Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


Introduction

Mais ces gens-là, ce qu’ils ne connaissent pas, ils l’insultent ; et ce qui savent
à la manière instinctive et stupide des bêtes, cela ne sert qu’à les perdre.
Jude 1 : 10

L’homme connaît-il une existence consciente après son décès ? Existe-t-il un au-delà, un monde spirituel que rejoint l’esprit de l’homme, lorsqu’il se sépare de son corps ? Et comment faut-il se représenter la vie dans cet autre monde ? Quel sort nous y attend ?
Ou alors, tout s’achève-t-il au cimetière ? A l’instar du corps, l’esprit y trouve-t-il sa sépulture ? Et l’homme, avec ses espérances et ses craintes, ses peines et ses soucis, ses joies et ses souffrances, ses bonnes et ses mauvaises actions, ne reste-t-il rien d’autre que le crâne ou une poignée de cendres ?
Ce sont là des réflexions qui nous touchent. Elles tourmentent le malade qui, gravement atteint, passe de longues heures à méditer dans sa chambre. Et chaque fois que nous nous trouvons au pied d’un lit de mort, chaque fois que nous suivons un cercueil, ces mêmes questions nous préoccupent. Chaque tertre funéraire évoque ces interrogations, elles sont gravées sur chaque pierre tombale.
Qui donc résoudra pour nous cette grande énigme de l’au-delà ? A qui nous adresser avec nos doutes pour connaître la vérité ? Interrogeons-nous les religions et leurs serviteurs ? Il est vrai qu’ils enseignent la croyance en l’au-delà et la survie de l’esprit humain. Mais pourtant, ils affaiblissent grandement leur doctrine en niant la survie de l’esprit des animaux. Car si l’animal ne survit pas, pourquoi l’homme survivrait-il ? L’homme et la bête possèdent un destin semblable. L’un et l’autre sont engendrés et naissent de la même façon. L’un et l’autre éprouvent la joie, la douleur et la mort également.
C’est ce que la Bible confirme en ces termes :
Car le sort de l'homme et le sort de la bête sont un sort identique : comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre, et c'est un même souffle[1] qu'ils ont tous les deux. La supériorité de l'homme sur la bête est nulle, car tout est vanité. Tout s'en va vers un même lieu : tout vient de la poussière, tout s'en retourne à la poussière. Qui sait si le souffle de l'homme monte vers le haut et si le souffle de la bête descend en bas, vers la terre ? (L’Ecclésiaste ou Qohélet, 3 : 19 - 21).
A cela s’ajoute que les diverses doctrines se contredisent à propos des questions les plus fondamentales de l’existence. Ces divergences d’opinion proviennent avant tout des différences d’interprétation de textes anciens. Elles ne sont pas le fruit d’expériences méthodiques ou d’observations pratiques. Il ne faut donc pas s’attendre à recevoir de ce côté-là une réponse qui soit vérifiable.
Un seul chemin peut mener à la connaissance. S’il existe un au-delà et un monde des Esprits, la preuve ne peut nous être livrée que si les Esprits eux même viennent jusqu’à nous pour nous instruire. Ils représentent les seuls témoins capables de nous parler de la survie. Tant qu’il ne s’établit pas une communication entre les Esprits et nous, nous ne pouvons pas sortir de l’incertitude.
Mais aujourd’hui encore, beaucoup tournent en dérision quiconque prétend parler de la possibilité de dialoguer avec l’au-delà. Des hommes rient et se moquent comme ils l’ont fait de tout temps, dès que l’on s’écarte de l’opinion commune de leur époque. Les démarches expérimentales mettent pourtant en évidence les principes naturels qui établissent les liens entre la Terre et le Ciel. Ces principes immuables appartiennent aux lois éternelles de l’univers et sont le fruit de la création divine.
Ainsi si, en tant qu’amis fidèles de Dieu ou bien en tant que chercheur sincère de la vérité, nous nous efforçons de communiquer avec les bons Esprits, alors nous réalisons un progrès positif en harmonie avec les lois du Créateur. C’est la raison pour laquelle, tout au long de l’Ecriture Sainte, les hommes en quête de vérité ne sont pas renvoyés à leurs semblables mais sont encouragés à s’adresser à Dieu et à ses Esprits. Sous la direction de Moïse, le peuple hébreu côtoie en permanence les anges de Yahvé. Au moment de quitter cette Terre, le Christ a encore beaucoup de choses à communiquer à ceux qui l’ont suivi. Il leur annonce que des explications seront données ultérieurement, non pas par un homme mais par un esprit de vérité qui sera perceptible par les sens humains : J’ai encore beaucoup à vous dire mais vous ne pourriez pas le supporter à présent. Quand il viendra, lui, l’esprit de vérité, il vous guidera dans toute la vérité. En effet, il ne vous parlera pas de lui-même, mais il parlera de tout ce qu’il entendra et il vous annoncera les choses à venir. Celui-là, il me glorifiera parce que c’est de moi qu’il recevra ce qu’il vous communiquera. Tout ce que possède le père, m’appartient également, voilà pourquoi j’ai dit que ce qu’il prend auprès de moi, il vous le communiquera[2] (Jean 16 : 12-15).
Voici ce que nous apprend l’Ancien Testament et les Evangiles. C’est aussi l’enseignement des apôtres. Cette pratique suivie à la fois par les tribus d’Israël et par les premiers chrétiens fut cependant délaissée. Certains hommes décidèrent de se substituer à Dieu et à ses messagers. L’élaboration et la diffusion des préceptes religieux devint un métier. On se mit à apprendre la religion par le biais d’un enseignement humain, tout comme n’importe quelle discipline de ce monde. Les guides spirituels du peuple devinrent des décideurs en matière de foi, ce qui leur permit du même coup, d’accroître leur pouvoir temporel. L’ancienne liberté que Dieu accorde à chacun de ses enfants se transforma en servitude religieuse. Durant des siècles, quiconque résistait et prétendait vivre selon ses convictions personnelles rencontrait les tourmenteurs et le bourreau. Le sang de millions d’hommes a coulé au nom de dogmes théologiques inventés par les hommes.
Au fil du temps, les textes bibliques connurent de nombreuses traductions et adaptations qui les firent évoluer. Les rédacteurs appartenaient sans exception à des ordres religieux. Il leur importait avant tout de donner à ces écrits une tournure qui favoriserait les institutions humaines qu’ils représentaient. Il se répéta ce que dans l’Ancien Testament Dieu avait exprimé par la bouche des prophètes en guise de plainte et d’amers reproches : Comment pouvez-vous dire : nous sommes sages et la loi de Dieu est chez nous ? Oui, voici que le style mensonger des scribes a produit le mensonge ! Les sages sont confondus, consternés et pris à leur propre piège. Voici qu’ils ont rejeté la parole du Seigneur, et quelle sagesse ont-ils encore ? (Jérémie 8 :8-9).
Les écrits de l’antiquité furent ainsi arrangés au profit d’opinions religieuses en vogue à l’époque de leur recopie. Tout cela se passait à l’insu du petit peuple qui devait accepter aveuglément et sans contrôle les prétendues vérités et leurs commentaires rédigés par le clergé. Ainsi la tradition religieuse devint un héritage obligatoire transmis à chacun sans aucune possibilité de formuler un avis sur son contenu.
Il n’en était pas ainsi au temps où les hommes entretenaient des relations directes avec le monde des Esprits de Dieu. Ils pouvaient s’adresser au Ciel et obtenir une réponse. C’est la raison pour laquelle Paul engageait les premiers chrétiens qui ne seraient pas d’accord avec lui à interroger Dieu : Nous tous donc les plus avancés, comportons donc nous ainsi et si d’une quelque autre manière vous vous comportez différemment, là dessus aussi Dieu vous éclairera[3] (Philippiens 3 :15).
Une telle invitation à emprunter ce chemin vers la connaissance devint impensable pendant les siècles qui suivirent. Cette attitude conduisit immanquablement à l’excommunication, à d’atroces tortures et enfin au bûcher. Le progrès moral des hommes a finalement mis un terme à ces abominables persécutions dictées par la haine et la soif de pouvoir. Aujourd’hui, il est temps de nous rappeler que des ponts peuvent être lancés vers le royaume spirituel de Dieu.
J’ai été prêtre catholique pendant vingt-cinq ans. Je considérais ma religion comme étant la bonne, la vraie. N’était-elle pas celle de mes parents, de nos maîtres, de nos chefs spirituels ? Je ne croyais pas avoir des raisons m’autorisant à rejeter ce que mes coreligionnaires acceptaient comme une certitude. En outre, toute mise en doute d’un dogme de la foi représentait, selon mon Eglise, un péché mortel.
J’ignorais tout de la possibilité d’entrer en communication avec l’au-delà. Le spiritisme ne m’était connu que parce que j’en avais lu dans les journaux. Tout cela je le considérais comme farce, fraude et illusion.
Et puis un jour, sans le provoquer, j’ai fait mon premier pas sur le chemin de la communication avec le monde des Esprits de Dieu. J’expérimentais des choses qui me remuaient jusqu’au tréfonds de moi-même. Après avoir franchi cette première étape, je ne pouvais plus m’arrêter. Il me fallait y voir plus clair. J’avançais prudemment, par tâtonnement. J’avais fait mienne cette parole de l’apôtre Paul : Ne faites pas obstacle à l’esprit, ne méprisez pas les paroles prophétiques, mais examinez tout avec discernement, ne retenez que ce qui est bien et tenez vous à l’écart de toute espèce de mal[4] (Thessaloniciens 5 : 19-22)
Je ne m’intéressais qu’au bien et à la vérité. Je me sentais prêt à l’accepter même au prix des plus lourds sacrifices. Je savais que Dieu n’abandonne jamais celui qui se met en quête de la vérité, de manière désintéressée, et que selon la parole du Christ, il ne donne pas une pierre à la place du pain à celui qui demande humblement.
Je ne me faisais aucune illusion sur les conséquences de mon choix. Je comprenais bien que si je persévérais, cela provoquerait la ruine de mon état ecclésiastique, de mes revenus matériels et de mon avenir de prêtre. Je savais ce qui m’attendait, c’était le mépris et la calomnie. On allait m’accabler d’outrages et d’injures. Pourtant j’attachais un plus grand prix à la vérité. Elle se trouvait sur le chemin que j’avais suivi, elle me libéra et me réjouit le cœur. Les épreuves qu’il me fallait traverser et qui durent encore maintenant ne sauraient troubler la paix intérieure ainsi acquise.
Dans ce livre, je me propose de décrire les étapes qui me conduisirent vers le monde des bons Esprits chargés de nous instruire. J’écris mon livre par amour de mon prochain quelle que soit sa religion ou sa philosophie. L’ouvrage s’adresse à tous les chercheurs de la vérité. Il est destiné à servir de guide à ceux qui souhaitent entrer en communication avec le royaume de Dieu, dans le but de se rapprocher de Dieu. Il décrit le cheminement vers le pont qui nous mène aux messagers de l’au-delà.
Quiconque, avec l’aide de ce livre, empruntera ce pont entre les mondes, trouvera la confirmation de tout ce qui est exposé ici. Voilà pourquoi, je ne demande nullement que l’on accepte d’emblée la validité de cet ouvrage sans contrôle et sans examen. Celui qui agirait ainsi fonderait ses convictions, à propos des aspects les plus sérieux de sa vie, sur les dires d’un homme faillible et sujet à l’erreur. Il ne faut pas qu’il en soit ainsi.
Je ne demande donc pas que l’on me croit aveuglément. Je souhaite uniquement que l’on examine les affirmations qui me furent révélées par les mêmes procédés que j’ai moi-même expérimentés. J’ai décrit cette voie avec tant de précisions et si rigoureusement que nul ne saurait la manquer. Pour cela, aucune préparation ou formation n’est nécessaire. Une seule chose ne doit cependant pas faire défaut : la volonté de trouver la vérité. Celui qui la cherche devra se préparer à l’accepter dès qu’elle se présentera à lui de façon convaincante et d’y conformer sa vie. Le livre ne s’adresse qu’à ceux qui acceptent cette condition. Ceux qui manqueront de persévérance et qui refuseront d’examiner méthodiquement les faits exposés n’ont pas le droit de porter un jugement sur mon travail.
Je suis certain de l’exactitude de ce livre, car je sais en qui j’ai mis ma confiance (Timothée 1 : 12). Je sais que ceux qui suivront ma voie ne découvriront aucune contradiction avec mes écrits. Tous ceux qui ont écouté mes conseils jusqu’ici, dans la recherche du contact avec le monde des Esprits saints, ont trouvé ce que moi-même j’ai découvert.
Malgré cela, mon livre se heurtera à l’acharnement de nombreux adversaires. Des ecclésiastiques de tout bord en feront certainement partie. En effet, le credo qu’ils enseignent à leurs fidèles garantit leur subsistance. S’ils entreprenaient une étude expérimentale de l’au-delà, la constatation des faits les obligerait à modifier leur point de vue. Ils cesseraient alors d’être les représentants accrédités de leur confession et se verraient privés des ressources de leur fonction. Les hommes n’acceptent pas volontiers le sacrifice de leur position sociale et de leur confort. La plupart évitent pareille épreuve et préfèrent renoncer à la vérité. La même raison poussait les anciens prêtres du judaïsme à s’acharner contre le Christ et sa doctrine. Ils craignaient pour leur prestige et leur réputation. Sans chercher à examiner le discours de Jésus ils persécutèrent jusqu’au meurtre celui qui menaçait de détruire l’influence qu’ils avaient sur le peuple. La plupart des prêtres d’aujourd’hui ne se contenteront pas de dénigrer mon livre mais ils refuseront également de vérifier la justesse de son contenu et des méthodes indiquées. Pourtant, chacun peut s’engager sur cette voie sans scrupules et avec bonne conscience. Il est bénéfique de prier Dieu dans la confiance de la promesse de Jésus : Et moi je vous dis : demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. En effet, celui qui demande il le reçoit en totalité, celui qui cherche trouve et on ouvre à celui qui frappe. Quel père parmi vous si son fils lui demandera un poisson lui donnera un serpent au lieu du poisson ? Ou encore s’il demandera un bœuf, lui donnera un scorpion au lieu du bœuf ? Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien davantage, le père du ciel donnera un esprit saint à ceux qui lui demandent[5] (Luc 11 : 9-13).
Existe-t-il quelqu’un qui est prêt à s’engager dans cette voie avec une grande sincérité et honnêteté intellectuelle ? Je ne demande rien d’autre. J’ai procédé de cette manière moi-même et c’est ce que j’ai relaté dans ce livre. Je n’ai rien reçu d’extraordinaire, mais simplement ce que tout homme obtient s’il cherche sincèrement. Si l’idée de parler avec le royaume de Dieu peut nous paraître incroyable, ce n’est pas une raison pour que nous refusions de nous adresser à lui. Car Dieu nous fait bien entrevoir et espérer l’incroyable par cette promesse :
Appelle moi et je te répondrai, je t’annoncerai des choses grandes et cachées dont tu ne sais rien (Jérémie 33 : 3).

Johannes Greber, Pâques 1932

[1]Pour Qohélet, le « souffle » désigne la partie immortelle des êtres vivants qui retourne à Dieu après la rupture du fil d’argent, c’est à dire après le décès : Avant que lâche le fils d’argent, que la coupe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits et que la poussière retourne à la poussière comme elle est venue, et le souffle à Dieu qui l’a donné (Qohélet 12 : 6 – 7).

[2]Traduction littérale du texte grec.

[3]Traduction littérale du texte grec.

[4]Traduction littérale du texte grec.

[5]Traduction littérale du texte grec.

 

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