Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec



SECONDE PARTIE
La conception psycho-physiologique classique de l’individu

 

Avant-propos

Nous venons de faire ressortir l'insuffisance de la conception classique de l'évolution.
Nous allons maintenant tenter de montrer l'insuffisance de la conception classique de l'individu.
Cette dernière repose sur deux grandes notions : l'unicisme et la négation de l'unité du moi.
L'unicisme rejette, les anciennes théories spiritualistes, animistes et vitalistes qui prétendaient trouver, dans l'Etre, des principes dynamiques ou psychiques différents d’essence de l'organisme même. Il se base, pour cela, sur l'unité morphologique et chimique des êtres vivants ; l'absence de discontinuité positive entre les corps vivants et les corps bruts ; sur les lois de l'énergétique biologique, aussi nettes et aussi précises que les lois de l'énergétique physique et en concordance avec elles.
La négation de l'unité du moi est basée précisément sur la négation des principes spiritualistes, animistes ou vitalistes qui séparaient, dans les anciennes conceptions psychophysiologiques, l'homme de l'animalité et l'animalité du règne minéral. Ces principes étant écartés, on en conclut que le moi n'est que la synthèse ou le complexus des éléments constitutifs de l'organisme.
A la base d'un être vivant, dit Dastre[1], on trouve : « l'activité propre à chaque cellule, la vie élémentaire, vie cellulaire ; au-dessus, les formes d'activité résultant de l'association des cellules, la vie d'ensemble, somme ou plutôt complexus des vies partielles élémentaires. »
Or, c'est par un simple malentendu philosophique, ou même plutôt par une simple erreur de raisonnement, que les deux notions ci-dessus, unicisme naturaliste et négation de l'unité du moi sont étroitement lié l'une à l'autre.
La philosophie monistique non seulement n'implique pas nécessairement la conception du « moi simple complexus cellulaire », mais encore, nous le verrons, concorde mieux avec la conception opposée de l'unité centrale du moi.
Si, abdiquant momentanément toute idée métaphysique sur la constitution de l'individu, nous nous en tenons strictement aux données de fait, nous nous trouvons en présence d'une constatation capitale : il y a dans l’individu des modalités différentes de l'énergie, et ces modalités, alors même qu'elles sont théoriquement concevables comme relevant d'une essence unique, ne sont pas équivalentes.
Il y a dans l'Etre de l' « énergie matérielle », de l' « énergie dynamique » pour ainsi dire, de l’ « énergie psychologique » ; et ces modalités de l'énergie nous apparaissent à la fois distinctes et hiérarchisées. Telles sont bien les données de fait.
Or, en partant de ces données, de ces constatations de fait, sans s'égarer dans la métaphysique, on peut concevoir l’Etre de deux façons différentes : la première manière consiste à ne voir dans l'individu qu'un simple complexus d'individualités partielles élémentaires. Dans cette conception, les hiérarchies apparentes constatées dans un Etre sont simple fonction d'orientation et de situation relative. C'est là la conception classique La deuxième manière consiste à voir dans l'individu un complexus « plus complexe » pour ainsi dire, dont les éléments forment des séries hiérarchisées, des « cadres » autonomes et distincts. Ces séries hiérarchisées, ces cadres ne sont pas, encore une fois, forcément différents d'essence ; mais ils sont différents d'activité et de capacité, ou si l'on veut, de niveau évolutif. On peut concevoir ainsi, au-dessus du complexus organique et matériel, un complexus dynamique et psychologique organisateur et centralisateur ; lequel serait lui-même susceptible de subdivisions rationnelles, jusqu'à permettre la découverte de l'entité centrale, du moi réel, seul, unique et indivisible.
Ces deux façons d'envisager l'individu demeurent, quelle que soit la conception métaphysique, moniste ou pluraliste, d'envisager les choses.
La première conception a en sa faveur la simplicité et le principe méthodologique de l'économie des causes.
Mais elle a contre elle la diversité des faits physiologiques et des faits psychologiques, et les difficultés insurmontables à subordonner les seconds aux premiers.
Elle a contre elle, surtout, l'insuffisance flagrante à faire comprendre non seulement l'activité psychique, mais même l'activité vitale.
C'est ce que va faire ressortir l'analyse méthodique de la conception classique de l’individualité physiologique et de l’individualité psychologique.

[1] Dastre : La vie et la mort

 

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