange. Je remarquai qu’il s’efforçait intérieurement de résister à quelque chose. Soudain, il s’adressa à moi, ses membres se mirent à trembler lorsqu’il me dit : « Je n’y peux rien. Je me sens poussé à vous communiquer que votre explication n’est pas la bonne. On m’oblige à vous donner l’interprétation correcte de ce passage. » Il prononça les paroles qu’une force intérieure lui dictait pour interpréter le passage en question. Ces explications étaient si claires et évidentes que moi-même et les autres assistants n’aurions pas pu mettre en doute leur exactitude.
A peine étions nous remis de notre étonnement que ce même garçon déclara : « Je me sens poussé à écrire. »
« Que veux-tu écrire ? », Demandai-je. « Je n’en sais rien » fut la réponse. « Mais une force irrésistible m’y oblige. Donnez-moi du papier et un crayon ! » Après avoir reçu ce qu’il demandait, il remplit avec une grande vélocité une page in-folio. Une lettre s’alignait à coté de l’autre, sans que les mots et les phrases fussent séparés. La page d’écriture était signée du mot « Celsior » et contenait un message de grande importance pour nous.
Le garçon voulait savoir ce que signifiait le mot « Celsior ». Je lui expliquai que c’était un mot latin voulant dire : « le plus élevé » ou « un plus élevé. »
J’aurais bien aimé apprendre ce que ce garçon avait ressenti tout au long de son expérience. Il me répondit qu’il n’arrivait pas à trouver les mots justes pour décrire ce qu’il avait ressenti. Il se trouvait, dit-il, sous l’influence d’une force si considérable qu’il lui eût été impossible de résister et de s’opposer à cette force.
Il déclara également qu’il s’était défendu de son mieux au moment de la poussée mentale qui le forçait à dire que l’explication que j’avais donnée de la Bible n’était pas la bonne. Parce que, ajouta-t-il, il avait personnellement la conviction intime que mon explication était exacte. Il déclara qu’il avait eu l’impression que ses propres pensées lui étaient ôtées et remplacées par d’autres. C’est vrai qu’il s’était rendu compte qu’il écrivait. Il avait nettement conscience du contenu de chaque phrase qu’il traçait sur le papier, mais seulement au moment même où il la prononçait ou l’écrivait.
Après avoir terminé une phrase, il en oubliait le contenu et n’avait, présente à l’esprit, que la phrase suivante. Il se sentait alors poussé et forcé à dire ou à écrire cette phrase exactement dans les termes qui lui étaient suggérés. Il ne pouvait pas, pendant qu’il écrivait, porter son attention sur les lettres, l’orthographe, les points, les virgules ou la ponctuation. Dès qu’il en avait terminé avec son explication des passages bibliques et sa consignation par écrit de ce qui lui avait été dicté, il oubliait tout et n’aurait pas été capable de répéter ce qu’il avait dit et écrit. C’est ce que me confia le garçon.
Nous étions encore en pleine discussion au sujet de ce qui s’était passé, lorsqu’un des frères déclara qu’il ne pourrait plus assister aux réunions. « En effet », dit-il, « je ne puis plus tenir ma tête tranquille. Je sens que, contrairement à ma volonté, elle est tournée dans tous les sens par une force inconnue. Je m’efforce bien de résister mais en vain. »
Moi aussi, j’avais remarqué les mouvements de sa tête. Sa mère également s’en était aperçue. Elle me regardait d’un air apeuré et interrogateur. Je la calmais, ainsi que le garçon, en leur assurant qu’il n’y avait aucune raison de craindre quoi que ce soit, car nous ne faisions rien de mal et que bientôt nous en obtiendrons l’explication. Je précisais que des phénomènes du même genre avaient eu lieu pendant les assemblées des premiers chrétiens. Afin de le leur prouver, je leur donnai lecture du chapitre quatorze de la première épître de saint Paul aux Corinthiens[17], en leur commentant du mieux de mes connaissances déjà acquises.
Ce qui s’était passé ce soir là était nouveau pour moi autant que pour les autres assistants. Ma rencontre avec le jeune homme de la ville voisine m’avait seulement révélé qu’un esprit parlait par la bouche d’un homme totalement inconscient. Je ne pouvais pas imaginer et je ne savais pas qu’un esprit était capable d’utiliser un homme pleinement conscient et de s’en servir comme instrument en vue d’un message verbal et scriptural.
J’étais donc bien content de pouvoir me renseigner le dimanche suivant lors de la séance en ville. Il me fut dit ce qui suit :
« Ne t’inquiète pas si tu n’arrives pas à comprendre tout et à voir tout à fait clair tout de suite. Tout est trop nouveau pour toi, tes notions sont bien trop incomplètes et insuffisantes pour comprendre certains phénomènes. Tu comprendras peu à peu. Vos découvertes humaines ne se font pas autrement. La découverte est d’abord considérée comme impossible et l’auteur passe pour avoir perdu la raison. Des années après, la même découverte est reconnue par tout le monde et considérée comme allant de soi. Qui donc, il y a cent ans aurait pu avoir une idée de vos avions d’aujourd’hui, du téléphone, du télégraphe et de la radio ? Si, à l’époque, quelqu’un avait prédit la navigation aérienne, la reproduction du son à distance, la possibilité d’écouter chez soi la transmission de la musique d’un concert ayant lieu à des centaines d’heures de distance, on n’aurait pas pris cette personne au sérieux. Et ce sont alors précisément vos savants qui se seraient prononcés contre une pareille possibilité. »
« A présent, tu apprends par d’autres et par expérience personnelle que le monde des Esprits peut communiquer avec les hommes dès que les conditions préalables sont remplies. Le commun des hommes n’y croit pas et considère que c’est une chose impossible, tout comme autrefois le plus grand nombre refusait de croire à ce qui est devenu une réalité aujourd’hui. »
« Vos savants refusent eux aussi d’admettre que les Esprits puissent intervenir dans votre vie de façon sensible et perceptible par vos sens. Pourtant des milliers de phénomènes se produisent à votre époque, des événements pouvant être constatés sans conteste possible par les savants, des faits ne pouvant s’expliquer que par l’intervention du monde des Esprits. »
« Cependant vos savants cherchent d’autres explications et causes à ces phénomènes et attendent de vous que vous accueillez favorablement les explications les plus incroyables et les plus déraisonnables, afin de donner une tournure « naturelle » à ces faits. Ainsi les hommes de science évitent de s'impliquer dans les sujets qui traitent de l’au-delà et du monde des Esprits[18]. »
« Les uns agissent ainsi parce qu’ils refusent de croire à la survie, les autres parce qu’ils n’ont pas encore le courage, en tant qu’homme de science, de défendre la possibilité de l’intervention des Esprits, en fussent-ils d’ailleurs intérieurement convaincus. Ils craignent pour leur réputation de scientifique. »
« Mais le temps viendra où votre science devra admettre que le monde des Esprits, des bons comme des mauvais, intervient dans votre vie et dans le cours de votre destinée, des façons les plus variées, les plus visibles et les plus tangibles. »
« Tu ne t’étonneras donc pas si maintenant on te considère comme anormal lorsque tu déclares que tu as parlé avec un esprit. »
« Je trouve cependant extraordinaire et étonnant que vos communautés religieuses refusent d’admettre la croyance à l’intervention du monde des Esprits et à leur communication avec les hommes d’aujourd’hui. Si elles admettent pareille croyance, elles prétendent qu’il ne s’agit que du monde des mauvais Esprits qui se manifeste à présent. »
« Une telle position est sotte. Si de nos jours les Esprits ne peuvent pas venir jusqu’à vous, cela ne devait pas non plus être possible dans le passé. Dans ce cas, tous les récits bibliques au sujet de la communication et de la manifestation des Esprits seraient à reléguer au royaume des contes et des fables. S’il ne s’agit que de « mauvais » Esprits qui se manifestent, il devrait en être également ainsi autrefois. Dans ce cas, toutes les religions qui s’appuient sur l’Ancien et le Nouveau Testament s’écrouleraient. Ne prétendent-elles pas, en effet, d’avoir reçu des Esprits le dépôt de leurs vérités religieuses et morales ? Si par contre, il s’agissait de « bons » Esprits qui se manifestaient aux hommes, il n’y a pas de raison qu’ils ne puissent plus en faire autant de nos jours. Le même Dieu qui envoyait alors les bons Esprits les envoie encore aujourd’hui. De même qu’autrefois il voulait ramener les hommes sur le droit chemin, il continue de le vouloir encore aujourd’hui. Ou bien pensez-vous que vous n’avez plus besoin d’être guidés et instruits par les Esprits de Dieu ? »
« Croyez-vous peut-être être meilleurs et plus sage que les hommes d’autrefois, et êtes vous d’avis que vous possédez l’entière vérité ? »
« Ce dont tu as été témoin dans ta paroisse est la confirmation de ce que tu apprends ici. Tu verras encore beaucoup d’autres choses. Ne crains pas pour le garçon qui n’arrive pas à empêcher sa tête de remuer. On est en train de le former et tu verras de tes propres yeux comment les différents « médiums » sont formés. »
« Le mot « médium » signifie « instrument ». Les médiums sont donc des individus qui servent d’instruments et de traits d’union aux Esprits pour que ceux-ci puissent se communiquer aux hommes. Les animaux peuvent également être des médiums. Mais pour le moment nous ne parlerons pas des animaux médiums. »
« Lorsque les hommes doivent servir d’instrument au monde des Esprits, ils sont formés par les Esprits. Cette formation dure plus ou moins longtemps et dépend des individus choisis et du genre de leur utilisation future. Je te mettrai au courant des différentes sortes de médiums et des détails de leur formation en temps voulu. Aujourd’hui, je ne t’en dirai que ce qu’il te faut savoir pour que tu puisses comprendre ce qui se passe dans ta paroisse. »
« Là-bas, il y a pour l’instant deux médiums en cours de formation et qui ont été pris en main par les Esprits. L’un des deux est un médium dit à « inspiration ». Un esprit lui inspire des pensées déterminées avec une telle force que les propres pensées du médium se trouvent effacées et que le médium est à la merci de l’esprit en question. De lui il recevra non seulement des pensées, mais parlera, c’est à dire répétera et écrira ce qui lui aura été dicté. Ce faisant, le médium restera conscient. Ton médium à inspiration devra encore être formé davantage, afin de parfaire sa réceptivité aux inspirations des Esprits. Beaucoup de choses, qui font encore écran en lui et s’interposent, devront être supprimées. Tu ne sais pas encore ce que cela signifie. Tu le sauras plus tard. »
« L’autre médium, qui n’est pas encore entré en activité, est à son premier degré de formation. Il s’agit du garçon qui, au cours de la séance, n’arrivait pas à tenir sa tête tranquille et s’en trouvait effrayé. Il deviendra un médium parlant. Un esprit différent de l’esprit du propre corps du garçon prendra la place de ce dernier, et en prenant possession du corps du garçon parlera à travers lui. Il entrera alors dans un état appelé « transe ». Cette transe médiumnique subit une graduation variée, selon que l’esprit du médium est en partie ou entièrement séparé du corps. »
« Il vous est bien difficile de comprendre de quelle façon s’opère cette action de séparation de l’esprit du corps physique du médium. Je te l’expliquerai une autre fois dans le détail. »
« La formation d’un médium à transe totale ou à transe profonde n’est pas belle à voir. Elle est pourtant nécessaire et s’accomplit selon des lois éternelles. »
« Afin que la mère du médium ne s’inquiète pas trop, il vaudrait mieux qu’elle n’assiste pas aux séances pour l’instant. La formation des médiums est une chose importante et sacrée. Il vous faut par conséquent beaucoup prier pour les médiums, pendant vos séances. Pensez à implorer de Dieu la force et l’assistance nécessaires pour que s’accomplisse Sa volonté et que les médiums deviennent des instruments à promouvoir le bien et Lui restent fidèles. Ces renseignements s’imposaient aujourd’hui afin que tu comprennes en partie ce qui se passe lors de la formation des médiums et pour que ce dont tu es témoin auprès d’eux ne te fasse pas peur. »
Ce qui m’avait été communiqué au sujet de la formation des deux médiums de ma paroisse se confirma en tous points. La formation du garçon qui m’avait été désigné comme étant un médium à inspiration avança à grand pas. Des informations très détaillées sur les vérités les plus importantes lui furent inspirées et rendues par lui par écrit. Elles traitaient de choses tout à fait nouvelles pour moi et étaient en grande partie en contradiction avec ce que ce garçon avait cru jusqu’ici et que moi même j’avais prêché comme étant la vérité. Dans ce cas précis, il ne pouvait nullement être question d’inconscient ou de transmission de pensées, causes par lesquelles on essaie souvent d’expliquer les choses de ce genre. Il ne pouvait pas s’agir de télépathie, déjà du fait que le médium à inspiration, à partir de maintenant, n’écrivait plus ses messages pendant les séances, mais chez lui, dans sa maison, en privée, sans la présence de témoins. Le garçon n’écrivait jamais de par sa volonté propre, mais la même force irrésistible qui s’était emparée de lui lors de la première séance le contraignait et le faisait chaque fois céder à un moment comme fixé par avance par cette force inconnue. Une fois, il fut réveillé très tôt le matin, bien avant l’heure habituelle de se lever, et on lui ordonna de se mettre à écrire. Il ne s’exécuta pas, l’heure lui paraissant beaucoup trop matinale. Il se sentit alors tiré violemment du lit pour se retrouver couché par terre. Pris de terreur, il se releva brusquement et se mit à écrire. Il écrivit les éléments explicites et merveilleux d’un message développé sur la « Rédemption ». Ces développements ne concordaient en rien avec ce qu’il en savait en tant que catholique et avec tout ce que l’on pourrait en lire ou en apprendre par ailleurs.
De même, ce simple campagnard écrivit un traité sur « l’Ecriture Sainte » contenant des vérités tout à fait nouvelles. Non seulement le fond et la matière, mais la forme et la structure montraient que par lui-même il n’aurait jamais pu composer un pareil traité. Il traita les sujets suivants en prose : La spiritualité de l’âme, La grâce divine, Qu’a fait pour toi ton rédempteur, Le printemps l’été l’automne et l’hiver, La moisson, La nuit, Implorez le Seigneur, L’amour filial, La mort de mortels.
Ses écrits en prose n’ont pour sujet que des vérités divines. Il en est de même pour ses poèmes : L’appel des héros, Le langage de la création, Salut et Hosanna, Sur le chemin de Dieu, Le berger du Seigneur et son troupeau, Le plus fort, Ainsi s’avance ton créateur.
La formation de son frère comme médium parlant prit davantage de temps. Son état physique devenait alors tel qu’il faisait peur à voir. J’étais donc heureux d’avoir été informé à ce sujet, sans quoi je n’aurais pas eu le courage de résister jusqu’au bout. J’avais prié la mère du garçon de s’abstenir d’assister aux séances, jusqu’à nouvel ordre.
Lorsque sa formation fut terminée, il entra en transe tout comme le médium parlant que j’avais vu en ville. L’esprit qui, le premier, parla pas sa bouche s’annonça par ce salut : « Gott mit uns ! (Que Dieu soit avec nous) » Puis il jura par Dieu qu’il était un bon esprit de Dieu et déclara son nom. J’appris beaucoup de choses et je reçus de nombreuses directives et instructions de cet esprit qui concordaient toutes avec ce que j’avais appris par le médium à inspiration de ma paroisse, et en premier lieu par le médium de la ville.
Deux choses attirèrent particulièrement mon attention. D’abord je pus constater une différence de rang entre le médium parlant de ma paroisse et l’esprit qui se servait du médium de la ville. Car il m’arrivait de poser quelques questions très importantes à l’esprit qui parlait par la bouche du médium de ma paroisse et de l’entendre répondre : « Je n’ai pas été chargé d’une telle mission. Mais pose « lui » la question. » Quand il prononçait le mot « lui », il s’inclinait profondément.
En parlant de « lui », il voulait dire l’esprit qui se servait du jeune homme de la ville comme médium. La première fois qu’il m’avait renvoyé à lui, je lui avais demandé s’il connaissait cet esprit. « Je le connais » avait été sa réponse. Et il s’était à nouveau incliné profondément. Je ne comprenais pas très bien pourquoi l’esprit qui parlait à travers le jeune paysan n’était pas autorisé à répondre à mes questions aussi bien que l’esprit qui utilisait le jeune homme de la ville. Je demandai donc une fois à ce dernier quelle en était la raison. Il me répondit que dans le monde des Esprits les choses se passaient un peu comme dans le monde terrestre. Un messager chargé d’une mission particulière auprès d’une personne ne s’acquittera uniquement que de cette tâche déterminée. Il ne fera pas davantage. Lui, en tant qu’envoyé de Dieu, dit-il, avait le droit de répondre à chaque question que je lui posais s’il le jugeait utile ou nécessaire. L’esprit se servant du médium parlant de ma paroisse n’était pas chargé d’une mission aussi étendue, dit-il. Cependant, il ajouta que l’esprit utilisant le médium de ma paroisse avait le devoir de me renvoyer à lui chaque fois qu’il s’agissait de questions auxquelles l’autre n’avait pas le droit de répondre.
Je remarquai une autre différence. Le même esprit parlait toujours à travers le médium de la ville, mais ils étaient plusieurs Esprits à se partager le médium parlant de ma paroisse. De plus, l’esprit qui se manifestait en premier dans ma paroisse faisait figure de chef. Il saluait toujours en disant : « Gott mit uns ! » Il se présentait toujours le premier lors des séances et était reconnaissable à sa voix douce et à sa façon particulière de s’exprimer.
Un jour je demandai à cet esprit dirigeant pourquoi il en était ainsi. Sa réponse fut la suivante : « L’esprit qui utilise le médium de la ville a reçu une mission tout à fait spéciale. C’est pour cette raison qu’il est le seul à utiliser ce médium. D’autres Esprits n’ont pas le droit de s’en servir. Le médium par lequel je parle, a été, à la vérité, formé par moi. Mais, selon la volonté de Dieu, d’autres Esprits, des bons et des mauvais, le visitent également et se manifestent à travers lui. De cette façon, tu auras l’occasion et la possibilité d’apprendre les différentes variétés d’Esprits. A partir de ce que les Esprits font et disent, tu seras en état de juger quelle est leur situation et leur condition dans l’au-delà. Avant tout, il faut que tu saches quel est le chemin que doivent parcourir les Esprits inférieurs avant de parvenir à la perfection. Une telle expérience personnelle du monde des Esprits, à travers leur manifestation dans les médiums, est pour toi d’une importance capitale. Cela augmente tes connaissances dans ce domaine d’une façon beaucoup plus parfaite que ne le ferait un enseignement oral. Toutefois, les Esprits qui se manifestent à travers ce médium, ne sont pas libres de leurs allées et venues. Ils sont soumis à un esprit contrôleur qui est chargé de désigner les Esprits qui doivent visiter le médium et de fixer le temps qu’ils restent. Tous le médiums utilisés comme instrument en vue du bien sont soumis à pareil contrôle. Il en est ainsi lors de toutes les séances où la communication des Esprits se déroule selon la volonté de Dieu. Là où ce contrôle fait défaut, vous ne voyez rien de beau ni de bon. Les bons Esprits et les Esprits supérieurs sont absents. Ils n’interviennent que là où tout se passe d’après les règles établies par Dieu et sous le contrôle d’un esprit de Dieu. La plupart des assemblées spirites de nos jours ne bénéficient pas de ce contrôle et deviennent ainsi des lieux où s’ébattent les Esprits inférieurs. Pour commencer, je te dirai à l’avance quels sont les Esprits qui visiteront le médium et quel devra être ton comportement vis à vis d’eux. Plus tard, tu pourras le constater par toi même et tu sauras adopter le comportement adapté à chaque cas particulier. »
Tout se passa comme il l’avait dit.
Le nombre des Esprits qui utilisaient le médium parlant de ma paroisse s’avérait considérable. Il y avait des Esprits supérieurs, qui arrivaient en louant et en glorifiant Dieu, puis nous dispensaient un enseignement précieux et repartaient en nous bénissant au nom de Dieu.
Des Esprits en proie à des souffrances atroces se présentaient souvent, ils nous suppliaient et imploraient notre secours par des paroles émouvantes. Ils nous demandaient de prier avec eux. Parfois, ils s’exprimaient dans une langue étrangère inconnue de nous et semblaient malheureux de n’avoir pas réussi à se faire comprendre.
Puis il y eut aussi des Esprits inférieurs qui venaient en maudissant leur sort et en se maudissant eux-mêmes. Ils nous injuriaient par d’ignobles insultes, ils bafouaient tout ce qui est sacré et vénérable dans les termes les plus abjectes. Quand nous leur demandions de prier Dieu avec nous, ils refusaient par des sarcasmes ou des paroles haineuses. Dès que nous insistions pour qu’ils prononcent le nom de Dieu, ils quittaient le médium sur-le-champ.
De nombreux Esprits ne se rendaient pas compte que la mort les avait séparés de leur corps terrestre. Ils se croyaient encore sur Terre et occupés à accomplir le travail qui était le leur pendant qu’ils vivaient dans le monde matériel. Il s’agissait là des Esprits dits « liés à la terre[19]. »
La chose la plus horrible qui pouvait se présenter à nos yeux était la manifestation des Esprits de criminels. Ils se voyaient continuellement sur les lieux du crime, revivant les scènes pénibles qui s’étaient déroulées au moment de leur forfait. C’était comme un film se répétant perpétuellement. L’esprit du meurtrier était continuellement occupé à préparer et exécuter son meurtre dans tous les détails. Il exprimait par des paroles horribles les pensées qu’il avait eues et ce qu’il avait éprouvé à l’heure de son effroyable crime. Il voyait sa victime devant lui qui le fixait et dont le regard le poussait au désespoir.
La même chose arrivait aux usuriers ou à d’autres malfaiteurs qui avaient précipité leurs semblables dans la misère et dans le malheur. Leurs victimes les suivaient partout. L’esprit du suicidé était sans cesse la proie des mêmes sensations, des mêmes détresses et des mêmes évènements qui furent les siens au moment de son suicide. Nul ne saurait imiter les sentiments de ces Esprits revivant les heures les plus sombres de leur existence terrestre à travers le corps de médiums qui ignoraient tout de ces choses.
Il nous arrivait souvent de trembler de tous nos membres en voyant et en entendant ce qui se déroulait devant nous. De temps en temps se présentaient des Esprits dits « Esprits moqueurs ». Ils cherchaient à nous amuser par leurs mensonges, leurs facéties et leurs boutades. Du fait que nous refusions leur présence prolongée, ils devaient repartir aussi vite qu’ils étaient venus.
La manifestation de toutes ces variétés d’Esprits et de ce qui se passait à ces occasions était d’une signification capitale.
Les Esprits supérieurs nous dispensaient un enseignement de choix. Parfois ils nous faisaient des remontrances, à tel point qu’il arrivait fréquemment que l’un ou l’autre des assistants en eût les larmes aux yeux. Plus d’une fois, les pensées intimes de certaines personnes présentes étaient dévoilées, mais sans que ces personnes en fussent humiliées devant les autres. Il est du reste particulier au monde des bons Esprits que leurs remontrances s’expriment dans une forme qui ne vexe et n’offense pas. Leurs blâmes qui signalent les manquements des hommes, s’accompagnent de paroles de consolation, d’encouragement et de charité. Ils n’arrachent pas le roseau brisé et n’éteignent pas la mèche qui brûle encore. D’une main douce ils pansent les plaies du cœur de ceux qui leur ont été confiés.
Ils n’avaient pas coutume de répéter leurs réprimandes, leurs avertissements et leurs conseils. Au cas où leurs conseils ne seraient pas suivis, il leur arrive de rappeler les coupables à l’ordre encore une fois ou l’autre. Puis c’est fini. Il est très rare qu’ils reviennent à la charge. Si, par contre, on s’efforce de suivre leurs conseils, ils persévèrent constamment dans leurs efforts d’encouragement et d’instruction jusqu’à ce que leur tentative de bien faire soit couronnée de succès.
Si quelqu’un fait preuve d’une bonne volonté exemplaire, leur charité ne connaît aucune limité, leur pitié est sans bornes, même dans les cas où, par faiblesse humaine, une personne trébuche sans cesse. Mais si quelqu’un refuse de faire le moindre effort pour suivre les conseils de l’un de ces messagers de Dieu et qu’ensuite il questionne au sujet d’une autre affaire, la réponse ne varie généralement pas : « Pourquoi me demander ? Tu ne fais pas ce que je te dis. »
Les manifestations des Esprits inférieurs étaient également un enseignement pour nous. Je n’oublierai jamais la soirée où les Esprits de trois suicidés, à des intervalles rapprochés, visitèrent un médium parlant. Nous fûmes les témoins de la chose la plus horrible qui puisse se présenter aux yeux d’un homme. Lorsque le dernier des trois Esprits eut quitté le médium et que nous étions encore tout tremblants, l’esprit directeur entra dans le médium et s’adressa ainsi à nous : « C’est pour une raison très valable que vous avez été les témoins de cette si horrible scène ce soir. D’abord il fallait que vous sachiez ce qu’est la « paix » dont jouissent beaucoup d’hommes après leur mort terrestre. Vous dites souvent, auprès de la tombe des décédés : Maintenant il repose en paix ! Ce soir vous avez vu ce que c’est que cette paix. Vous ne sauriez imaginer ce que ces Esprits malheureux ont à souffrir avant de se rendre compte de leur état et de s’adresser à Dieu. Tout enseignement s’avèrerait inutile. Ces Esprits ne sont pas encore mûrs, ils doivent d’abord être purifiés et préparé par leurs souffrances à recevoir un enseignement. Ce soir ils n’étaient pas prêts. Mais l’état de ces Esprits vous a encore été montré pour d’autres raisons ! »
Une gravité solennelle s’empara de lui. Sa voix se fit digne et sérieuse :
« Un d’entre vous a eu aujourd’hui des pensées de suicide et a déjà pris ses dispositions. »
Une des personnes présentes s’écria brusquement : « C’est moi, mon Dieu, c’est moi ! »
« Oui, c’est toi » dit l’esprit d’une voix plus calme et plus douce. « Tu croyais déjà pouvoir te soustraire par le suicide à la pénible croix que tu portes depuis tant d’années afin de trouver le repos et la paix. Tu viens de te rendre compte de ce que signifie le « repos » qui serait le tien si tu te laissais aller à faire ce que tu pensais. Il est à espérer que tu es à présent guéri de toute idée de suicide. Ainsi la soirée d’aujourd’hui aura été un bienfait pour toi. »
En dehors des séances, je m’efforçais de vérifier si ce qui m’avait été communiqué ou prédit à travers les médiums se réalisait. Car, si ce que nous pourrions contrôlé s’avérait exact, nous n’aurions pas de motif de douter de la vérité de ce qui ne pouvait pas encore être vérifié.
Je vais citer quelques-unes de mes constatations faites à propos de ce que les Esprits avaient communiqué et qui devraient convaincre toute personne sans préjugés.

La visite de mon église en compagnie d’un médium
Un jour, le médium de la ville me rendit visite dans mon presbytère. Nous étions assis dans mon bureau en devisant et en conversant sur diverses choses. Ma gouvernante, occupée à la cuisine, venait de temps à autre dans le bureau. Quand nous nous retrouvâmes seuls, le garçon entra en état de transe et l’esprit s’adressa ainsi à moi : « Ta gouvernante vient d’aller au jardin pour y travailler. Je voudrais profiter de son absence momentanée pour m’entretenir avec toi. S’il te plaît, montre-moi ton église ! »
Ni moi ni le garçon ne pouvions savoir que ma gouvernante était partie travailler dans le jardin. En effet, le jardin était situé derrière le presbytère. On y accédait par la cuisine qui se trouvait au bout du couloir. Mon bureau se trouvait du côté opposé et il nous était impossible de voir ou d’entendre ce qui se passait à la cuisine et au jardin.
A la demande du garçon, de lui montrer l’église, je me levai, suivi de mon visiteur en état de transe. Il marchait lourdement, les yeux clos. L’église était contiguë au presbytère. Point n’était besoin de traverser la rue pour y accéder. Par une porte latérale, on pouvait entrer directement dans le bâtiment. Le garçon dit : « L’autel est situé au-dessus d’un squelette qui est sous terre. Sous les dalles de la nef se trouve un certain nombre de squelettes. Autrefois, il y avait là un cimetière. »
Je lui répondis que je n’en savais rien. Du reste, je ne croyais pas que cela fut possible. En effet, l’église était surélevée et autour de l’église il n’y avait pas de place pour les tombes. « Renseigne-toi auprès des personnes âgées de ta paroisse » dit-il, « peut-être pourront-elles te donner des explications à ce sujet. »
Puis il tourna ses yeux fermés vers la tribune où se trouvait l’orgue et il dit : « Tu sais que je n’ai pas coutume de donner des conseils en ce qui concerne les choses matérielles. Aujourd’hui je ferai une exception. Tu as fait installer l’orgue. Dis à ton organiste de rentrer les registres dans l’orgue chaque fois qu’il aura terminé de jouer. Actuellement trois boutons sont tirés à moitié. Cela fait que la poussière et l’humidité se posent dans les tuyaux et avec le temps la pureté des sons s’en trouvera altérée. Un jeu aux sons purs et beaux contribue à rehausser l’éclat du culte, et par-là, à proclamer la gloire de Dieu. Voilà pourquoi je te le dis. » La console était fermée, de sorte qu’il était impossible d’apercevoir les claviers et les registres, même en se tenant devant l’orgue. Depuis l’autel où nous nous trouvions, nous ne pouvions rien distinguer du clavier. La clef pour ouvrir l’orgue était suspendue à l’armoire de la sacristie. Nous nous dirigeâmes alors vers l’autel latéral, dont le tableau représentait la mort de saint Joseph. Jésus et Marie se tiennent prêt du lit. « Cette représentation n’est pas juste », dit-il, Jésus n’était pas présent à la mort de Joseph. »
Puis nous passâmes devant des étapes du chemin de croix. A l’étape qui représente Véronique reprenant le suaire avec l’impression du visage sanglant de Jésus, je demandai si cette représentation correspondait à une légende ou à une réalité. « C’est la vérité et non une légende » fut sa réponse.
Devant la représentation du crucifiement de Jésus Christ il demanda subitement : « Que penses-tu ? Qu’est-ce qui produit le plus de souffrance lors du crucifiement ? » Je répondis : « Le clouage sur la croix ». « Non » répondit-il, « ce n’est pas le clouage, mais la soif. Les clous furent enfoncés d’un coup violent par les assistants brutaux du bourreau, à travers les pieds et les mains, en causant d’abord un engourdissement douloureux. De la même manière, vos blessés de guerre ne sentaient pas, dans les premiers instants, les graves blessures qui leur étaient causées par balle ou éclat d’obus. Mais la soif qui les torturait à la suite de la perte de sang était terrible. La soif peut rendre un homme fou. Aucune douleur ne peut se comparer à la torture que subit celui qui meurt de soif. » Chemin faisant, nous atteignîmes une chapelle latérale où se trouvait une statue de la Vierge en bois. Durant les siècles précédents, elle faisait partie d’un monastère dont les ruines n’étaient pas loin d’ici. « Depuis longtemps déjà », dit-il, « les Esprits en peine condamnés à ne pas quitter les ruines dans la plaine cherchent cette statue. » Tout étonné, je demandai : « Pourquoi ces Esprits cherchent-ils depuis longtemps cette image de la madone ? Il leur est pourtant facile de la trouver ici. De plus, que pourra cette statue pour des Esprits souffrants ? »
« Tu ne comprends pas ? Je vais te le dire. Vois-tu, les Esprits qui pour leurs actions sont condamnés à ne pas quitter un certain lieu, n’ont pas le droit de franchir les limites qui leur sont imposées. Pour cette raison, les Esprits bannis dans cette vallée ne peuvent pas venir jusqu'à cette église, et ne peuvent donc pas retrouver cette représentation de Marie. Si tu veux savoir ce que la statue de Marie peut leur apporter, je te dirai que c’est vrai que la statue par elle-même ne peut rien pour leur venir en aide. Mais une chose, qui est en rapport avec cette sculpture, leur apportait un soulagement autrefois. Lorsqu’elle se trouvait encore dans le monastère, les foules venaient l’honorer et prier devant elle. On priait aussi pour les « âmes du purgatoire », comme vous appelez les Esprits en peine, les Esprits souffrants. La prière n’ôte pas à ces Esprits leur faute et le châtiment s’y attachant, mais ils perçoivent la récitation de prières et leurs pensées, de ce fait, se tournent vers Dieu. Cela les soulage et améliore leur état. Depuis que l’image n’est plus là-bas, plus personne ne vient, les Esprits sont privés de l’ancien bienfait que leur apportaient les prières faites devant la statue. Ils savent qu’il y avait un rapport entre les prières et la présence de la statue. C’est la raison pour laquelle ils aimeraient qu’elle soit replacée où elle se trouvait autrefois. »
Nous atteignîmes à nouveau l’escalier conduisant à la tribune de l’orgue. J’étais curieux de savoir ce qu’il en était des registres à demi tirés. Une autre pensée me préoccupait également. Je me demandais s’il savait jouer de l’orgue. Je savais bien que le garçon en était incapable. Mais je n’étais pas sûr que cet esprit étranger aurait assez d’influence sur le corps du garçon pour lui faire remuer les doigts et les pieds aussi vite que le requièrent le maniement de l’orgue. Je formulais ma demande, s’il voulait bien jouer de l’orgue, avec hésitation et timidité. « Volontiers, si cela te fait plaisir » fut sa réponse. Je courais à la sacristie chercher la clef de l'instrument. Nous montâmes à la tribune, j’ouvris, je soulevais le couvercle et mon regard se porta immédiatement vers les registres. C’était bien cela, trois d’entre eux étaient à demi tirés. L'esprit me rappela de le faire remarquer à l’organiste.
Puis il s’assit à l’orgue, tira les registres et se mit à jouer. D’abord doucement et délicatement, avec des accords pleins de grâce. Puis plus fort, et plus il jouait plus les sons s’enflaient. Au point culminant de son jeu, ce fut comme une fluctuation impétueuse, fougueuse et orageuse, tous registres dehors. Ce fut comme un ouragan qui déracine les arbres. Puis, peu à peu, la force du jeu diminua pour expirer merveilleusement en accords doux et paisibles. Il n’y avait aucun doute à avoir, il ne pouvait s’agir que d’un grand maître en la matière.
Quand il eut terminé, il remit en place tous les registres de l’orgue et se leva. Je refermais l’orgue. Il se plaça devant moi et me posa la question suivante : « Sais-tu ce que je viens de jouer à l’orgue ? » « Non ». « J’ai joué ce qu’est ta vie » répondit-il calmement.
Je le regardai étonné. Je ne pouvais pas imaginer qu’il était possible de « jouer la vie de quelqu’un ». Comme s’il avait lu ma pensée, il m’expliqua ce qui suit : « La vie d’un homme ressemble à un tableau. On peut peindre en utilisant des couleurs, on peut le faire aussi en utilisant des sons. Chaque couleur représente un son et chaque son une couleur. Il existe des voyants qui « voient » tous les sons dans les couleurs qui y correspondent. Ils distinguent l’harmonie de la dissonance ainsi que la mauvaise harmonie, non pas au moyen de l’ouïe, mais en regardant la couleur des sons. Donc on peut jouer, c’est à dire reproduire en tirant des sons d’un instrument, chaque tableau comme si on déchiffrait des notes de musique. En tout cas, le monde des Esprits en est capable. »
Je ne comprenais rien à ses explications. Elles représentaient pour moi quelque chose de trop nouveau.
En silence nous descendîmes pour gagner la nef de l’église. Nous nous dirigeâmes vers la porte par laquelle nous étions entrés. Il s’y arrêta et dit : « Je dois prendre congé. Je ne peux pas retourner au presbytère avec toi. Ta gouvernante est sur le chemin du retour et revient du jardin à la maison. Je ne voudrais pas qu’elle voie le jeune homme en état de transe. Je vais me placer contre le mur. Toi tu soutiendras le corps du garçon pour qu’il ne tombe pas quand je le quitterai. »
Je suivis son instruction et je dus employer toutes mes forces pour tenir debout le corps du garçon qui ployait en avant à la sortie de l’esprit. Il revint immédiatement à lui, étonné de se trouver à l’église avec moi. Il ne se souvenait que du fait que nous étions assis ensemble dans la maison. Il ne savait rien de ce qui s’était passé entre-temps. Quand je l’informais qu’il avait si bien joué de l’orgue, il hocha la tête en signe d’incrédulité.
En même temps que nous ouvrions la porte d’entrée, la gouvernante, venant du jardin, entrait par le fond du couloir. Elle aurait donc rencontré le garçon en état de transe si l’esprit n’avait pas quitté le médium auparavant.
Le garçon, avec lequel je parlai par la suite, ne savait rien des squelettes, ni des registres de l’orgue, ni de la mort de saint Joseph, ni du suaire de Véronique ou des douleurs du crucifiement, ni de la statue de la madone et de son histoire, ni des Esprits condamnés à hanter les ruines du couvent ou des effets de la prière pour leur soulagement. Il ignorait tout du concert de l’orgue et des explications qui m’avaient été fournies à ce sujet.
Le même soir, je tâchai de me renseigner. J’appris que, en effet, un cimetière avait, il y a très longtemps de cela, occupé l’endroit où l’église se trouve actuellement.

Un membre d’un ordre monastique participant à des assemblées spirites
Une communication, qui un soir me fut fourni par le jeune médium parlant de ma paroisse, nous semblait tout à fait invraisemblable. A travers le médium, il nous avait été communiqué qu’un moine bénédictin du monastère proche de là assistait à des séances spirites tenues dans une ville voisine. Nous ne pouvions pas nous faire à l’idée qu’un moine en habit religieux puisse assister à une séance spirite, alors que précisément l’Eglise catholique occupait une position doctrinale si radicalement opposée au spiritisme.
Nous n’avions pas la possibilité de nous assurer si ce que l’on nous avait communiqué à ce sujet était vrai. Cependant l’exactitude des faits nous fut bientôt confirmée. Il faut dire que j’avais été dénoncé auprès de mes supérieurs ecclésiastiques pour avoir pris part à des séances spirites. Une commission fut déléguée pour enquêter sur les faits portés à la connaissance des autorités diocésaines. On me fit subir un interrogatoire à l’abbaye bénédictine proche de chez moi.
A cette occasion je déclarai, selon ce qui était vrai, que j’avais effectivement pris part à des séances de ce genre et que j’avais même organisé des réunions dans ma paroisse. On me rappela qu’il était interdit aux catholiques de l’Eglise de Rome de prendre part à de telles séances. Je déclarai que je n’avais pas connaissance d’une telle interdiction. Que si cette interdiction existait vraiment, je ne comprenais pas qu’un moine du monastère où nous nous trouvions actuellement avait également pris part à de telles séances. Que je ne signalais pas ce fait pour me défendre, mais uniquement pour m’assurer de la vérité des paroles prononcées par le médium. Le président de la commission d’enquête contesta mon information avec indignation en insistant sur l’impossibilité absolue de la fréquentation de cercles spirites par un religieux. Que par conséquent, il devait repousser mon accusation comme étant une grossière calomnie.
Je répondis calmement que je n’avais pas mentionné le fait pour causer des ennuis au religieux incriminé ou au monastère, que l’on m’avait communiqué le fait par ailleurs et que je voulais saisir l’occasion pour connaître la vérité. Si cette information s’avérait inexacte, j’aurais soin de faire rétablir la vérité. Le président de la commission d’enquête interrompit l’interrogatoire et quitta la salle pour aller, ainsi que je le supposais, trouver le Père abbé du monastère. Il revint au bout d’un certain temps, l’air gêné et confirma mes dires. Comme excuse, il ajouta que le religieux en question avait obtenu du Père abbé la permission de fréquenter des séances spirites.
L’information du médium s’était donc révélée exacte.

Une prédiction à mon sujet se vérifie
Au cours de la procédure engagée contre moi, une confirmation suivit l’autre au sujet des communications et prédictions qui m’avaient été faites par les médiums.
Un jour, je fus sommé de comparaître devant l’évêque. A peine tenais-je la lettre en main que déjà le jeune paysan de ma paroisse, le médium parlant, se présenta. Il me disait qu’il s’était senti poussé à venir me voir. « Vous venez », dit-il, « de recevoir une lettre de l’évêché. A la date du … vous devez comparaître devant l’évêque. » Je demandai au garçon de combien de lignes se composait la lettre. Il ne se trompa pas. Puis il tomba en transe et l’esprit qui parlait à travers le médium m’encouragea par ces mots : « Ne crains rien. Espère en Dieu et n’aie pas peur ! Que peuvent te faire les hommes ? » Je répondis que j'avais l'intention de confesser à l’évêque les convictions que j'avais acquises en communiquant avec le monde des Esprits. Il était par conséquent plus que probable que je devais m’attendre prochainement à être destitué et privé de mes fonctions de curé catholique. « L’évêque ne t’interrogera pas sur le spiritisme et les convictions religieuses qui ont pu en résulter pour toi » fut la réponse. « Plus tard, à la suite d’une mise en congé, tu quitteras ta paroisse en paix avec ta communauté et non par la voie de la destitution. »
Il me semblait impensable que l’évêque ne me poserait aucune question au sujet des réunions spirites et des vérités qu’on m’y exposait. Pourtant les choses se passèrent comme le médium l’avait prédit. L’évêque me donna lecture du décret d’interdiction promulgué par le Saint Office en 1917 où il est dit qu’il n’est pas permis aux catholiques d’assister à des manifestations spirites[20]. Il me fit signer une note spécifiant qu’il m’avait lu le décret et me donna une pénitence pour mes violations antérieures du décret. Il n’insista pas sur le fond de la question spirite.
Plus tard, j’obtins une confirmation très pénible d’une prédiction faite par le médium de la ville. En effet, on m’avait affirmé lors d’une séance, qu’une personne de notre groupe spirite en ville me dénoncerait. Nous n’avions jamais pensé que l’un d’entre nous se rendrait capable d’une telle trahison. Et pourtant, ce qui nous semblait impensable se vérifia. Une femme de notre cercle me dénonça auprès des autorités épiscopales pour ma participation suivie à des séances spirites.
A la suite de cette dénonciation, ma destitution devenait inévitable. Il faut dire que j’avais fait une demande de mise en congé pour pouvoir me consacrer plus librement à des tâches de bienfaisance. Mais cette demande avait été refusée avec tant de rudesse que, humainement parlant, il ne subsistait plus aucun espoir d’obtenir une réponse favorable. La procédure engagée contre moi par le tribunal ecclésiastique suivit son cours. Une date d’audience fut fixée pour les débats. Je fus sommé d’assister à ces débats. Peu de jours me séparaient de la date de l’audience, durant laquelle on rendrait sans aucun doute le jugement de ma destitution. J’avais confiance en la prédiction qui m’avait assuré que je quitterais ma communauté en paix par la voie de la mise en congé. Et voici que, à la dernière minute, je reçu du tribunal ecclésiastique un télégramme. On me signifiait que, sur la demande de l’évêque, la procédure contre moi venait d’être arrêtée. Ce télégramme fut suivi d’une lettre de l’évêque m’accordant la mise en congé sollicitée et me demandant quand je désirerais quitter ma paroisse. J’indiquais le jour qui m’avait déjà été depuis longtemps prédit comme étant celui de mon départ de la paroisse, à savoir le 31 décembre 1925.

Un médium dans un wagon de chemin de fer
Pendant la semaine de Pentecôte de 1924, je fis un voyage à Graz en Styrie. Pendant le parcours de Passau à Vienne, me trouvai seul dans le compartiment avec un jeune homme. Je lisais un livre en face de lui. Alors je vis la tête du jeune homme s’incliner en avant, comme s’il était endormi. Mais au même instant il se redressa. Il était à nouveau en position assise. Ses yeux étaient clos, il sortit un calepin de sa poche et remplit une page de son écriture. Puis il arracha la page, me la tendit et dit : « Prends ceci et garde-le ! Ailleurs, on te dira ce que cela signifie ». J’examinais l’écriture sans pouvoir déchiffrer les signes. Alors le jeune homme revint à lui. Il ne se rappelait pas qu’il avait écrit quelque chose, ni qu’il m’avait donné une page et ni qu’il m’avait parlé. Lui-même était incapable de lire les signes marqués sur cette page.
A mon retour de Graz dans ma paroisse, je gardai la page couverte d’écriture pendant quinze jours dans ma poche. Un samedi soir, je rendis visite à la famille de mon médium parlant. Le jeune homme était seul dans la chambre. Après quelques instants il entra en transe et dit : « Montre-moi le billet que tu portes sur toi et qui t’a été remis lors de ton voyage à Graz ». Je lui remis le papier. Il le lut et dit : « Demain après-midi un juif viendra te voir. Les hommes pensent qu’il est malade. En réalité, il est fort tourmenté par un mauvais esprit et subjugué par lui au point de ne pas pouvoir prononcer un seul mot. Dès qu’il sera là, appelle le garçon à travers lequel je parle. Pour tout le reste, tu peux t’en remettre à moi. Tu verras de grandes choses. Ce billet a été écrit par l’esprit protecteur du juif qui s’est manifesté à travers le médium que tu as rencontré dans le train. L’esprit protecteur est son oncle décédé qui vivait à Cologne. Le mauvais esprit qui tourmente le juif est également un de ses parents décédés. »
L’après-midi qui suivit, vers seize heures, on sonna à la porte du presbytère. J’ouvris et je fus effrayé quand je vis devant moi un homme dont les membres se contorsionnaient et dont la tête s’agitait dans tous les sens. L’homme semblait en proie à des tics nerveux. Il voulait parler sans arriver à dire un mot. Je le pris par la main et le conduisis dans ma chambre. Je fis immédiatement venir le garçon médium. Le garçon vint et, en présence du juif, entra en transe. Il se leva et, comme pour un exorcisme, il étendit sa main en direction de l’homme en s’exprimant dans une langue que je ne connaissais pas. Le juif fut projeté plusieurs fois de tous côtés par une force invisible. Puis il se sentit libre, il commença à pleurer de joie et se mit à parler sans entraves. Il me raconta qu’il savait fort bien ce qui s’était passé à son sujet. Il se dit lui-même clairvoyant et capable de reconnaître les Esprits qui le hantent, les bons comme les mauvais. Il dit que son esprit protecteur était un oncle de Cologne, l’esprit mauvais un parent qu’il n’avait pas connu dans cette vie terrestre. Le mauvais avait voulu l’empêcher de venir me trouver et chemin faisant il l’avait abreuvé d’insultes et de propos outrageants en hébreux. Il me cita quelques-unes unes de ces injures en hébreu. Il dit qu’il espérait à présent être entièrement débarrassé de ce « faux frère » et mauvais esprit. Il connaissait également l’identité de l’esprit qui venait de le délivrer. Ce disant, il sortit de sa poche un livre de prières hébraïques et me montra une prière qui s’adressait à un haut prince du ciel. Le juif avait vu juste C’était bien de cet esprit qu’il s’agissait. Tandis que je m’entretenais encore avec le juif, le garçon entra de nouveau en transe et s’adressa ainsi à moi : « Ce que je te dis à présent, cet homme là ne peut l’entendre. Ses sens sont entravés, il ne peut ni percevoir ni comprendre. Ce que tu viens de vivre ici aujourd’hui doit servir d’enseignement à toi et à cet homme. Il ne sera délivré que pour peu de temps du mauvais esprit. Le mauvais esprit reviendra et continuera à le tourmenter jusqu’à sa mort. Le destin qui le frappe n’est que justice. Il l’a mérité. Il ne reviendra pas te voir. Il n’en trouvera pas la force ».
Je demandai alors à l’homme s’il avait compris ce qui venait d’être dit. Il répondit qu’il n’avait rien entendu. Profondément ébranlé, je pris congé de ce pauvre homme. Il ne revint jamais.

Une inconnue m’écrit
Plus d’une fois, les différents médiums avaient attiré mon attention sur le fait que de nombreuses falsifications avaient dénaturées le texte des documents et des Livres Saints de la première ère chrétienne. Je me demandai souvent s’il n’existait pas d’ouvrages scientifiques qui mentionnaient ces falsifications. Je ne connaissais aucun livre de ce genre et personne ne pouvait m’en indiquer un. Pendant nos séances, je ne cherchais pas, et cela volontairement, à percer le mystère. Ne m’avait-on pas prévenu qu’on me communiquerait tout ce qui serait susceptible de m’être utile ?
Voici que, un beau jour, je reçus par la poste un ouvrage dont les pages n’étaient même pas découpées[21]. Une lettre écrite par une dame accompagnait le livre. Je n’avais vu cette dame qu’une seule fois de ma vie. La lettre était ainsi conçue :
« Madame Dr H. de F. m’a remis les écrits ci-joints en me priant de vous les faire parvenir. Il se passe, en ce qui la concerne, des choses extraordinairement puissantes. Vous devriez aller la voir dès que possible. »
Cette Madame Dr. H. de F., qui si abruptement se sentait obligée de m’envoyer ces écrits, ne m’était pas connue, pas même de nom. Dans les documents qu’elle m’expédiait et dont elle ne savait pas elle-même de quoi ils traitaient, on apportait des preuves qu’un livre de l’écrivain juif Flavius Josèphe avait été falsifié de la façon la plus grossière par des copistes chrétiens, et cela en faveur du christianisme. Le copiste avait fait de Flavius Josèphe, ce détracteur, ce contempteur du Christ, un admirateur de ce dernier.
Dans ces textes, il y avait en outre de nombreux renvois et des références à des falsifications méthodiquement introduites dans les ouvrages des premiers siècles. Ainsi, j’y trouvai la confirmation de tout ce qui m’avait été communiqué sur ce point par les médiums ignorant complètement ces choses. Par cette constatation, entière satisfaction me fut rendue.

Mes expériences en Amérique
J’eus la confirmation de beaucoup de vérités concernant le monde des Esprits lors de mon voyage en Amérique. Dans ce pays, le spiritisme est très répandu sous la désignation de « spiritualisme ». Partout on trouve des églises dites spiritualistes[22]. Je profitai de mon séjour pour me mettre d’abord au courant de la manière dont on pratique le spiritisme dans ces églises. Dans ce but, j’assistai à de nombreux cultes spirites. Je découvris alors malheureusement les faits qui m’avaient si souvent été conté par les médiums en Allemagne. Je constatai que les bons Esprits de Dieu évitent les réunions où les assistants ne s’intéressent qu’à des questions matérielles et terrestres, plutôt qu’au chemin de la perfection qui, dans la vie intérieure, rapproche de Dieu. Les points de vue matériels n’attirent que le monde des Esprits inférieurs. Tout contrôle des Esprits fait alors défaut. De telles réunions deviennent par conséquent le lieu où s’ébattent les Esprits des basses sphères, sans pour cela appartenir carrément au monde des mauvais Esprits. La plupart de ces Esprits sont des parents, des amis et des connaissances des participants. Ils ne sont pas encore bien avancés dans l’au-delà et s’intéressent davantage aux intérêts matériels des survivants de la famille qu’à leur progrès spirituel. De telles réunions ne possèdent rien d’un service divin. Elles font sérieusement penser à ce qui se passait lors des cultes païens. Les personnes attirées par ces regroupements espèrent précisément être renseignées, à travers les médiums, sur leur carrière ou leur réussite terrestre.
Je ne rencontrai rien d’édifiant dans ces églises, malgré mon désir ardent. La plupart du temps je n’observai que des procédés nuisibles au spiritisme.
En outre, la question financière semble jouer un rôle important chez les dirigeants de ces églises. Un droit d’entrée est perçu qui est rarement inférieur à un demi-dollar. Cela écarte les personnes qui possèdent peu de moyens.
Tout cela me confirma ce qui m’avait été dit en Allemagne à propos du spiritisme d’aujourd’hui, même si d’apparence les procédés gardent une forme religieuse. J’acquis la conviction que ce genre de spiritisme ne saurait rapprocher beaucoup les hommes de leur Dieu. Il ne s’agit plus du spiritisme des premiers chrétiens.
Par ailleurs, je fis également l’expérience en Amérique de ce qu’il y a de grand et d’élevé dans la communication avec le monde des Esprits. Ce fut une confirmation de ce que j’avais déjà vécu en Allemagne.
Pendant mon séjour à New York, j’habitais dans une famille allemande du nom de Niemann, 148 East 18th street. Je cite le nom et l’adresse exacte de cette famille, simplement parce qu’elle tient le rôle principal dans mes expériences ultérieures et qu’elle m’a autorisé à donner son nom. Par principe, je ne cite pas de noms dans les autres chapitres de mon livre, afin que personne, suite à la publication de cet ouvrage, n’ait à subir des désagréments de la part de gens mal intentionnés.
Je n’avais jamais abordé le sujet du spiritisme avec monsieur Niemann. Je n’avais fait que lui mentionner ce que j’avais vu dans les églises spirites de New York. Lui-même n’appartenait à aucune communauté religieuse. Il semblait avoir perdu la foi en Dieu. Il considérait que les procédés employés dans les séances spirites dont je lui avais parlé étaient truqués et ne reposaient que sur l’appât du gain.
Malgré cela il décida, un soir, poussé par la curiosité, de m’accompagner dans une de ces églises. Comme toutes les personnes présentes, lui aussi reçut un message. Tout ce qui lui fut communiqué se trouvai être vrai, encore que le médium le voyait pour la première fois et évidemment ignorait son identité. En même temps, il lui fut également communiqué qu’il possédait en lui-même de grandes dispositions et facultés médiumniques et qu’il ferait bien de les perfectionner.
De retour à la maison, monsieur Niemann me demanda ce que la voyante voulait exprimer par « perfectionnement de dons médiumniques ». Je lui expliquais alors comment les choses se passaient. Je m’offrais de célébrer avec lui et sa femme, de temps en temps, un culte pendant la semaine. Ainsi j’aurais l’occasion d’examiner si mes expériences en Allemagne se répèteraient, ce dont du reste je ne doutais plus.
Je célébrai le service de la même façon qu’autrefois dans ma paroisse, en petit comité. Ici donc, au-delà de l’océan, dans une famille qui avait abandonné la foi en Dieu, mais dont la volonté était droite et sincère en face de l’acceptation de la vérité, je fus d’abord témoin de la formation des médiums, tout comme chez les médiums d’autrefois. Les mêmes lois régissaient le développement médiumnique, là-bas comme ici.
Dès le premier soir l’écriture médiumnique automatique commença chez monsieur Niemann. Il savait qu’il écrivait, mais pas ce qu’il écrivait. Chaque paragraphe était rédigé dans une écriture différente et signé de noms différents d’amis et de membres de la famille décédés. Monsieur Niemann ne se souvint de ces personnes qu’à la vue de leurs noms accolés à ce qu’il venait d’écrire. Ils lui communiquaient qu’il suivait le bon chemin et qu’il lui fallait continuer dans cette voie. Ils affirmaient qu’ils auraient été heureux si pendant leur vie terrestre quelqu’un leur avait indiqué un chemin qui mène à Dieu. Il existe un Dieu et un au-delà, disaient-ils et il devait avoir confiance en Lui. Monsieur Niemann demeurait interdit en lisant ce que sa propre main venait de noter dans une écriture chaque fois différente.
Plus tard, en mon absence, monsieur Niemann célébra le service divin en la seule compagnie de sa femme. A nouveau il se sentit poussé à écrire. Sa femme marqua un moment d’étonnement. Secrètement elle croyait que j’avais hypnotisé son mari et que, par transmission de pensée, je lui avais suggéré tout ce qu’il avait écrit. A présent, ils tenaient la preuve que leur supposition était inexacte, vu que la séance d’écriture médiumnique se déroulait de la même façon sans moi. De plus, madame Niemann, aurait déjà dû se dire dès la première fois, que j’ignorais forcément les noms des défunts inscrits dans les signatures. Par conséquent, il m’eût été impossible de les transmettre à celui qui écrivait. Lors de la même séance, une preuve encore plus convaincante lui fut administrée. Soudain, elle-même, se sentit poussée par une force invisible à prendre le crayon et à écrire, tandis que les larmes lui coulaient des yeux. Contrairement à son mari, elle savait ce qu’elle écrivait. Le procédé d’autrefois, identique à celui du jeune homme de ma paroisse, se répétait ici. Comme à lui, cette puissance invisible dictait à madame Niemann les pensées qu’elle devait exprimer par écrit. Elle était, à l’instar du garçon, un médium à inspiration. Elle se sentait également incapable, à la fin de cette retranscription, de répéter ce qui lui avait été inspiré.
La formation de ces deux médiums progressait de semaine en semaine. Monsieur Niemann « écrivit » encore pendant un petit laps de temps puis il commença son apprentissage en tant que médium parlant. Cela s’accompagna de tous les phénomènes extérieurs que j’avais vu apparaître chez le médium parlant de mon ancienne paroisse. L’esprit qui s’exprimait à travers lui s’annonçait habituellement par cette salutation : « Que la paix du Seigneur soit avec vous ». S’il avait mission de communiquer un message didactique particulier, il saluait ainsi : « Que la parole de Dieu soit avec vous ! »
Nous reçûmes un jour, de la façon la plus bouleversante, la confirmation que ce que cet esprit nous avait communiqué était vrai. Je connaissais en Allemagne un ami qui m’était très cher. Cet homme du peuple, simple, vivait à la campagne dans un village. Avant mon départ pour l’Amérique, j’étais allé le trouver pour prendre congé. Voici que le 20 juillet 1930, lors d’un de nos cultes divins, l’esprit qui parlait à travers monsieur Niemann m’informa de la grave maladie de mon ami d’Allemagne et de son décès prochain. Le message était textuellement le suivant : « Ton ami, H.S. est très malade. Il souffre d’une maladie sournoise. Tu ne le reverras plus vivant sur cette terre. »
Ces paroles m’ayant bouleversé, j’en eus les larmes aux yeux. L’esprit me consola ainsi : « Ton ami est un cœur généreux. Auprès de nous, il se sentira heureux. Si tu veux lui écrire, fait le maintenant et ta lettre le trouvera encore en vie. » Sur cela, il semblait s’assurer que ma lettre aurait le temps de parvenir à destination. Il orientait la tête de côté, comme s’il discutait avec quelqu’un pour obtenir une information. Puis il se tourna à nouveau vers moi et me dit : « Oui, la lettre arrivera bien, mais ne tarde pas, rédige-la tout de suite. »
Le lendemain, je postais ma lettre en y joignant ma photographie en guise d’adieu. Evidemment, je ne mentionnais rien au sujet de sa mort imminente. J’exprimai au contraire ma joie de le revoir bientôt et le priai de venir m’attendre à Brême lors de mon retour.

La prédiction de la mort de mon ami se vérifie
Le 20 août 1930, je reçu un courrier de ma sœur, qui habitait l’Allemagne, non loin de mon ami. Cette lettre datée du 11 août 1930 commençait ainsi : « J’ai la douleur de devoir t’annoncer que ton meilleur ami, H. S. de O. est décédé. On me dit qu’il a encore reçu une lettre de toi lundi dernier et cela avec ta photo. Ainsi il a pu te revoir encore une fois et te dire adieu. On raconte qu’il a beaucoup pleuré en lisant que tu souhaitais qu’il vienne t’attendre à Brême à ton retour. A présent, il est déjà dans l’éternité. »
Le jour de l’arrivée de la lettre de ma sœur, nous devions célébrer un culte en petit comité. Depuis que la mort imminente de mon ami avait été annoncée, l’esprit qui s’était alors exprimé ne s’était plus manifesté. Ce soir là il prit possession du médium et d’après le sténogramme de madame Niemann, il dit textuellement :
« Que la parole de Dieu soit avec vous ! Amen ! Aujourd’hui je parle à travers lui à titre exceptionnel afin d’exaucer ton vœu. » Il faut dire qu’au cours de la journée j’avais prié en souhaitant que Dieu veuille bien me faire parvenir quelques paroles de consolation. « Il est arrivé quelque chose de douloureux pour toi, quelque chose qui, dans ta condition humaine, te cause beaucoup de peine. Mais ne t’attriste pas ! Lui (l’ami défunt) se porte beaucoup mieux, beaucoup mieux. Il est debout à ta droite, tourné vers toi. Il te sourit amicalement et de sa main droite il te caresse la tête. Il te salue de tout cœur et te prie de ne pas te tourmenter autant. Peut-être l’entendras-tu plus tard. » Il voulait dire par-là qu’il serait possible que plus tard, il parlât lui-même à travers le médium. « Mais il est encore trop tôt pour cela. Son agonie n’a pas été trop pénible. Il aurait voulu te revoir et te parler. Il est maintenant capable de faire la première chose que j’ai nommée. » C’est à dire de me voir. « Quant à la deuxième chose, il n’est pas encore en état de la faire. » C’est à dire de me parler. « Il est mort en priant Dieu. O, pauvres êtres humains, la vie sur terre vous est si pénible, mais restez fidèles ! Ne chancelez pas et ne trébuchez pas, la récompense vous attend. Beaucoup qui ici bas ont mené une vie pénible, plus pénible que celle de beaucoup d’autres, sont dans l’au-delà supérieurs à ceux qui, ici-bas étaient des souverains. La matière ne rend pas heureux. » Par matière, l’esprit veut dire l’argent ou la richesse. « Par conséquent, ne sois pas trop triste. Si seulement tu pouvais le voir ! Tu peux te rendre compte qu’il est placé à un degré élevé par le fait qu’il se trouve ici. Il aura à subir encore une légère purification, puis il passera dans la onzième sphère. Il sautera la dixième sphère. Il est parmi les hommes, si peu nombreux, qui sont et ont été de vrais enfants de Dieu. »
Puis l’esprit pria par les mains levées du médium : « Père céleste, aie pitié de nous. Incline ton visage vers nous. Remplis de consolation celui qui ici est affligé et en peine pour son ami qu’il a perdu. Donne-lui la paix et la gaieté du cœur et fait qu’il domine sa peine. Laisse dans ta clémence venir à toi le défunt qui était un modèle parmi les hommes. Accepte-le parmi ceux qui t’entourent, pour qu’il se développe vite et fasse du bien et apporte la bénédiction à l’humanité. Père, celui que tu as élu vient à toi. Que, par toi, il accomplisse alors la mission pour laquelle tu l’as choisi. Sois indulgent, Père, et bénis-les tous les deux. Amen ! »
A l’occasion des cultes suivants, madame Niemann, sous l’influence spirituelle de mon ami défunt, écrivit des choses qu’elle n’aurait pu connaître d’elle-même. Ainsi dans un écrit, il était question d’une promenade que mon ami défunt et moi avions faite de nombreuses années auparavant, dans une petite vallée du Hunsrück. Nous avions parlé de Dieu ainsi que de l’au-delà. Le souvenir de cet événement ne me revint qu’au moment où j’en trouvais la mention dans l’écrit médiumnique de madame Niemann. La vallée y était indiquée par son appellation exacte, que seuls les résidants connaissent.
De même, lorsque mon ami vivait encore, j’eus par lui des preuves si évidentes des vérités communiquées par les Esprits, qu’à elles seules elles auraient été suffisantes pour me convaincre. Par exemple, à la suite des mes expériences spirites, j’avais dû changer de fond en comble mes convictions religieuses. Je pensais avec une profonde douleur que mes nouvelles opinions provoqueraient une rupture avec mon ami, lui qui était un bon catholique. Lors d’une séance en Allemagne, j’exprimai mon appréhension à l’esprit qui se manifestait et je reçus la réponse suivante : « Tes craintes de perdre ton ami ne sont pas fondées. Car nous-mêmes nous l’instruisons sans que tu aies besoin de lui donner des explications. »
Peu après, mon ami me rendit visite et me parla des visions étranges qu’il avait eues. Une série de vérités fondamentales lui avaient été révélée, qui étaient en contradiction avec sa profession de foi catholique. Ainsi, il lui avait été montré dans une vision survenue dans un cimetière que les damnés eux-mêmes seront amnistiés et que tout retournera à Dieu. Puis il apprit beaucoup de choses au sujet des divers destins des Esprits des défunts. En plus de cela, on lui enseigna quelle était la tâche que je devais moi-même réalisé pendant ma vie. Les expériences de mon ami l’avaient si bien convaincu, qu’il ne me restait plus qu’à confirmer l’exactitude de ses visions.

Les tombeaux de princes Egyptiens
Il y a un message dont je n’arrive pas à saisir toute l’ampleur et la signification et dont l’accomplissement ne s’est pas encore réalisé. Je ne veux donc pas le passer sous silence.
Il s’agit de la découverte de deux tombeaux de rois égyptiens datant de l’époque 5000 avant Jésus-Christ. Je suis absolument certain que ce qui m’a été dit à ce sujet est vrai, que ces tombeaux seront découverts plus tard et contiendront précisément tout ce que quatre médiums différents me révélèrent.
Voici ce que, de façon étrange, j’appris au sujet de ces sépultures.
Le 1er février 1924, après mes heures de travail, je me trouvai dans mon bureau personnel situé dans les locaux de la Société de Bienfaisance. A ce moment, se présentèrent deux jeunes hommes qui me paraissaient âgés de vingt à vingt trois ans. Ils prétendaient avoir été envoyés pour me rendre service. A peine ces mots prononcés, voilà qu’à mon grand étonnement, ils entrèrent tous deux simultanément en transe profonde. Les deux Esprits qui maintenant parlaient à travers eux réclamèrent du papier et un crayon. Je leur donnai ce qu’ils désiraient et mes visiteurs s’assirent à une table et se mirent à dessiner. Lorsqu’ils cessèrent de crayonner, je vis que chacun s’était efforcé de reproduire sur le papier un tombeau de roi égyptien. Ces croquis comportaient de vieilles inscriptions incompréhensibles pour moi.
Je leur demandai leur identité. Seul l’un d’eux comprenait l’allemand et me répondit dans cette langue. Le second s’exprimait dans un dialecte inconnu que le premier me traduisait en allemand. Il me rapporta ce qui suit :
« Nous deux, qui parlons et écrivons à travers ces instruments, nous étions des souverains égyptiens. Nous nous appelons Arras et Isaris. Moi Arras, je régnais sur le Nil supérieur et mon ami Isaris sur le Nil inférieur. Nous traitions nos sujets avec bonté. Nous n’avions pas coutume de châtier nos esclaves. Nous laissions les gens de notre peuple libres. Ils étaient riches et il n’y avait pas chez nous de véritables pauvres. La moisson se faisait trois fois par an, de sorte que nous avions plus qu’il ne fallait pour vivre. L’abondance était partout. Le peuple obtenait tout ce qu’il désirait. Il célébrait des fêtes éclatantes, affichant un luxe inouï. Il se donnait du bon temps en oubliant Dieu, le Tout-Puissant. Le peuple se nourrissait des fruits et des graines que Dieu faisait pousser. Il s’abreuvait à l’eau la plus pure qui puisse jaillir d’une source. Il buvait le meilleur vin qui existait sans penser à Celui qui avait créé tout cela.
Les fêtes et les divertissements bruyants ne finissaient plus. Le peuple ne se contentait plus de l’héritage de nos ancêtres, mais il créa de nouvelles idoles faites d’or et de pierres précieuses. Il priait ces idoles faites de main d’homme et les adorait. Il y avait même des volontaires qui, se laissaient immoler en l’honneur de ces images. »
« Nous assistions à tout cela sans intervenir. Nous laissions la foule faire ce qu’elle voulait au lieu de l’en empêcher, comme nous l’aurions dû. Au contraire, afin de nous concilier les faveurs du peuple, nous encouragions ces pratiques d’idolâtres. J’expédiais dix charretées d’objets en or pour confectionner une statue représentant Amojo, dans l’intention de rehausser mon propre prestige. De son coté, Isaris offrait également dix charrettes d’or pour construire une idole dédiée à Lachitju, toujours dans le même but. Nous marchions en tête de cortège pour la consécration de ces idoles et nous disposions nos troupes de manière à protéger ces statues au lieu de les détruire. Devant l’idole se trouvait une coupe en or qui contenait le sang d’un enfant nouveau-né. Ce sang devait rester frais et ne pas se dessécher et cela au moyen de son renouvellement périodique. Au cas où le prêtre, au lieu de pourvoir à cet approvisionnement de sang, le laissait se dessécher par négligence, Le Grand prêtre le décapitait au pied de l’idole. »
« Notre folie devenait de plus en plus intense, mais Dieu envoya enfin son châtiment. Tout d’abord, il laissa les sources se tarir et envoya une vague de chaleur qui anéantit les récoltes. Malgré cela, la population ne se tourna pas vers Lui. Si elle avait reconnu cette toute puissance de Dieu, elle n’aurait pas souffert si durement. Mais personne ne s’adressa à Lui. C’est alors que la colère de Dieu éclata par la destruction totale d’un peuple renégat et infidèle qui refusait de reconnaître en Dieu le créateur. Les gens auraient pu arriver à la connaissance du vrai. Il existait des astrologues et des sages qui annonçaient la vérité. Ils avaient pour mission d’avertir le peuple de ce cataclysme. Mais on se moquait et se riait d’eux. On ne les écoutait pas, on les assassinait. »
« Un jour, l’horizon se couvrit d’épaisses ténèbres. Des nuages gris obscurcirent le ciel qui devint opaque. La tempête gronda, les éclairs sillonnèrent le firmament. La foudre s’abattit, brisa et pulvérisa les idoles, de sorte qu’il n’en resta pas la moindre parcelle. Puis vinrent les terribles catastrophes qui exterminèrent le peuple. Du feu et du souffre tombèrent d’en haut en produisant des vapeurs qui empestèrent l’air et étouffèrent les hommes. Les palais s’effondrèrent, tombèrent en ruines et engloutirent toutes choses sous les décombres. Puis Dieu envoya une grande tempête qui enselvelit tout sous du sable jaune et gris dans un tremblement de terre. Telle fut la réaction divine en réponse à l’affront, ce fut un acte de justice. »
« Quand cette catastrophe arriva, nous étions déjà morts tous les deux. Moi, Arras, je mourus poignardé par un prêtre qui convoitait ma femme. Isaris, avec qui j’entretenais une relation d’amitié scellée dans le sang et qui dura jusqu’à la fin de nos jours, mourut en combattant son propre général Zyclov. Ce dernier était un ambitieux général qui habitait dans le palais d’Isaris et qui cherchait à atteindre le pouvoir par tous les moyens. Il conspira contre son maître afin de détruire son prestige pour le chasser du trône. Le moment venu, il se révolta et l’assassina. »
« Notre ville et nos tombeaux sont toujours ensevelis et n’ont pas été retrouvés. Nous existions cinq mille ans avant la naissance du Christ. De nombreux Princes comme nous gouvernaient les provinces d’Egypte ainsi qu’un souverain principal que vous appelleriez « empereur ». C’était une fédération de royaumes. Isaris possédait également le titre d’intendant général, vous diriez « chancelier de l’empire ». La capitale de la fédération se nommait Memph. Les familles dirigeantes, les prêtres et les généraux avaient coutume de choisir le roi ou les princes toujours dans la même famille. »
A ma demande : « Quelles autres nations existaient à cette époque ? », il répondit :
« La péninsule d’Arabie était occupée par des tribus de nomades arabes. Un grand empire s’étendait de l’embouchure de l’Euphrate jusqu’au Gange et un autre pays était occupé par les Maures dont les anciennes cartes portent encore la trace. »
Lorsque les médiums revinrent à eux, ils furent étonnés de voir les dessins et se demandèrent ce que tout cela pouvait signifier. Ils vinrent en tout sept fois en trois mois. Je ne savais jamais à l’avance quand ils allaient continuer.
Un matin, j’étais sur le point de quitter ma paroisse pour me rendre au bureau de la Société de Bienfaisance, lorsque le jeune médium paysan se présenta. Il affirmait avoir reçu mission de m’accompagner en ville ce jour-là. Il ignorait les raisons de cette tâche. Je l’emmenais, car je savais par expérience qu’il s’agissait toujours d’une chose importante quand ce garçon recevait de telles missions.
Ce jour là, les deux médiums revinrent pour travailler à leurs dessins égyptiens. En même temps qu’eux, mon jeune paysan entra également en transe. Il se tint tranquillement assis sans rien dire, tandis que les deux Esprits continuèrent à dessiner. Soudain, le médium de ma paroisse se leva. Il se dirigea vers l’un des deux autres et lui parla dans une langue étrangère. Il sembla lui expliquer quelque chose à propos des croquis. Puis il revint vers moi, réclama une gomme et, l’ayant reçue, il retourna vers l’autre médium. Je m’approchai moi aussi et je vis une représentation du Nil. Le médium prit la gomme que lui tendit le jeune paysan, effaça une partie du cours du fleuve et recommença à dessiner. Je demandai alors au médium de ma paroisse, s’il avait le droit de m’expliquer ce qui se passait. L’esprit qui s’exprimait à travers lui me répondit que, ce jour là, c’était son tour de surveiller les deux médiums dessinateurs. Ceux-ci réalisaient en ce moment l’illustration la plus importante qui servirait à localiser les tombeaux des rois, à savoir le cours du Nil. Il expliqua que l’esprit de l’un des anciens princes avait, à travers son médium, tracé le lit du Nil tel qu’il cheminait à l’époque. Aujourd’hui, dit-il, ce fleuve a modifié son tracé à certains endroits à la suite d’un ensablement. C’est précisément à partir de cet endroit qu’il faudra procéder à des mesures de distances pour retrouver les sépultures des rois. Voici la raison pour laquelle, termina-t-il, il avait ce matin suggéré au jeune homme de m’accompagner en ville.
Dès l’achèvement du dernier dessin, je reçus le message de les calquer, de les cacheter et de déposer un lot complet de calques dans un lieu que l’on me désigna. Ensuite, un des princes égyptiens me dicta le texte suivant que je dus signer :
« En l’année 1924, il me fut donné de connaître l’existence de deux Esprits qui avaient été autrefois des princes égyptiens. Ils se nomment Arras et Isaris. Ils m’ont confié plusieurs dessins et écrits. Ces écrits relatent le destin et la vie de ces deux princes. On m’a chargé d’aller dans le pays de ces deux personnages, d’ouvrir leurs tombeaux et de déblayer les restes de leurs sépultures comblées et obstruées. J’ai rassemblé ces éléments entre le 1er février et le 1er mai 1924.
Isaris déclare au nom d’Arras et en son nom propre : « Nous vous avons communiqué ce qu’il nous fut ordonné de vous faire connaître pour que vous retrouviez nos sépultures. La réalisation de cette mission est entre vos mains. Vous nous avez aidé jusqu’à présent moralement et spirituellement, nous vous en remercions. Nous vous demandons de continuer à le faire et pour le moment nous sommes loin de vous. Nous ne reviendrons qu’une seule fois. Ce sera au jour de l’accomplissement de ce qui vient d’être dit, lorsque les événements que nous avons relatés ne seront pas seulement crus par vous mais seront reconnus comme des faits historiques.
Priez pour nous, et que Dieu soit avec vous.
Lorsque vous vous tiendrez devant nos sépultures et que vous aurez trouvé nos restes, nous serons au rendez-vous. Ici se termine notre mission. Que Dieu vous bénisse jusqu’à notre prochain entretien ! »
Je signais cette déclaration et je l’ajoutais aux autres documents égyptiens.
A ce propos, j’ai posé encore beaucoup de questions se rapportant à cette affaire. J’obtins les précisions suivantes :
« Je puis te dire que tout ce qui se rapporte à la topographie de l’endroit et aux sépultures se trouve bien sur place. Des indications plus précises ne pourront être fournies que sur les lieux même. Une seule chose demeure : l’accomplissement de la mission. » « Il ne vous reste[23] qu’à chercher les tombes pour les trouver. Vous y trouverez également toutes sortes d’objets culturels. On a déjà recueilli des trouvailles du même genre, mais ils ne représentent pas un intérêt particulier. Cependant, les choses importantes sont « l’appel au peuple » et le « rouleau » où sont inscrites les lois de la magie blanche concernant la communication avec les Esprits ainsi que la médication nécessaire à la guérison de certaines maladies. On y trouve également des renseignements sur l’élaboration de divers produits à base de plantes et de sels, ainsi que de substances utilisées comme conservateur. D’autres explications concernent la fabrication de solides étoffes à partir de plantes. »
« Vous trouverez plus d’or et d’argent qu’il n’en faudra pour couvrir vos frais. Vous ne connaîtrez pas le sort de tous ceux qui ouvrirent des tombeaux et décédèrent. Car sur chaque sépulture se trouve l’inscription : tous ceux qui toucheront à ces tombeaux ou inciteront d’autres à la faire sont voués à la mort. Allez là-bas au nom de Dieu. Donnez également les premiers coups de bêche et de pioche en notre nom et en sollicitant l’aide de Dieu. Ainsi il ne vous arrivera rien. »
« Tu voudrais savoir ce que les caractères graphiques signifient sur les dessins. Les inscriptions ne se ressemblent pas, car l’écriture ne se répète pas toujours. Il s’agit d’une spécificité de l’écriture de notre époque. Vous ne savez pas vous servir de ces symboles, ni les lire, ni les tracer. Je pourrais vous dicter les lettres, mais cela ne vous servirait à rien, car une lettre représente à la fois un mot entier et un signe. Sur notre tombe, sur notre palais, sur les pierres, les colonnes et les murs, on retrouve partout la même écriture et les mêmes signes. Les savants pourront se frapper la tête contre les murs mais ils ne parviendront pas à déchiffrer les inscriptions. Il se peut que l’un d’eux déclare que l’écriture qu’il verra entre vos mains provient probablement d’Egypte, parce qu’il reconnaîtra quelques symboles. Cependant, la plupart prétendront que vous avez perdu la raison et feront obstacle à votre action. »
« Le principal souverain, dont nous étions les princes confédérés, s’appelait AM-EL. Il décéda après nous deux, sa sépulture n’a pas encore été mise à jour. Dans toute l’Egypte, il existe encore environ dix mille tombeaux, de rois, de princes et de nobles et je ne compte pas les autres tombes. Soyez certains que tout n’a pas été découvert. »
Plus tard, lors de séances en compagnie des médiums de ma paroisse, j’ai demandé d’autres renseignements au sujet de ces tombeaux. Je voulais savoir quand ces monuments seraient retrouvés. Telle fut la réponse : « Cela viendra en temps voulu. Il se produira une série d’événements dans le monde qui feront avancer cette affaire. De nos jours, cela n’est pas encore possible et, pour des raisons que vous ignorez, provoquerait la mort de nombreuses personnes. Les grandes réalisations que Dieu entend accomplir de cette manière dépassent largement la compréhension humaine. »
J’ai expliqué si longuement cette histoire égyptienne parce que, tous les documents que j’ai archivés serviront de preuve, en temps voulu, pour démontrer que ce qui m’a été révélé était exact jusque dans les moindres détails. Personnellement, j’ai le sentiment que la découverte des tombes en question apportera à la science la preuve la plus éclatante de toute la vérité contenue dans ce livre. Car de telles évidences ne pourront pas être rejetées même par une science hostile à l’idée d’un monde spirituel et elle devra alors les reconnaître comme parfaitement valables. Il ne s’agit là, je le répète, que de mon opinion personnelle.
Je n’obtins pas davantage de commentaires sur l’importance de la découverte des sépultures égyptiennes. Le médium de la ville me confirma également l’exactitude de cette affaire. Il ajouta simplement que le prince Arras portait également le nom d’Hario.

L’appréciation de mes expériences
Lorsque, calmement et posément, on réfléchit aux faits exposés ici qui ne constituent qu’une partie minime des mes expériences, on comprend aisément que les raisonnements habituels n’aboutissent à rien. Ni la « suggestion », ni la « transmission de pensée », ni le « subconscient » ne sauraient expliquer ces phénomènes. Ni les médiums, en tant qu’êtres humains, ni les autres personnes ne possédaient la connaissance de pareilles choses. Ce dont l’homme n’a jamais eu conscience ne peut pas devenir « subconscience » et je serais bien incapable de transmettre à d’autres des pensées que je n’ai pas moi-même.
Les expressions telles que « suggestion » ou « communication de pensées » ne sont que des mots avec lesquels on croit exprimer beaucoup de choses savantes et qui peuvent impressionner celui qui ne procède pas par des démarches méthodiques. En réalité, il s’agit d’un vocabulaire qui ne définit rien de concret et d’expérimental. Lorsque nos idées et notre conception ne sont pas claires, on trouve toujours, au moment propice, un mot de remplacement.
En ce qui concerne la transmission de pensées, j’ai souvent tenté, avec toute ma volonté, de communiquer ma pensée aux médiums, aussi bien avant leur état de transe que pendant. Les manifestations qui suivirent n’ont jamais contenu un seul des éléments que j’avais essayé de faire passer mentalement. J’ai également incité d’autres personnes à suggérer au médium une pensée convenue entre nous afin qu’il la répète au cours de la séance. Tous ces efforts restèrent sans effet.
Ce qui me fut communiqué par les médiums ignorants et peu cultivés dépasse toute connaissance humaine en la matière. Une seule explication peut satisfaire la logique : ce sont des Esprits non terrestres qui se servent de ces médiums comme d’instruments pour nous convaincre de l’existence d’un au-delà, de l’existence de Dieu, d’un monde spirituel et qui, de cette façon, nous montrent le chemin qui mène à Lui.
Les explications présentées dans les chapitres suivants sur les lois qui régissent la communication avec les Esprits et les grandes questions relatives à la Terre et au Ciel, apporteront une abondance de preuves supplémentaires

[1] "Bonsoir" mais aussi "Salutation de Dieu".

[2]Aucun des manuscrits originaux des évangiles n’a été découvert, nous ne possédons que des copies de copies. La copie la plus ancienne connue à ce jour est datée du quatrième siècle.

[3]Il s'agit du mot :

[4]Matthieu 6 : 12.

[5] Jean 20 : 22-23.

[6]Matthieu 22 : 34 – 40 ; Marc 12 :28 - 31 ; Matthieu 7 : 12 ; Luc 6 : 31 ; Luc 10 : 25 - 28 ; Jean 13 : 34 - 35.

[7] Jean 4 : 1

[8]Jean 4 : 24.

[9] Genèse 18 : 1 - 2.

[10] Exode 3 : 2.

[11]Exode 14 : 19.

[12] Exode 32 : 30.

[13]Exode 33 : 7 – 11.

[14]Jean 16 : 12 – 13.

[15] Corinthiens 12 : 1 – 11.

[16]Psaume 74 : 9, Psaume 77 : 9, Ezéchiel 7 : 26, Lamentations 2 : 9

[17]Corinthiens 14 : 1.

[18]Des scientifiques ont déjà étudié certains phénomènes spirites. Par exemple : Sir William Crookes de la Société Royale d’Angleterre (Recherches sur les phénomènes du spiritualisme), Camille Flammarion (Les forces naturelles inconnues) ou encore Albert de Rochas, administrateur de l’école polytechnique (L’extériorisation de la motricité, L’extériorisation de la sensibilité).

[19]Une étude très complète sur ces Esprits attachés à la Terre et sur les désordres mentaux qu’ils occasionnent chez certaines personnes a été menée par le psychiatre Carl Wickland. Avec l’aide de sa femme médium, il soigna des milliers de patients qui étaient sous l’influence néfaste d’Esprits ignorants et confus. Carl Wickland publia en 1997 le bilan de ses expériences dans un livre mondialement connu : Trente ans parmi les morts.

[20]Le 24 avril 1917, le Vatican avait publié un décret interdisant à tous les membres de l’église catholique, religieux ou laïques, de communiquer avec le monde spirituel. Cette décision marquait un tournant dans la politique de Rome qui abandonnait ainsi sa tradition de l’enseignement mystique pour s’attacher au matérialisme du XXème siècle. La rupture fut d’autant plus grande que beaucoup de catholiques canonisés dans le passé, comme Sainte Catherine de Ricci, Sainte Lidwine ou Saint Oswald, avaient justement été déclarés « saints » en raison de leurs contacts fréquents avec l’au-delà. D’autres églises chrétiennes, comme l’église protestante par exemple, ne décidèrent aucune interdiction.

[21]Durant le premier tiers du XXe siècle, les imprimeurs produisaient des ouvrages dont environ la moitié des pages étaient liées entre elles soit par la tranche soit par le haut. Tout acheteur d’un livre neuf devait donc soigneusement découper les pages attachées avant de pouvoir commencer la lecture.

[22]Aujourd’hui la ville de Cassadaga en Floride (USA) est devenu un des principaux centres des activités spirites payantes.

[23]Dans tout le paragraphe, le mot « vous » est la traduction du mot allemand « ihr ». Il ne s’agit pas du pronom personnel « vous » car il désigne le pluriel, il faut donc l’interpréter comme « vous tous ».

 

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