Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


Préliminaires

Communément on donne le nom de magnétisme animal à l'influence occulte que les corps organisés exercent à distance l'un sur l'autre. Le moyen ou véhicule de cette action n'est point une substance qui puisse être pesée, mesurée, condensée, c'est une force[1] vitale, dite fluide ou agent magnétique que chaque organisation recèle, et que tout être peut émettre.
Lorsque, par des procédés particuliers, on parvient à l'accumuler dans nos organes, elle y développe une série de phénomènes qui portent la même épithète. Douée de propriétés éminemment curatives, elle est susceptible d'une application raisonnée au traitement des maladies.
Sans rechercher à qui la découverte en est due, sans nous préoccuper, avec quelques auteurs, de la question de savoir si, sous d'autres noms, l'Inde, l'Egypte, la Grèce, le monde romain, les Arabes et le moyen âge en ont possédé la connaissance ; sans parler non plus des obstacles que Mesmer a rencontrés auprès des corps savants, voici les faits physiques qui prouvent manifestement l’existence de l'agent dont nous poursuivons l'étude. Ils sont indépendants de toutes causes étrangères ou forces connues jusqu'à ce jour.

1. Action sur des Enfants

Il n'est aucun enfant endormi qui, magnétisé cinq ou dix minutes au plus, ne manifeste suffisamment le changement qui s'opère dans l'état habituel de son existence.
Pour obtenir cette modification dans sa manière d'être, voici comment je procède :
Me plaçant à un pied de distance de l'être que je veux impressionner, je promène mes mains successivement sur toute la surface du corps, sans déranger les couvertures ; puis, cessant ces mouvements ou passes au bout du temps plus haut fixé, j'approche un doigt d'une surface nue ou couverte, et, sans contact aucun, j'y détermine de légères contractions musculaires.
De petits mouvements convulsifs se manifestent dans les doigts, si c'est la main que j'actionne, et souvent même tout le corps participe à ce commencement de magnétisation.
Si je dirige sur la tête la force que je suppose en moi, le sommeil devient plus intense.
Si j'ai choisi la poitrine comme point d'expérience, la respiration devient laborieuse, et la gêne commence sans que les contractions que je viens de signaler cessent de se manifester par instants.
En insistant davantage sur la surface totale du corps, de légères secousses, simulant de faibles décharges électriques, ne tardent pas à se produire visiblement, ostensiblement, et l'enfant est éveillé indubitablement par l'agitation qu'il éprouve.
Si, ceci fait, je le laisse retomber dans son état primitif, à cinq ou dix pas de distance, je reproduis la même chose en me servant des mêmes procédés.
Enfin si, pour détruire toute incertitude, lever tout doute, je place un corps quelconque entre moi et l'enfant, l'effet n'est en rien modifié.
Cette force, ainsi mise à jour, ne peut plus être contestée. Néanmoins voyons d'autres preuves.

2. Action sur des Hommes

Le système nerveux d'un enfant pouvant être impressionné par des agents d'une faible puissance, essayons sur des hommes faits placés dans les mêmes circonstances, c'est-à-dire en état de sommeil naturel.
Je trouve qu'il n'en est encore aucun qui n'éprouve, presque dans le même laps de temps, des effets absolument identiques, c'est-à-dire trismus des muscles, secousses, gène dans la respiration, sommeil plus profond, ou réveil subit, selon l'organe actionné.
J'ai rarement rencontré quelque être humain endormi sans essayer sur lui l'action du magnétisme, et, dans plus de mille expériences de ce genre que j'ai faites en ma vie, les phénomènes nerveux ont toujours apparu de la même manière.
Dans l’ivresse, la syncope, où tout se passe à l'insu du patient comme dans le sommeil, les phénomènes se manifestent aussi de la même manière et avec le même caractère. Cela ne suffit pas encore, suivons.

3. Action sur des Animaux

Le chien, le chat, le singe et quelques autres animaux ont été magnétisés ; soit endormis, soit éveillés, on observe sur eux les mêmes effets que sur les hommes dans les cas qui précèdent.
Le cheval même, qu'on pourrait supposer difficile à émouvoir à cause de sa masse relative, est sensible, et son système nerveux s'émeut au bout d'un instant.
Je suppose ici que ceux qui voudront s'assurer du fait, en cherchant à le produire eux-mêmes, sauront magnétiser, ou qu'ils connaîtront au moins les résultats des expériences auxquelles
M. le marquis de Laroche Jaquelein s'est livré sur ce point.

4. Action sur des Magnétisés

Souvent, pour m'assurer de la réalité du sommeil magnétique de personnes qu'on me disait être en cet état, il m'est arrivé de diriger sur elles une de mes extrémités sans but apparent, mais intérieurement animé du désir d'exciter leur système nerveux. Eh bien, elles sentaient mon action, m'avertissaient que je les magnétisais, et éprouvaient des secousses qui, du reste, ne laissaient aucun doute.
Il en était encore absolument de même lorsque me tournant le dos et causant avec les personnes qui les entouraient, j'agissais avec la même intention, et que, par ma volonté, je chassais au dehors la force agissante venant de mes organes.
Voici, au reste, une expérience qui les résume toutes ; je la tire du rapport de M. Husson à l’Académie de médecine.
C'est principalement sur M. Petit, âgé de trente-deux ans, instituteur à Athis, que les mouvements convulsifs ont été déterminés avec le plus de précision par l'approche des doigts du magnétiseur. M. du Potet le présenta à la Commission le 16 août 1820, en lui annonçant que M. Petit était très susceptible d'entrer en somnambulisme, et que, dans cet état, lui, M. du Potet, pouvait, à sa volonté, et sans l'exprimer par la parole, par la seule approche de ses doigts, déterminer des mouvements convulsifs apparents. Il fut endormi très promptement, et c'est alors que la Commission, pour prévenir tout soupçon d'intelligence, remit à M. du Potet une note rédigée en silence à l'instant même, et dans laquelle elle avait indiqué par écrit les parties qu'elle désirait qui entrassent en convulsion. Muni de cette instruction, il dirigea d'abord la main vers le poignet droit, qui entra en convulsion ; il se plaça ensuite derrière le magnétisé, et dirigea son doigt en premier lieu sur la cuisse gauche, puis vers le coude gauche et enfin vers la tête. Ces trois parties furent presque aussitôt prises de mouvements convulsifs.
M. du Potet dirigea sa jambe vers celle du magnétisé ; celui-ci, s'agita de manière qu'il fut sur le point de tomber. M. du Potet dirigea ensuite son pied vers le coude droit de M. Petit, et ce coude s'agita ; puis il porta son pied vers le coude et la main gauches, et des mouvements convulsifs très forts se développèrent dans tous les membres supérieurs.
Un des commissaires, M. Marc, dans l'intention de prévenir davantage encore toute espèce de supercherie, lui mit un bandeau sur les yeux, et les expériences furent répétées avec une légère différence dans les résultats !... MM. Thillaye et Marc dirigèrent les doigts sur diverses parties du corps, et provoquèrent quelques mouvements convulsifs.
Ainsi M. Petit a toujours eu, par l'approche des doigts, des mouvements convulsifs, soit qu'il ait ou qu'il n'ait pas eu de bandeau sur les yeux.
Ces démonstrations de l'existence de la force magnétique, reprises dans une autre séance pour obéir aux désirs des commissaires, eurent lieu dans le local même de l'Académie, rue de Poitiers. M. le rapporteur, en laissant de côté tout ce qui a trait à la vision, s'exprime ainsi à leur sujet :
Pendant que M. Petit faisait une deuxième partie de piquet en somnambulisme, M. du Potet, sur l'invitation de M. Ribes, dirigea par derrière la main sur son coude ; la contraction précédemment observée eut lieu de nouveau. Puis, sur la proposition de M. Bourdois, il le magnétisa par derrière, et toujours à un pied de distance, dans l'intention de l'éveiller. L'ardeur que le somnambule portait au jeu combattait cette action, et faisait que, sans le réveiller, elle le gênait et le contrariait. Il porta plusieurs fois la main derrière la tête comme s'il y souffrait. Il tomba enfin dans un assoupissement qui paraissait être un sommeil naturel assez léger, et quelqu'un lui ayant parlé dans cet état, il s'éveilla comme en sursaut.
Peu d'instants après, M. du Potet, toujours placé derrière lui, et à quelque distance, le plongea de nouveau dans le sommeil magnétique, et les expériences recommencèrent. M. du Potet, désirant qu'il ne restât aucune ombre de doute sur la nature d'une action physique exercée à volonté sur les somnambules, proposa de mettre à M. Petit tel nombre de bandeaux que l'on voudrait et d'agir sur lui dans cet état. On lui couvrit, en effet, la figure jusqu'aux narines de plusieurs cravates ; on tamponna avec des gants la cavité formée par la proéminence du nez, et on recouvrit le tout d'une cravate noire descendant en forme de voile jusqu'au cou. Alors on recommença de nouveau, et de toutes les manières, les essais d’action à distance, et constamment les mêmes mouvements se manifestèrent dans les parties vers lesquelles la main ou le pied étaient dirigés.

5. Réalité des effets qui précèdent

N'ai-je point été dupe de mon imagination ? Mes sens ne m'ont-ils point trompé ? Non, car je puis, à toute heure, devant les plus incrédules, aussi bien que dans le silence et loin de tous, reproduire les mêmes effets physiques.
Les autorités de la science niant le magnétisme devant moi, et la crainte de me tromper, m'ont souvent fait mettre en doute, pour un moment, les résultats de ma propre expérience ; je recommençais alors avec plus de défiance, et les mêmes phénomènes nerveux venaient de nouveau éclairer mon esprit. J'ai répété à satiété ces expériences, j'ai varié les temps, les lieux, les sujets et la nature, toujours constante quand on sait la solliciter par les mêmes causes qui la font agir d'elle-même, s'est plue, dans tous les cas, à reproduire les mêmes phénomènes.
Tous sont donc bien réels et le produit d'une cause particulière. Ils ont lieu sur l'homme sain comme sur l'homme malade, et la meilleure condition pour qu'ils se produisent de la même manière, c'est le sommeil naturel. Entendez-vous bien, le sommeil ? état qui détruit, anéantit à lui seul toutes les explications qu'on a tenté de donner sur la cause de ces singuliers phénomènes, tels que l’imagination, l’ennui causé par la monotonie des gestes, l’éréthisme de la peau, la chaleur animale, l’imitation, etc.. Si vous avez suivi avec attention, vous avez vu que, dans les cas que je viens de détailler, aucune de ces causes ne peut être admise sans briser la raison. Mais nous avons bien d'autres faits : cet ouvrage en sera rempli.

6. Action sur les êtres bien portants

Si je prends un individu sain, bien éveillé, et que je le soumette à l'influence des mêmes procédés, quelles que soient sa force ou sa faiblesse physiques, voici, en laissant de côté les phénomènes si curieux d'attraction et de somnambulisme que nous retrouverons plus loin, les modifications physiologiques que subira son être.
D'abord le pouls augmente de force et de fréquence, ou diminue dans les mêmes rapports, malgré le repos du corps, car je suppose le patient assis. Les pulsations ne restent pas au même degré, la chaleur varie ; les yeux deviennent brillants, vitreux ; la sensibilité s'exalte ; souvent il survient une transpiration abondante, comme aussi une grande prostration de forces, et le corps obéit aux lois de la pesanteur. A ces phénomènes se joignent souvent ceux que nous avons observés sur des êtres endormis ; quelquefois même ils acquièrent un développement extraordinaire, ainsi qu'on en trouve un exemple dans le rapport précité de M. Husson, à l’Académie.
L'incrédulité empêche-t-elle la manifestation de ces phénomènes ? Je n'ai jamais de ma vie tenu compte de cette disposition morale de la part de ceux que je magnétisais. Je l'ai toujours regardée comme ridicule, car, à mon sens, nier le magnétisme équivaut à nier la lumière en plein midi.
Remarquons seulement que, dans ces cas, les effets varient un peu en intensité et en temps, parce que l'individu est éveillé, que son imagination travaille, qu'il est dans des conditions où le corps ne peut obéir avec régularité à l'action d'un agent contrarié par une volonté souvent puissante, parce qu'enfin il n'y a pas passivité, et que le magnétisme doit subir la loi de la plupart des agents de la nature, dont l'homme a, jusqu'à un certain point, la possibilité de contrarier et souvent même de paralyser les effets.

7. Effets profonds et tardifs

Est-il des êtres qui n'éprouvent absolument rien ? Je ne le pense pas car, ayant fait des expériences extrêmement nombreuses sur des gens de tous les pays et de tous les tempéraments, autant que j'ai pu le constater, quand le magnétisé assurait n'avoir rien senti, il se trouvait dans le cas d'un homme qui, ayant bu une dose de vin qui ne lui a pas troublé la raison, soutient que ce liquide ne grise pas.
Le magnétisme n'est jamais vainement introduit dans l'organisme : il y produit toujours un effet. Si vous avez affaire à un magnétisé de bonne foi et capable de bien observer, disant n'avoir rien senti ou accusant seulement quelques effets obscurs, vagues, ne le démagnétisez pas. Il arrivera en dehors de vous de l'insomnie ou un sommeil plus prononcé qu'habituellement, quelquefois aussi une exaltation de la sensibilité.
Des sécrétions abondantes et inaccoutumées viennent d'ailleurs attester l'action du magnétisme, et même sans cela le physiologiste pourrait constater un grand nombre d'effets résultant d'une cause légère en apparence. Le magnétiseur, de son côté, peut y constater l'augmentation du travail médicateur. J'ai vu ainsi apparaître presque subitement, à la suite de mes expériences, des affections de la peau qui n'attendaient, sans doute, pour se manifester, qu'un surcroît de ton, un excitant de la sensibilité.
Les Archives de la Société magnétique de Cambrai contiennent un exemple remarquable du fait que j'avance. « Je magnétisais, dit l'observateur, un enfant ; après lui avoir fait quelques passes, il s'éleva sur la partie malade des boutons qui disparurent après la séance. Il en fut ainsi pendant plusieurs jours, et cet effet ne saurait être attribué à d'autre cause qu'au magnétisme.
J'ai vu le même fait se produire sur quelques-uns des enfants que j'avais magnétisés pendant leur sommeil pour expérimenter. Mais je dois le dire, ces affections ont été toutes bénignes. La rougeole, la variole même, ont aussi apparu, et ce n'est que la répétition fréquente de ce curieux phénomène qui m'a fait y croire, quoique, dans le principe, les parents se fussent aperçus que le magnétisme avait été la cause du développement subit de ces affections et m'en eussent fait part.
Mais ce n'est pas tout, nous avons bien d'autres faits à vous révéler en poursuivant cette étude.

8. Expérimentation sur des malades

Prenant un malade au hasard, car il n'est pas encore question du traitement des maladies, mais du rôle que le magnétisme joue comme agent physique sur les malades, nous allons mettre sous vos yeux l'ensemble des phénomènes observés, comme si nous les voyions sur un seul ; plus tard nous essaierons de dire ce qui est propre à chacun d'eux.
Disons d'abord qu'il n'est pas facile de constater l'action magnétique lorsqu'elle est douce et tempérée, lorsqu'elle est exercée par un être faible, lorsque enfin on s'adresse à une maladie chronique très ancienne ou une affection aiguë très grave.

I . Dans les affections chroniques
Légère chaleur, respiration plus marquée, yeux plus animés, sentiment du bien-être inaccoutumé, pandiculations, bâillements, réveil de douleurs anciennes, calme de celles présentes, qui quelquefois s'exaltent, mais c'est le plus rarement ; besoin d'expectorer s'il y a quelque altération de la poitrine ; disposition au sommeil, envie d'uriner ; s'il y a un émonctoire, le malade y sent des picotements, de la démangeaison ; s'il y a eu fracture des membres, ou quelque solution de continuité, il peut constater en cet endroit un travail singulier, quelque chose qui lui rappelle le dérangement dont ces parties ont été le siège, et les douleurs qu'il y a endurées.
Quelquefois la peau devient moite, les extrémités brûlantes, la salive abondante ; dans d'autres cas, c'est le besoin de boire que le malade éprouve.
Quelquefois la magnétisation augmente le mal et replace l'individu dans l’état aigu ; c'est le plus favorable des symptômes.
Tout cesse bientôt, et le patient, qui avant l'opération ne ressentait aucun des symptômes que nous décrivons, retombe dans son état habituel, jusqu'à ce qu'une nouvelle magnétisation soit pratiquée.

II . Dans les affections aiguës
Ici l'analyse est difficile à faire ; les effets varient à l'infini, selon le genre de maladie, la gravité des symptômes, les remèdes déjà pris, et le moment que vous avez choisi pour agir : car le mal change souvent dans cette tourmente du corps, où rien n'est pacifique, où chaque organe participe plus ou moins, bien que dans certains cas on ne soit atteint gravement que dans un seul organe.
Mais ce que je regarde comme un des plus grands bienfaits du magnétisme, et qui sera considéré de même par la suite, c'est la propriété qu'il possède de faire cesser subitement les affections secondaires ou sympathiques. Je me hâte de le dire, car je l'ai vu tant de fois produire ce résultat, que ma conviction est entière, complète, et n'aura jamais besoin de nouvelles preuves.
Voici la description d'effets qu'on peut constater.
Si la circulation est accélérée, le pouls petit, irrégulier, la circulation se modère, le pouls devient plus plein, moins fréquent, ne fût-ce que pour un instant. La peau sèche cesse de l'être, mais pour un instant aussi. S'il y a des vomissements, ils peuvent s'arrêter ; le sommeil peut venir également lorsque le malade n'en éprouvait pas le moindre symptôme ; mais s'il n'est pas somnambulique, il cesse aussitôt que vos forces diminuent.
Je sens combien il est difficile de suivre une description semblable. Il faut, ici plus qu'ailleurs, savoir bien distinguer ce qui est le produit de la maladie et du travail médicateur naturel qui se fait dans l'organisme ; de celui de votre agent, quand les effets de ce dernier se confondent avec le tout, et sont souvent dominés par de plus puissants.
Aussi, pour plus de clarté, de précision, nous allons laisser la maladie se caractériser, et la prendre avec un nom. Dégagée de l'abstraction, notre marche sera plus assurée dans le domaine des faits.

Premier exemple. — On sait que le magnétisme a été bien rarement employé au début des maladies graves ; ce n'est jusqu'ici qu'à la fin, et lorsqu'il n'y eut plus d'espoir, qu'on essaya l'emploi de ce moyen curatif. Je n'ai moi-même que peu de fois dans ma vie pu précéder tout médecin.
Dans un cas de fièvre ataxique, où cette maladie avait parcouru toutes ses périodes, je magnétisais pour mon instruction, pour essayer ; voici ce qui arriva.
Le malade était sans connaissance ; ses membres étaient d'une roideur extrême, il était au quatorzième jour de sa maladie. Ces symptômes alarmants étaient survenus à la suite d'un délire de plusieurs jours et d'une hémorragie considérable. La langue, les dents, les lèvres étaient couvertes d'une espèce d'enduit couenneux, qui s'étendait jusque dans la gorge. La respiration était râleuse et fréquente, les yeux vitreux, et les paupières ne s'abaissaient plus. Si le besoin de boire se faisait sentir, il était de toute impossibilité de le satisfaire, à cause de l'enduit qui remplissait la bouche et l'arrière bouche. Je magnétisai ce malade sans espoir de le guérir, comme je l'ai dit, pour expérimenter. Et quel ne fut pas mon étonnement ! Ses yeux devinrent mobiles ; il reprit connaissance ; nous le vîmes mouvoir sa main, la porter à ses lèvres, arracher avec ses doigts les mucosités épaisses qui tapissaient sa bouche. Il demanda à boire, on lui en donna, et le liquide passa. Une demi-heure de magnétisation avait suffi pour produire ces phénomènes. Je ne magnétisai que cette seule fois ce malade, qui succomba trois jours après.

Deuxième exemple. — Une jeune fille, appartenant à une honnête famille, fut affectée d'une fièvre à peu près semblable. Je la vis avec son médecin, le docteur Desprez ; comme il avait déclaré qu'il n'y avait plus d'espoir, je le tourmentai pour qu'il me la laissât magnétiser ; il y consentit et les parents aussi. Le fait observé plus haut se renouvela : elle arracha les mucosités de sa bouche, elle qui un instant auparavant était sans connaissance ; elle but aussi, ce qui n'avait plus lieu depuis longtemps. Elle sentit vivement les parties sur lesquelles on avait appliqué de la moutarde et des vésicatoires, quoique auparavant ces parties fussent complètement insensibles. Je la laissai dans l'état que je viens de décrire. Mais bientôt après elle reperdit connaissance, et retomba dans l'état où je l'avais trouvée. J'y allai de nouveau, la magnétisai, et obtins le retour des heureux symptômes. Encouragé de ce succès, je ne la quittai plus, et dès le second jour on avait le plus grand espoir de la sauver par le moyen que j'employais. Elle guérit enfin.
Il y a bien longtemps de cela, je l'ai perdue de vue ; mais les parents doivent avoir, comme moi, conservé le souvenir du succès de mes heureux efforts. Quant au médecin, il était ravi, et proclamait partout que cette jeune fille me devait la vie.

Troisième exemple. —La comtesse de R... avait été atteinte d'une fièvre que ses médecins nommèrent muqueuse inflammatoire.
Depuis soixante jours au moins pas une seule garde-robe, en dépit de tous les remèdes employés ; pas un instant de sommeil, malgré toutes les compositions soporeuses.
La bouche était sèche, ulcérée, ainsi que la langue ; l'abdomen ballonné ; chaleur sèche et acre à la peau.
Je la magnétisai dans cet état. Eh bien, la nuit qui suivit, elle eut quatre heures de bon sommeil, et le matin deux selles. On la croyait sauvée, je l'espérais aussi ; mais ses médecins (ils étaient cinq), n'ayant pas été prévenus de l'essai que j'avais fait, crurent que la nature seule était cause de ce changement heureux, et voulurent l'aider. Ils administrèrent deux onces d'huile de ricin, et une tisane pour en favoriser l'effet. Le bien produit s'effaça rapidement ; cependant je la magnétisai encore deux fois, mais c'était dès lors sans espoir. Je me retirai, et cinq ou six jours après, j'appris que la malade était morte.
Je borne ici mes citations ; les multiplier serait superflu. Ces trois exemples suffisent à montrer l'évidence de l'action physique que l'agent magnétique exerce sur les malades. Passons maintenant à son action curative. Mais avant de tracer les règles de son application au traitement des maladies en général, et de chacune d'elles en particulier, il est essentiel de dire quels sont les principes qui nous dirigent, nos procédés, notre manière d'expérimenter, notre méthode enfin.

9. Méthode expérimentale de l'auteur

Lorsque le patient peut s'asseoir, nous le mettons sur un siège, et nous nous plaçons en face de lui, sans le toucher : plus tard on saura pourquoi. Nous restons debout, ou si nous nous asseyons, nous tachons toujours d'être sur un siège un peu plus élevé que le sien, de manière que les mouvements du bras que nous avons à faire ne deviennent pas trop fatigants.
Lorsque le malade est couché, nous nous tenons debout près de son lit, et l'engageons à s'approcher de nous le plus possible. Ces conditions remplies, nous nous recueillons un instant et nous considérons le malade. Lorsque nous jugeons que nous avons la tranquillité, le calme d'esprit désirable, nous portons une de nos mains, les doigts légèrement écartés et sans être tendus ni roides, vers la tête du malade ; puis, suivant à peu près une ligne droite, nous la descendons ainsi jusqu'au bassin, et répétons ces mouvements[2] d'une manière identique pendant un quart d'heure environ, en expectant avec soin les phénomènes qui se développent.
Notre pensée est active, mais n'a encore qu'un but : celui de pénétrer les parties sur lesquelles nous promenons nos extrémités (quand un bras est fatigué, il est essentiel de se servir de l'autre) de l'émission d'un fluide que nous supposons partir des centres nerveux, et suivre le trajet des conducteurs naturels, les bras, et par suite les doigts. Je dis supposons, quoique pour nous ce ne soit point une hypothèse. Notre volonté met bien évidemment en mouvement un fluide ; il se dirige et descend en suivant la direction des cordons nerveux jusqu'à l'extrémité des mains, franchit cette limite et va frapper les corps sur lesquels on le dirige.
Lorsque la volonté ne sait pas le régler, il se porte par irradiation d'un objet sur un autre qui lui convient ; dans le cas contraire, il obéit à la direction qui lui est imprimée, et produit ce que vous exigez de lui, quand toutefois ce que vous voulez est dans le domaine du possible.
Nous considérant donc comme une machine physique, et agissant en vertu des propriétés que nous possédons, nous promenons sur les trois cavités splanchniques, crâne, poitrine et abdomen, nos membres supérieurs, comme conducteurs de l'agent dont le cerveau parait être le réservoir, en ayant soin que des actes de volonté accompagnent nos mouvements.
Faisons une comparaison qui rende notre pensée plus compréhensible.
Lorsque vous avez l'intention de lever un fardeau, vous envoyez, par votre volonté, la force nécessaire à vos extrémités, et elle obéi car si elle ne s'y transportait point, vous ne pourriez rien. De même pour magnétiser.
Les effets dont le développement, plus ou moins marqué suit d'ordinaire toute magnétisation apparaissent dès lors en raison de l'énergie de notre volonté, de la force, force émise et de la durée de l'action.
Nous avons toujours l'intention que les émissions du principe soient régulières, et jamais nos bras, nos mains, ne sont en état de contraction ; ils doivent avoir toute leur souplesse pour accomplir sans fatigue leur fonction de conducteurs de l'agent.
Si les effets qui résultent ordinairement de cette pratique n'ont pas eu lieu promptement, nous nous reposons un peu, car nous avons remarqué que la machine magnétique humaine ne fournit pas d'une manière continue et selon notre volonté, la force que nous exigeons d'elle. Après cinq ou dix minutes de repos, nous recommençons les mouvements de nos mains[3] , comme précédemment, pendant un nouveau quart d'heure, et nous cessons tout à fait, pensant que le corps du patient est saturé du fluide que nous supposons avoir émis.
Cette pratique si simple, si facile à suivre, inoffensive en apparence, fournit pourtant la matière des plus grands résultats.
Pour vous la rendre plus compréhensible encore, voici, sous une autre forme, les procédés magnétiques des Puységur et Deleuze. Cet abrégé sera suffisant pour vous guider. Tout gît dans les premiers succès ; on marche ensuite résolument, lorsqu'en soi on a découvert la force cachée, cause de tous les phénomènes.

10. Catéchisme magnétologique

D. Qu'entendez-vous par magnétiser ?
R. C'est diriger sur un malade à l'endroit de son mal, ou sur les parties les plus sensibles de son corps, l'agent magnétique afin d'y occasionner de la chaleur, ou un mouvement quelconque.
D. Croyez-vous que le magnétisme puisse pénétrer dans tout le corps du malade ?
R. Oui et c'est ainsi qu'il produit de nombreux phénomènes.
D. Comment considérer ces effets ?
R. Comme une accélération du mouvement tonique et une accélération de circulation de tous les fluides.
D. Le magnétisme est donc l'art d'accélérer et de régulariser le mouvement tonique des corps de nos semblables ?
R. C'est un art et une faculté.
D. Tous les hommes sont-ils capables de l'apprendre et de l'exercer ?
R. Sans doute ; d'abord selon l'énergie de leur force et de leur volonté, et, je puis dire, de leur santé.
D. Pourquoi la volonté ?
R. C'est que les hommes ne se déterminent à faire un acte quelconque que lorsqu'ils ont la volonté de le faire.
D. C'est donc une action de magnétiser ?
R. C'est un acte aussi physique que de piler quelque chose dans un mortier, scier du bois, travailler à un métier, où à la composition d'ouvrages qui demandent de la force et de l'application, enfin comme tous les actes que quelques motifs nous inspirent la volonté de produire.
D. Si tous les hommes ont la faculté de magnétiser, comment se fait-il qu'ils ne l'aient pas plus tôt découverte en eux ?
R. Tout atteste qu'autrefois les hommes ont joui pleinement de leur puissance magnétique. Les fables, les mystères, les cérémonies religieuses des peuples anciens en laissent apercevoir des traces nombreuses ; mais probablement les formes, les procédés extérieurs pour magnétiser étouffèrent bientôt l'esprit qui les avait institués. L'usage rationnel de cette faculté une fois perdu, l'ignorance, les superstitions et le fanatisme ont constamment persécuté les hommes qui, à différentes époques, ont annoncé l'avoir recouvré.
D. Une fois persuadé que l'on a en soi la puissance magnétique, ne s'agit-il plus que d'avoir la volonté de l'exercer pour produire des effets ?
R. Oui, pour produire des effets quelconques, il ne faut pas davantage, mais pour n'en produire que de bons et jamais de nuisibles, il faut agir d'une manière constante et régulière.
D. Qu'entendez-vous par agir d'une manière constante et régulière ?
R. Une comparaison vous le fera comprendre : c'est par l'effet de l'air sur les ailes d'un moulin, que son mécanisme se meut ; que cet effet cesse ou s'affaiblisse, la meule du moulin se ralentit ou s'arrête a l'instant ; que le vent change ou devienne trop violent, le mécanisme du moulin se désorganise aussitôt. Notre action magnétique, c'est le vent qui donne ou plutôt qui accélère le mouvement tonique dans les veines d'un malade ; notre volonté, c'est ce qui donne à notre action et à l'agent magnétique sa direction convenable et nécessaire.
D. On pourrait donc faire du mal en magnétisant ?
R. Sans doute ; si l'on magnétise un malade sans intention ou sans attention, on produit des effets généraux sans but ; la nature ne reçoit aucune indication, une impression est bientôt suivie d'une impression différente, et ce n'est alors qu'une suite de désordres. Il n'est qu'une manière de magnétiser utilement, c'est de ne jamais changer ni varier la direction de sa volonté.
D. Mais, avec la volonté ferme et constante de procurer le plus de bien possible à un malade, ne pourrait-on pas quelquefois produire trop d'action sur lui ?
R. Oui ; il peut arriver un moment où votre agent tourmente avec trop de violence les organes ; il faut savoir d'abord le mettre en équilibre dans toutes les parties, puis lui ouvrir une issue.
D. Comment y parvenir ?
R. En faisant des passes jusqu'aux extrémités des pieds et en bornant la magnétisation lorsque la sensibilité exaltée est devenue générale.
D. Quoique tous les hommes aient plus ou moins la puissance magnétique, ne croyez vous point cependant que les médecins en feraient toujours usage avec plus de discernement que d'autres ?
R. Cela est vrai, seulement pour quelques cas difficiles qui seront d'ailleurs spécifiés dans ce traité ; mais, avec un peu d'expérience, tous les hommes peuvent faire du bien. Le magnétisme est l'agent de la nature ; il s'harmonise avec toutes les forces vives qui sont en nous ; il augmente l'action médicatrice qui tend sans cesse à rétablir l'équilibre dans le jeu des organes.
D. Il n'est donc pas nécessaire de connaître ni l'espèce ni la cause des maladies pour s'employer à les guérir par le magnétisme ?
R. Ce sont des connaissances que la nature semble ne pas exiger ; il parait même qu'une trop grande préoccupation de l'esprit, appliquée à la recherche des causes, détourne les forces magnétiques en suspendant par instant leur émission.
D. Vous parlez d'agent, de forces et de fluide, êtes-vous donc certain que ce ne soit pas seulement la pensée du magnétisme qui agit sur la matière ?
R. En admettant l'action d'un corps sur un autre corps, nous pensons qu'un agent d'une grande subtilité existe mais, jusqu'à présent, aucun instrument n'en a donné la preuve matérielle ; les effets ne peuvent s'expliquer sans recourir à l'hypothèse d'un agent : nous admettons l'existence d'un fluide nerveux ; mais n'importe la manière de se rendre raison des principes de toutes nos volontés et de nos actions, tout homme qui, avec l'esprit sage et le coeur compatissant, exercera sa puissance magnétique, se procurera les jouissances les plus douces qu'il soit possible de goûter car il soulagera ses semblables et produira des oeuvres supérieures à toute science d'école.
D. Quel est l'effet le plus désirable à obtenir en magnétisant ?
R. Tous les effets sont également salutaires. Un des plus satisfaisants est le somnambulisme ; mais il n'est pas plus fréquent, et les malades, sans entrer dans cet état, peuvent également guérir.
D. Ne doit-on pas toujours avoir la volonté de produire le sommeil ?
R. Non, il faut le laisser arriver de lui-même ; l'agent ayant en lui une vertu, une propriété dormitive, il la développera si la nature en a besoin.
D. A quelle indication peut-on reconnaître qu'un malade est susceptible d'entrer dans l'état somnambulique.
R. Lorsqu'on magnétisant un malade on s'aperçoit qu'il éprouve de l'engourdissement, où de légers spasmes, une légère altération des traits, et qu'il ferme les yeux, il arrive au sommeil en continuant la magnétisation.
D. Quoi ! Il n'y a pas autre chose à faire pour mettre un malade en somnambulisme ?
R. Non ; vous n'avez plus qu'à attendre du temps, car souvent il faut plusieurs opérations semblables, cette sorte de crise arrivant rarement à son terme du premier coup.
D. L'état magnétique, autrement dit le somnambulisme, exige-t-il quelques ménagements ?
R. Il faut considérer l'homme en état de somnambulisme comme l'être le plus intéressant qui existe par rapport à son magnétiseur ; c'est la confiance qu'il a eue en vous qui l'a mis dans le cas de vous en rendre maître ; ce n'est que pour son bien seul que vous pouvez jouir de votre pouvoir ; le tromper dans cet état, vouloir abuser de sa confiance, c'est faire une action malhonnête, c'est enfin agir en sens contraire à celui de son bien, d'où doit s'ensuivre, par conséquent, un effet contraire à celui que l'on a d'abord produit sur lui. L'abus du pouvoir porté un peu trop loin peut même devenir criminel, c'est pourquoi on ne doit jamais se laisser magnétiser par le premier venu.

Voici comment s'exprimait une somnambule lucide interrogée sur le magnétisme. Ne perdez pas de vue que, presque dans tous les cas, les somnambules reflètent l'opinion, la croyance de leurs magnétiseurs ; mais ici il parait y avoir une connaissance parfaite du magnétisme.
Du magnétisme. — L'homme porte en lui-même autant de fluide qu'il lui en faut pour exister mais il n'en a pas toujours assez pour le communiquer aux autres. Ce fluide est élémentaire, léger, subtil, blanchâtre. Lorsqu'il émane de notre corps, et qu'il est mû avec vivacité, il devient brillant. Les malades, lorsqu'on les magnétise, l'attirent selon leurs différents besoins.
Ce fluide est répandu dans toute la nature ; mais il n'y a que l'homme qui sache l'employer : c'est par une vertu que sa volonté met en action, et qu'un défaut d'un terme plus convenable, ou peut nommer vertu magnétique.
Il faut que le magnétiseur se recueille, qu'il soit sans distraction, uniquement occupé de lui et de la personne qu'il veut magnétiser, afin d'employer un des moyens de la nature pour agir sur elle-même. Il faut que son âme s'élève au plus haut degré de l'amour du prochain ; non parce qu'il nous a été ordonné de l'aimer, mais parce que tous les hommes étant liés par des rapports indissolubles, et le genre humain formant un corps, cet amour résulte de la nature de l'homme.
Le magnétiseur donne, par le mouvement de ses mains, plus d'essor au fluide qui émane de lui ; il agit ainsi sur le fluide de celui qu'il magnétise, et lui communique une rapidité qui, dans l'état naturel, ne lui est pas propre.
Le magnétiseur ne doit avoir d'autre but que celui de faire le bien et de soulager le souffrant. Que l'un et l'autre soient tranquilles et soumis à la Providence. Que le malade se recueille, que sa volonté reste sans action, qu'il songe à la vertu dont il attend du secours.
Pour donner le premier rapport, il faut que le magnétiseur se place vis-à-vis de la personne magnétisée, qu'il tienne les mains sur les épaules, qu'il les glisse le long des bras, et les y maintienne pendant quelques instants, pour que le fluide circule de l'un à l'autre et se mette en harmonie.
Le magnétiseur doit avoir soin de sa conservation, de ses forces, et maintenir son âme dans une assiette tranquille. Le magnétisme convient à presque tous les êtres souffrants ; mais ses effets sont plus salutaires et plus prompts dans les uns que dans les autres.
On peut agir sur des personnes éloignées ; mais cet effet n'est possible qu'autant qu'il y a eu préalablement un rapport fortement établi par une action immédiate.
Souvent pendant la cure magnétique se manifestent des maux qui, sans le magnétisme, se seraient développés plus tard, et auxquels il peut remédier. Si le magnétiseur connaît le genre de maladie, il dirigera le magnétisme sur la partie affectée ; s'il ne la connaît pas d'abord, le magnétisé la lui indiquera bientôt, parce qu'il ne manquera pas d'éprouver quelques sensations à l'endroit ou siège le mal.
Il est impossible de donner des règles fixes sur la manière dont on doit magnétiser : elle dépend des circonstances et du genre de maladie ; mais il importe de distribuer le fluide dans tout le corps, pour y occasionner une circulation prompte et égale.

11. Applications thérapeutiques

Ici je dois m'étendre davantage, car le but de cet ouvrage n'est pas seulement d'établir matériellement la preuve que notre agent physique est la cause réelle des guérisons qui se produisent, mais encore d'enseigner les moyens, la manière de faire plus que nos prédécesseurs. Ce n'est point un vain orgueil qui me fait parler ainsi, aucune science ne reste stationnaire. On ajoutera bientôt à ce que nous aurons pu découvrir ; mais nous sommes plus habiles que les magnétiseurs dont tout à l’heure nous avons exposé la méthode.
Mon désir est d'éclairer en même temps ceux qui veulent se livrer à la pratique du magnétisme et ceux qui, tout en s'y livrant, manquent cependant des connaissances nécessaires.
Pour y parvenir, je crois que la seule marche rationnelle est de dire ce que j'ai observé dans les maladies que j'ai eu à traiter. De cette manière, ceux qui voudront m'imiter, vérifier ce que j'avance, seront convaincus, par leur propre expérience, des résultats thérapeutiques qui suivent forcément toute magnétisation régulière. Ils apprendront en même temps et la règle et l'emploi, l'action et son résultat. Leur jugement s'exercera sur la cause, le but et les moyens, comme leur opinion se formera sur l'ensemble ; je n'ai pas cru devoir suivre une autre marche. D'ailleurs les effets les plus simples se présentant à l'observation avec les plus compliqués, j'ai suivi la nature.

12. Considérations générales

Nous avons prouvé jusqu'à la dernière évidence la réalité de phénomènes résultats d'une force physique, existant en nous-mêmes, force qui est à notre disposition, et qui, par des actes de volonté, franchit notre enveloppe, non par jet continu, mais par sorte d'ondes successives, d'émissions que la volonté rend plus ou moins abondantes, selon l'énergie du vouloir et la perfection des instruments qui servent à la transmission.
Chaque être possède cette force. Les enfants en ont même une quantité suffisante pour agir sur des hommes faits ou sur des animaux.
La nature, en cela, n'a point accordé de privilège : c'est une loi.
Pour développer des phénomènes et opérer quelques guérisons, nous avons déjà dit qu'il n'est pas nécessaire de connaître la nature du magnétisme. Ce n'est que lorsqu'on veut avancer dans l'étude de la science, cesser d'être machine magnétisante, et obtenir des effets physiques et moraux qui sortent de la ligne commune, que de nouvelles connaissances sont nécessaires. Le commençant peut s'en passer. Tous les hommes n'ont pas la capacité de les bien saisir, et des connaissances imparfaites ne sont propres qu'à jeter le trouble dans les idées des magnétiseurs et des personnes qu'ils magnétiseront. Il y a un noviciat à faire, et il doit durer un certain temps.
Il y a donc deux sciences dans le magnétisme ? — Non. Il y a un art et une science seulement. Les médecins devraient posséder la science, et des hommes sains, bien disposés de coeur et d'âme, ayant suffisamment de sensibilité pour être émus à la vue des souffrances d'autrui, devraient exercer seulement l'art de magnétiser, c'est-à-dire avoir une méthode régulière, sans laquelle aucune application rationnelle de la force magnétique dont ils disposent ne peut avoir lieu.
Cette force étant utile aux malades, ils pourraient en disposer selon les intentions du médecin et les indications que ses connaissances spéciales lui permettraient de donner, c'est-à-dire, pour être mieux compris, qu'il devrait y avoir un artiste pour tracer le plan, et un ouvrier qui exécutât les travaux, en fournissant les matériaux nécessaires : l'un, le génie, qui conçoit une chose ; l'autre, l'habileté, qui l'exécute.
En voici les motifs.
Il se présente des cas difficiles où l'observation de toute une vie suffit à peine pour trouver les moyens de lever les obstacles que la nature et la maladie opposent à nos efforts. Il faut quelquefois forcer la nature à revenir sur ses desseins, et à reprendre en sous-oeuvre son premier ouvrage. Cela ne se peut faire sans une connaissance profonde de l'organisation humaine, des lois qui président au développement des êtres, de la marche ordinaire des maladies, et enfin des propriétés nouvelles dont peut se revêtir l'agent magnétique, lorsqu'une pensée créatrice a dit : Je veux que ceci s'accomplisse.
Mais ici tout est rempli de mystères, et dans ce manuel nous n'en voulons approfondir aucun. Le magnétisme, c'est-à-dire l'agent ainsi nommé, ayant par lui-même des propriétés thérapeutiques par excellence, pouvant, par conséquent, guérir un grand nombre de maladies sans que celui qui l'applique ait besoin de sortir de son rôle d'instrument de magnétisation, c'est à ceux qui voudraient s'avancer dans cette connaissance à lire d'autres écrits, et à chercher des vérités d'un ordre moral qui seraient ici mal placées.
Dès que la force magnétique, en cela semblable aux autres agents de la nature, a pénétré dans une organisation saine ou maladive, elle y développe une série de phénomènes appréciables. Comme telle, son application exige une direction méthodique.
Il faut savoir la doser, connaître le moment précis d'agir et celui où l'on doit s'arrêter.
Malheureusement, aucun auteur jusqu'ici n'a tracé de règles certaines. On a magnétisé sans s'informer en rien si le moment était opportun, et la durée de la magnétisation a été, non pas selon le besoin du malade, mais suivant le caprice du magnétiseur.
Nous allons essayer de remplir cette lacune, en prévenant toutefois que nous sommes loin de connaître toutes les conditions nécessaires.
L'art de magnétiser se perfectionnera avec le temps mais, en attendant voici ce que nous tenons de l'observation.
Dans toutes les maladies accompagnées de paroxysme ou de redoublement, et elles sont nombreuses, l’application du magnétisme doit précéder l'accès.
Dans les fièvres intermittentes, par exemple, il faut que la magnétisation précède de deux heures au moins l'accès fébrile, et dans les cas où vous n'avez que de courts instants, il faut profiter du peu, de temps qui vous est laissé.
Soyez assuré que dans ces cas vous ne ferez que peu de chose si vous attendez que le trouble ait pris tout son développement. Dans cet état il n'est laissé que peu de prise au magnétisme, car l'activité qui existe dans la circulation est un obstacle à vos efforts. Au lieu que si cette effervescence ne fait que se préparer, où bien que les matériaux de la fièvre soient en repos, vous en dérangez, à coup sûr, les dispositions, les combinaisons, si je puis dire. Vous avancez ou retardez l'invasion. Ce premier pas fait, vous êtes bientôt maître du mal.
Dans la plupart des affections nerveuses, et surtout dans l’épilepsie, l'hystérie, la catalepsie, etc., ou vous n'êtes pas prévenu de l'arrivée des accès, il faut les faire apparaître, et vous le pouvez dans beaucoup de circonstances, comme je vous l'indiquerai tout à l’heure.
Dans toutes les affections où, par des causes naturelles ou maladives, la sensibilité est vivement excitée par le magnétisme, c'est par dose infiniment petite que vous devez procéder ; je n'excepte qu'un cas, celui où le malade lui-même, en somnambulisme, vous engage à poursuivre. J'ai vu quelques malades se plaindre, avec raison, de l'inhabileté de leurs magnétiseurs, qui, de bonne foi, croyaient bien faire, mais agissaient trop.
Dans les cas désespérés, ne craignez rien, marchez ; la vie s'en va, donnez des forces ; cinq, six heures de magnétisation, si vous le pouvez. Reposez-vous, recommencez ensuite ; de cette manière, des crises salutaires, bien au-dessus des ressources de la nature seule, se produiront sous vos efforts, et la vie que vous aurez versée rattachera au corps du moribond celle qui, effrayée des désordres qu'elle s'était en vain efforcée de détruire, abandonnait la lutte, et quittait le domicile qu'un feu intérieur minait sourdement et qui menaçait ruine.
Dans toutes les maladies passées à l'état chronique, une heure de magnétisation suffit pour un laps de temps d’au moins dix heures. Ordinairement on laisse vingt-quatre heures, et l'observation prouve que cela suffit ; mais eu laissant moins d'intervalle, le travail médicateur est plus sensible et la guérison plus prompte.
Dans les affections scrofuleuses et lymphatiques, vous ne pouvez craindre de trop magnétiser ; c'est un terrain froid qu'il faut échauffer, et lorsqu'il y a des désordres tels que tumeurs blanches, engorgement des glandes, etc., etc., vous ne ferez rien avec quelques minutes de magnétisation ; c'est par mois qu'il faut compter, et avoir une constance à toute épreuve.
Dans les suppressions de règles, il faut magnétiser trois ou quatre jours avant l'époque naturelle que les femmes pressentent et savent fort bien indiquer, et, dans le cas de non succès, recommencer le mois suivant.
Dans tous les cas de maladie que vous aurez à traiter chez les femmes, le flux menstruel ne doit pas empêcher la continuation du traitement. Ceux qui ont écrit le contraire étaient dans l'erreur ; souvent même la nature attend cette époque et profile de ce véhicule pour rejeter des matériaux viciés, que sans les efforts que vous avez ajoutés aux siens, elle n'aurait pu expulser par cette voie.
Les hémorragies doivent seules vous effrayer ; vous ne devez agir qu'en tâtonnant.
La vacuité prolongée de l'estomac, comme sa trop grande plénitude, sans empêcher l'action, est défavorable à la manifestation ostensible des effets.

13. Comment magnétiser dans les maladies aiguës ?

Vos efforts de volonté doivent être puissants, prolongés, pour être efficaces. Il faut diriger votre action sur l'abdomen ; ne magnétiser le cerveau et la poitrine que secondairement tenir votre main sur ou en face de l'estomac le plus que vous pourrez. Cherchez, si vous avez des connaissances en médecine, l'organe principalement affecté, et dirigez vos doigts en pointe sur sa surface lorsque vous l'aurez découvert.
Une magnétisation fait ordinairement peu de chose dans les cas extrêmes ; ce n'est que dans le commencement qu'on peut les enrayer en changeant les symptômes par quelques heures de magnétisation. Mais maintenant que vous voulez voir plus que des effets curieux, il vous faut prolonger, répéter même à de courts intervalles, l'emploi du magnétisme. Soyez certain que, quelle que soit la gravité du mal, si une crise est possible, elle aura lieu, et si la nature a cherché à la produire et n'y est point parvenue, aidée de vous, elle cherchera de nouveau à se débarrasser de ce qui l'opprime.
N'attendez pas qu'il y ait gangrène des intestins, que des organes soient détruits ou altérés profondément dans les tissus qui les constituent : le mal ainsi fait est irréparable.
Les exemples qui suivent sont destinés à vous servir de guides, dans des cas analogues.
Dans l'impossibilité d'énumérer toutes les infirmités humaines dans un aussi petit écrit, j'ai choisi des maladies dont le traitement peut, jusqu'à certain point, être pris pour type d'affections analogues.

I. Rougeole, scarlatine, variole
Dans ces affections si nombreuses, et qui ont quelquefois une terminaison si funeste, vous pouvez obtenir des résultats qui dépasseront vos prévisions.
Lorsque la marche de ces affections languit, lorsque les éruptions se font attendre, ou que, s'étant montrées, elles semblent rétrograder au lieu d'avancer, c'est là surtout que vous constaterez l'efficacité du magnétisme.
Ne craignez pas la fièvre, ni la chaleur qui pourront se manifester ; elles ne sont que le résultat du travail qui se fait par vos efforts et de l'augmentation du mouvement nécessaire.
Dans ces cas, votre magnétisation est simple ; elle doit être générale et de courte durée ; quinze ou vingt minutes pour chaque fois et cette application ne dérange en rien le traitement judicieux qu'un médecin aura indiqué ou suivi dans pareil cas.
Même marche à suivre dans les maladies dites éruptives, fièvre miliaire, etc.

II. Inflammation du cerveau
Ce que vous pouvez faire dans ces cas graves est encore immense. Votre action diminue, si elle ne neutralise complètement, l'arrivée des fluides que l'irritation appelle de toutes parts.
Passes à grands courants, jusqu'aux pieds, en suivant la ligne médiane.
Placez une main à plat sur le front, frictionnez légèrement les arcades sourcilières, puis terminez votre magnétisation par des passes sur les jambes.
La paralysie, l'absence de la parole, la rigidité des membres, et même, dans certains cas, les convulsions, ne doivent point vous empêcher de tenter la guérison. Ne sauveriez vous qu'un malade sur six, vous le pouvez : n'est-ce pas un résultat qui doit vous encourager ?
Dans ce groupe sont comprises : la méningite, l’encéphalite, l’apoplexie, les différents degrés de congestion cérébrale ou coup de sang.

III. Phlegmasies du tube digestif
Cette dénomination comprend : la gastrite, la duodénite, l’entérite, la gastro-entérite, la diarrhée aiguë et la dysenterie.
Des frictions magnétiques, c'est-à-dire votre main promenée légèrement de place en place et lentement sur le ventre, diminueront les ténesmes et les coliques, et pourront empêcher le développement d'une maladie qui mène souvent et rapidement à la mort.
Revenez souvent à ces procédés, ne quittez pas le malade qu'il ne soit mieux. Vous verrez peut-être survenir le sommeil
magnétique, dans une intermittence des douleurs.
Appliquez votre main, parfois, sur la région de la vessie mais que les pressions soient légères. Touchez aussi les reins en descendant jusqu'au sacrum.
Pour vous montrer que le magnétisme n'est point le patrimoine exclusif de quelques individus, mais qu'il appartient à tous, je prendrai quelques exemples en dehors de ma pratique. Ils justifient mes opinions, et montrent, jusqu'à la dernière évidence, que l'agent magnétique a des propriétés thérapeutiques qui lui appartiennent en propre, et, par conséquent, indépendantes de la croyance du magnétiseur et de sa foi.
Le fait suivant est extrait d'un ouvrage ayant pour titre : De la gastrite, par le docteur Bésuchet.
« Pendant l'hiver de 1830, madame F..., jeune femme de vingt-quatre ans, fut prise d'une maladie inflammatoire des plus intenses. Tous les viscères du ventre étaient le siège d'une phlegmasie portée au degré le plus violent qui se puisse voir. Bientôt les fâcheux 20 symptômes qui caractérisaient son état se compliquèrent de violentes douleurs de tête, qui furent suivies d'une congestion cérébrale des plus graves.
Madame F... était d'un tempérament sanguin très prononcé, vive, impatiente à l'excès, et d'un caractère, par conséquent, très irritable ; je n'ai pas besoin de dire que la médecine la plus active fut employée par moi dès le début de la maladie, mais malheureusement sans aucun succès ; les saignées réitérées, les applications nombreuses de sangsues, les bains, etc., etc., tout fut inutile, ou du moins ne parvint point à entraver la marche de la maladie. M. le professeur Fouquier, appelé en consultation, joignit ses efforts aux miens ; mais des vésicatoires aux cuisses, qu'il proposa, furent obstinément repoussés par la malade ; il ne paraissait plus possible de tenter de nouvelles saignées, à cause de l'état de faiblesse où se trouvait la malade. Nous jugeâmes le cas tellement grave, que nous annonçâmes à la famille que nous prévoyions une catastrophe comme infiniment probable et prochaine. Je voyais la malade trois fois par jour ; elle déclinait sensiblement, et dans les derniers jours, on accourait souvent en toute hâte chez moi, me priant d'y aller bien vite, car on croyait à tout instant qu'elle allait périr.
Un soir qu'elle était extrêmement mal, je voulus la voir une dernière fois avant de rentrer chez moi ; il était entre dix et onze heures, la journée avait été mauvaise ; toute la famille, épuisée de fatigue, prenait un peu de repos ; la garde même, luttant contre le sommeil, veillait à moitié sur son siège. Ma venue ne dérangea personne, et je m'approchai de ma malade, qui était sans mouvement ; je m'assis en silence à côté d'elle, et contemplai quelques instants cette intéressante femme, dont la mort semblait, déjà s'emparer. Sa belle figure était à peine éclairée par la lueur d'une bougie qui finissait : c'était le calme précurseur du néant. La malade fit un léger mouvement ; je lui pris la main et lui fis connaître que j'étais près d'elle ; elle me reconnut, mais ne me parla pas. Il me vint tout à coup la pensée de la magnétiser ; je ne sais eu vérité comment cette idée me vint, car il y avait bien deux ans que je n'avais eu occasion de renouveler des expériences magnétiques, et je n'aurais certes point songé à proposer un pareil moyen dans de telles circonstances. Enfin, je magnétisai, je puis bien dire, en présence de Dieu seul, car la garde, contente de me savoir là, s'abandonnait au sommeil en toute sûreté de conscience, et ma malade, coup sûr, n'était guère en état de s'occuper de ce que je faisais. Je magnétisai donc, et je magnétisai avec cette confiance résolue que donne une bonne intention. Vingt minutes environ s'écoulèrent pendant lesquelles le silence le plus profond régnait dans l'appartement ; je n'avais certes pas envie de le rompre ; j'avais trop peur, en cherchant à interroger ma malade, de détruire l'espoir que je commençais à prendre en voyant un calme bienfaisant s'emparer d'elle peu à peu. Je continuai jusqu'à ce que la fatigue me contraignit à m'arrêter pour reposer un peu mes bras ; alors je remarquai que la malade était comme inondée par une sueur abondante qui couvrait son visage et sa poitrine ; mais, craignant de me tromper à cause de l'obscurité qui nous enveloppait presque, je portai la main sur son front ; aussitôt elle me dit d'une voix à peine articulée : « Mon Dieu! Quel bien, vous me faites ... » Puis un peu après : « Que faites-vous donc qui me fait tant de bien ? » J'avoue que ces paroles et la manière dont elles furent prononcées produisirent sur moi un sentiment indéfinissable de plaisir ; je lui répondis : « Ne vous occupez d'aucune autre chose que de vous rétablir ; vous avez une transpiration qui vous sera salutaire ; on va vous changer de linge, et la nuit sera bonne, j'espère. » Tout de suite je réveillai la garde, qui se mit en devoir de donner à sa malade les soins dont elle avait besoin, et je me retirai, l'esprit fort occupé de ce qui venait de se passer.
Le lendemain de très bonne heure je courus chez la malade ; je la trouvai sensiblement mieux ; elle n'avait qu'un souvenir très confus de l'état où elle s'était trouvée la veille : seulement elle se souvenait m'avoir vu pendant la nuit, et que je lui avais donné ou fait quelque chose qui lui avait fait beaucoup de tien. « Alors, lui dis-je, vous voulez bien que je continue ? — Oh ! Sans doute, » répondit-elle.
J'étais un peu contrarié de magnétiser en présence d'un tiers, et j'avoue que je regrettais de ne pas me trouver, sous ce rapport, dans les mêmes conditions que la veille. Il y a dans le magnétisme quelque chose d'intellectuel qui fait qu'on a presque honte de le prodiguer en présence de gens qui ne le comprennent pas, et d'ailleurs je me souciais fort peu que cette garde-malade allât rapporter de maison en maison que je traitais mes malades par le magnétisme[4] . Cependant le désir de sauver ma malade l'emporta sur la puérile considération de ce qu'on pourrait dire de moi. Je magnétisai de nouveau en présence de la garde, tout ébahie ; la malade ne tarda pas à entrer dans l'état de somnambulisme complet ; quelques instants après, je l'interrogeai ; elle m'assura que je lui avais sauvé la vie, mais me dit qu'il fallait que je fisse une nouvelle saignée. J'eus beau lui faire observer qu'elle était extrêmement faible, que je craignais d'interrompre la crise salutaire qui semblait vouloir s'opérer, elle n'en persista pas moins dans l'opinion qu'il lui fallait une saignée.
Réveillée, elle n'eut aucune connaissance de ce qu'elle m'avait dit ; elle me confirma seulement qu'elle se sentait beaucoup mieux ; elle connaissait par ouï-dire le magnétisme, mais ne l'avait jamais vu pratiquer. Cependant je n'osai pas saigner le soir, profitant d'un moment où il n'y avait point d'importuns, nous fîmes une nouvelle séance, et de nouveau ma malade se prescrivit une saignée, en me faisant des reproches sur ce que je n'avais point encore exécuté sa prescription. La journée s'était assez bien passée, mais la douleur de tête persistait avec beaucoup d'intensité. Je me décidai donc à faire la saignée le soir même ; le lendemain, la malade fut si bien, que chacun, autour d'elle, s'étonnait d'un changement aussi prompt et aussi complet.
A partir de ce moment, rien n'arrêta le progrès de la convalescence, ainsi que le retour à une santé parfaite, et madame F..., que j'ai depuis perdue de vue, si elle a oublié le médecin, doit garder au moins quelque bon souvenir du magnétisme.
Il y a des milliers de faits semblables. Ils sont tous réels, authentiques, consignés, pour la plupart, dans les divers écrits des magnétiseurs ; je ne veux pas en grossir ce volume.

IV. Fièvres essentielles
Cette partie compliquée de la pathologie embrasse les fièvres continues, intermittentes et rémittentes, désignées sous les noms aussi nombreux qu'incompréhensibles de : graves, essentielles, inflammatoires, bilieuses, muqueuses, adynamiques, ataxiques, typhoïdes, putrides, malignes, pernicieuses, hectiques, etc., etc. J'abrège cette nomenclature ennuyeuse.
Ici les indications varient selon l'intensité et le siège du mal. La marche du magnétisme est obscure ; le trouble général ne permet pas de distinguer clairement les effets résultant de votre action. Ce n'est que par une saturation que l'on pourrait appeler expérimentale que l'on doit procéder. Il faut chercher l'organe qui répond le plus vite à l'appel que vous lui faites.
La force médicatrice est presque anéantie. Espérez pourtant, car il suffit que l'action d'un seul organe se régularise pour que bientôt, de proche en proche, vous apaisiez le tumulte des forces qui se combattent. Rappelez-vous surtout que la force vitale que vous donnez n'est point viciée ; qu'elle secourt celle du patient en chassant devant elle les matériaux putrides. Etablissez des courants de la tête aux pieds ; mais aussitôt que vous vous sentez affaibli, prenez du repos à l'air, car, lorsque vous n'avez plus la force, vous absorbez à votre tour les miasmes délétères dont votre action a augmenté considérablement l'expansion.
Pénétrez-vous de ce que j'ai dit des cas désespérés, des fièvres intermittentes, plus haut, à l'article Règles générales ; méditez les exemples que j'ai cités au commencement de cet ouvrage, sur l'action du magnétisme dans les maladies aiguës, et si vous voulez en savoir davantage, consultez les faits relatés dans mes autres écrits, vous y trouverez des analogies qui pourront vous guider dans les cas graves qui se présenteront à votre observation.

V. Choléra
Le docteur Foissac, page 531 de son Rapport, en cite les cas suivants :
1° M. le docteur Douin, sujet depuis dix ans à une névralgie atroce, qui le forçait à prendre soixante-dix grains d'opium par jour, était depuis trente-six heures en proie à toutes les horreurs du choléra bleu. Je me joignis, pour le traitement, à MM. Louyer-Villermay et Piron, ses médecins. Afin de combattre des vomissements verdâtres, accompagnés de vives angoisses à la région épigastrique, je choisis ce moment pour magnétiser le malade. Il ne pouvait assez se louer de cette salutaire influence : « Combien votre main me soulage ! disait-il partout où elle se porte, toute douleur disparaît, j'éprouve un bien-être inexprimable. »
2° M. le comte de Mont..., témoin, dans son enfance, des merveilles de Buzancy, fut frappé d'une attaque de choléra portée à un très haut degré, dans la nuit du 13 au 14 avril. Je ne négligeai aucun des moyens que la médecine conseillait en pareil cas ; mais j'espérais surtout dans le magnétisme, que j'employai tantôt en frictionnant les membres avec la main pour y rappeler la chaleur, tantôt en faisant des insufflations sur la région du 23 coeur pour y ranimer la vitalité de cet organe. Enfin, après plusieurs heures d'angoisses et de souffrances, tout danger disparut, et le lendemain M. Fouquier, appelé en consultation, déclara qu'il venait d'assister à une convalescence. Cette convalescence fut longue, sans doute, mais une demi-heure de magnétisme par jour en abrégea de beaucoup la durée, et M. le comte de Mont... recouvra une santé parfaite.
3° Je fus appelé, le 14 juillet, pour une jeune fille âgée de onze ans, qui venait d'être prise du choléra. En quelques minutes le pouls avait cessé de battre ; la peau était d'un froid glacial et offrait cette coloration bleuâtre qui caractérisait les cas les plus graves ; les vomissements elles garde-robes se succédaient sans interruption : de toutes les souffrances, la plus insupportable était une soif inextinguible. Aux sangsues, à la glace et aux excitants extérieurs, je joignis un magnétisme de tous les instants, tantôt en réchauffant les mains de la malade dans les miennes, tantôt en frictionnant doucement la région du coeur et de l'estomac. Au bout de douze heures, un peu de vie revint aux extrémités ; les vomissements se calmèrent, et la circulation se rétablit. Le soir, un hoquet ayant paru, j'exécutai quelques passes, et immédiatement le hoquet se dissipa. Cette maladie, qui avait fait craindre pendant deux jours les suites les plus fâcheuses, guérit presque sans convalescence.
Pour éviter une répétition, je passe outre sur les résultats que j'ai obtenus lorsque cette cruelle épidémie sévit à Paris, renvoyant ceux qui sont vraiment désireux de s'instruire à la relation que j'ai consignée dans mon Essai sur l'enseignement philosophique du magnétisme.
L'action magnétique doit être longtemps soutenue et porter principalement sur l'estomac et les intestins.
L'analogie des symptômes qu'offrent les typhus, fièvre des camps, fièvre jaune, me fait penser qu'elles pourraient être heureusement influencées de la même manière ; mais c'est seulement une opinion que je soumets à l'observation de ceux qui sont témoins des ravages de ces fléaux, s'ils veulent bien expérimenter.

VI. Rhumatismes
Dans ces affections si douloureuses, si communes, si faciles à reconnaître, le magnétisme, plus que tout autre remède, est appelé à rendre d'éminents services. Déjà des cures nombreuses ont eu lieu là où la médecine avait échoué complètement.
La fièvre ne doit point empêcher ou retarder l'emploi du magnétisme. L'exaspération de la douleur est souvent apaisée subitement ; mais il est certains cas où le magnétisme la fait naître ; alors elle n'est que critique, et annonce que les matériaux, cause de la maladie, vont changer de lieu, ce qui est un symptôme favorable. Quand ces affections sont héréditaires, elles reparaissent. Mais si vous avez le bonheur de les atteindre par votre action, les crises sont alors moins fréquentes, comme aussi moins douloureuses, et cèdent plus promptement à l'emploi du magnétisme.
Le rapport magnétique établi par une magnétisation de cinq à dix minutes, vous dirigez vos doigts en pointe dans la direction des nerfs qui sont affectés ou sur l'articulation qui est le siège de la maladie, et vous descendez vos mains lentement, comme si vous vouliez attirer quelque chose vers les extrémités. Vous reprenez ensuite une magnétisation générale pour revenir encore au siège de la maladie. Et surtout ne craignez nullement, je vous le répète, les douleurs que vous aurez ainsi fait naître.
Tout ceci est applicable aux rhumatismes musculaire et articulaire, qu'elle qu'en soit l'acuité.
On peut, dans ces maladies, constater les phénomènes physiques les plus curieux. De loin, on peut, en dirigeant un doigt sur une partie douloureuse, y développer une sensibilité si prodigieuse, qu'un corps quelconque placé entre vous et le malade ne pourra l'empêcher de vous sentir.

VII. Hernies
L'observation suivante est due au docteur Baudot ; c'est son début magnétique : Une femme de trente-quatre ans, chez laquelle on pouvait reconnaître deux hernies, l'une crurale, de la grosseur d'un oeuf de poule, et qui me parut étranglée ; l'autre ombilicale, du volume du poing, et à laquelle j'attribuai les symptômes suivants, présentés en outre par la malade : pouls à peine sensible, pâleur de la face, froid aux extrémités, efforts pour vomir et vomissements jusqu'à défaillance ; la veille, cette dame avait déjà eu plusieurs vomissements, dont la matière offrait quelques stries de sang.
Dans cet état déplorable, cette dame fut magnétisée environ trois quarts d'heure : un doux sommeil se déclara pendant ce temps ; réveillée, les vomissements ne reparurent plus, les hernies étaient rentrées. La malade accusait seulement de la pesanteur dans les bras ; du reste, tout présentait l'équilibre le plus satisfaisant. Le lendemain, son bien-être se confirma ; elle m'assura qu'elle ne ressentait plus rien de sa cruelle maladie, etc.
...Je vois que cette cure a produit sur moi une profonde impression. Le doute après un tel fait paraîtrait qu'un aveugle pyrrhonisme et en conserver, c'est afficher le mépris le plus formel pour l'expérience, mère de toutes nos vérités. Baudot, D-M. P.
Voici un fait plus récent, et que nous avons imprimé dans le Journal du magnétisme, in-8, t. 3, page 433 : A Monsieur Hébert de Garnay. Voici, mon cher ami, une observation curieuse.
M. du Potet nous disait un jour : « Je suis sûr que le magnétisme réduirait des hernies étranglées. » Moi qui étais fort (songez ! un prosecteur d'anatomie, c'est fort par nature, par prédestination) ; donc, moi très fort, j'ouvre de grands yeux, et me permets de sourire in petto, et de douter de toute la force de ma compréhension, et même je pardonne majestueusement cet excès mesmérien, en disant : il a oublié son anatomie. Mais, mon cher, voici qui vient de me corriger pour l'avenir.
Un de mes parents, Edme Flogny, âgé de cinquante-six ans, demeurant à Mérey (Yonne), portait une hernie depuis trente ans, sans jamais avoir été incommodé, bien qu'il n'eût pas de bandage. Il y a quinze jours, ce brave homme s'occupait à ramasser des débris de chaume jetés à terre par les ouvriers qui découvraient sa maison, occupation qui le tint continuellement courbé, les génitoires pendants.
Probablement l'anse intestinale ordinaire entraîna une portion voisine, qui distendit le sac herniaire hors de coutume, et de la inflammation.
A minuit on vint me chercher. Je trouve le malade pâle, respirant à peine ; point de selles, vomissements fréquents. S'il m'eût été permis de me tromper sur le faciès, j'eusse pensé au choléra : songez ! Nous étions en pleine épidémie ! Je vais pour examiner l'abdomen, le malade s'y oppose. « Que diable, lui dis-je, vous n'êtes pas une femme ! »
Je le découvre de force et j'aperçois une tumeur énorme (15 cent. de long, 20 de circonférence).
« Mais c'est une hernie ! M’écriai-je ; que ne le disiez-vous donc tout de suite ?
— Oh ! Cousin, voyez-vous, ça se cache, ces infirmités-là ! »
Et j'eus toutes les peines du monde à lui faire comprendre que cette infirmité était très commune à notre époque, et qu'il n'y avait rien de déshonorant pour lui.
Enfin j'examine les vomissements. Déjà des matières stercorales ! Je tente le taxis, une, deux, trois fois ; point de succès. Et certes je fus à assez bonne école pour dire qu'alors il n'y avait plus d'espoir que dans le bistouri. J'envoie chercher un confrère immédiatement, pour procéder à l'opération. Les accidents se succédaient d’une manière effrayante. Il était quatre heures du matin ; j'attendais.
Tout à coup une idée lumineuse, fatidique se lève en mon cerveau : le dire de M. du Potet. — Voici ma main sur la tumeur, sans mouvement, sans pression, simplement appliquée. Notez bien ceci, c'est important.
Cinq minutes, dix minutes, un quart d’heure, c'est long en magnétisme, dans une semblable perplexité. — Rien. — Vingt minutes, vingt-cinq minutes ; mon homme se tourmentait..., et rien. Les vomissements avaient cessé, et les coliques se calmaient…
Soudain la sueur me monte au front : « toutes mes phrènes, métaphrènes et diaphragmes étaient tendus et suspendus pour incornifistibuler dans la gibecière de mon entendement[5] » ce qui venait de se passer.
Je venais de sentir un mouvement vermiculaire comme celui d'un scrotum refroidi, puis quelque chose me glisser sous la main très doucement : c'était l'anse intestinale qui faisait des siennes, et se permettait de rentrer honnêtement en son logis. « Ça y est ! » me crie le malade et immédiatement une selle ronflante, qu'il ne peut retenir inonde son lit.
J'étais atterré. Je ne puis m'empêcher de rire dans mon escient en relatant ce fait ; ma surprise était épouvantable... Je tiens à mon expression. « Rentrée ? Fis-je avec un profond soupir ; il aura donc toujours raison, ce vieux sorcier de magicien. » Je tiens encore à mon expression, pour faire comprendre combien j'étais désappointé, moi qui tenais tout à l'heure une magnifique opération, et avais été assez innocent pour me faire un puff. J'étais pétrifié. Mais comment, diable ! Le magnétisme a-t-il réduit cette hernie ?
Je croyais pourtant la chirurgie à l'abri des attaques de Mesmer... Et me voici me remémorant toute l'histoire des hernies. Je me souviens qu'un interne de l'Hôtel Dieu, ayant éthérisé un malade pour une dernière tentative de taxis, sentit l'intestin rentrer comme de lui-même à la première pression, et qu'il expliquait ce fait par le relâchement des tissus blanc dont l'anneau est formé. Le magnétisme aurait donc relâché les ligaments : ce n'est pas la première fois qu'il se recentre avec l'éther. Mais comment l'intestin est-il rentré tout seul, sans pression ? Il est de fait médical qu'un purgatif violent a déterminé seul la rentrée des hernies ; or que faisait là ce purgatif ? Il éveillait tout bonnement le mouvement péristaltique, et l'anse emprisonnée revenait à la liberté. Voici mon affaire : le magnétisme, endormeur par excellence, a changé de rôle : il a éveillé, tonifié, revivifié.
D'un côté, il relâchait les ligaments ; de l'autre, il rappelait à sa place l'intestin descendu.
D'une pierre deux coups : j'éthérisais et purgeais, et cela simplice manu.
Mais, du reste, pensai-je, il n'en pouvait être autrement. Nous guérissons le tétanos ; la hernie est admise comme un tétanos partiel : donc... Et voici que mon prodige devenait simple comme tisane de violette.
Cette observation est très sérieuse ; nous en comptons bien peu, que je sache ; mais impossible de vous la donner en d'autres termes, mon cher : elle perdrait son naturel. La médecine et la chirurgie battues par le magnétisme, sous la même cape, c'est admirable ! Rien de drôle comme ma physionomie d'alors : mon doute puni, mon petit amour propre vexé, c'était curieux !
A donc, mon cher ami, réhabilitez-moi auprès du maître, dont le coeur fut toujours si débonnaire envers moi ; je m'incline à tout jamais devant sa prodigieuse expérience, avec parfaite contrition.
La Bible l'a bien dit : In antiquis est sapientia, et multo tempore patientia[6] .
Tout à vous, de coeur. »
E.-V. Léger.

VIII. Maladies de la vessie
J'habitais, nous écrit le docteur B..., une ville de province, lorsque je fus appelé pour donner des soins à une jeune fille âgée d'environ vingt ans, forte, et d'un tempérament sanguin bien prononcé. Elle se trouvait alors en qualité de domestique chez un de mes parents ; j'appris de cette malade que depuis environ quatre mois ses règles s'étaient en partie arrêtées à la suite de l'imprudence qu'elle avait commise de se mettre les pieds dans l'eau froide à l'époque menstruelle. Le premier jour que je la visitai, je la trouvai affectée d'une ophtalmie assez aiguë, accompagnée d'autres symptômes inflammatoires dans différentes régions de la tête ; l'épigastre était brûlant, et la pression y développait de la douleur; du reste, soif ardente, pouls dur, plein et fréquent ; appétit nul. A ces symptômes je crus reconnaître une gastro-céphalite accompagnée d'ophtalmie aiguë, ce qui m'engagea à pratiquer, le jour même, une saignée du bras de plus de trois palettes ; je mis ensuite la malade à une diète sévère, ainsi qu'à l'usage des boissons et fomentations émollientes ; enfin, je fis appliquer des cataplasmes sur les yeux et à la région abdominale.
Le lendemain, les symptômes avaient sensiblement diminué du côté du cerveau, l'ophtalmie était de beaucoup calmée, mais la gastrite faisait des progrès et se compliquait d'entérite. Le moindre mouvement réveillait des douleurs assez vives au creux de l'estomac ; la bouche était sèche et la soif plus pressante. Je proposai une application de sangsues sur l'abdomen ; mais la malade, effrayée de la grande faiblesse que lui avait occasionnée, disait-elle, la saignée de la veille, ne voulut jamais y consentir, Je me bornai donc à prescrire la diète la plus sévère, à continuer l'usage des émollients, et j'ordonnai de plus des lavements de même nature pour remédier à une constipation opiniâtre. Ce traitement était trop peu énergique pour arrêter dans sa marche une phlegmasie aussi bien caractérisée ; la maladie continuait ses progrès ; l'irritation se porta spécialement sur les intestins grêles, où elle donna lieu à des coliques assez vives, et de là s'étendit jusque sur la vessie. L'inflammation de ce dernier organe (cystite) occasionna, comme il arrive presque toujours en ces cas, une rétention d'urine ; cependant la maladie était au septième jour de son invasion et dans la période de déclin, pour parler le langage des pathologistes : la rétention d'urine continuait malgré l'emploi des fomentations et cataplasmes sur l'hypogastre. Depuis trois jours, la malade n'avait pas rendu une seule goutte d'urine, et depuis plusieurs nuits elle n'avait pas fermé l'oeil, éprouvant des envies continuelles d'uriner, et, malgré les plus violents efforts, ne pouvait parvenir à satisfaire ce besoin. La vessie commençait à former une tumeur assez sensible dans la région sous-pubienne ; dans cette extrémité, je ne voyais plus que la sonde qui pût remédier à cet incident, que l'on devait, sans plus attendre, faire cesser, pour en prévenir de beaucoup plus graves. J'en proposai donc l'emploi à ma malade, mais sa pudeur en fut révoltée ; j'insistai, je fis tout pour la déterminer : vains efforts ! Elle répondit toujours, dans le délire d'une vertu assurément mal placée : « J'aime mieux mourir que de me laisser sonder. »
Dans la perplexité où je me trouvais, il me vint à l'esprit d'essayer l’action du magnétisme contre cette ischurie alarmante. Plein de cette idée, je me rends sans différer auprès de ma malade; je la trouve en proie aux mêmes douleurs : j'applique une main sur la région de la vessie, dans l'intention de soulager la malade, que je prie de laisser ma main ainsi appliquée pendant quelques instants. Je magnétisai alors avec toute la force de ma volonté. Durant toute l'opération, dont la malade ne se doute en aucune manière, des besoins d'uriner plus vifs que jamais se firent sentir : la vessie elle-même semblait se contracter sous sa main. Je continuai ainsi mon action magnétique environ pendant vingt minutes, après quoi j'invitai ma malade à essayer d'uriner, ce qu'elle fit, à son grand étonnement, avec assez de facilité. L'écoulement des urines apporta un soulagement très prompt au malaise qu'entretenait nécessairement cette ischurie.
Le lendemain de ce succès magnétique, je quittai la province, je cessai conséquemment de donner mes soins à cette malade ; mais depuis j'ai eu la satisfaction d'apprendre que sa convalescence et sa complète guérison ne s'étaient pas fait longtemps attendre.
Procéder selon cet exposé dans le catarrhe vésical chronique, la néphrite, les diabètes, etc.

IX. Hémorragies spontanées
Quelques hémorragies essentielles, que je ne saurais préciser, cèdent très promptement ; il en est d'autres, au contraire, où le magnétisme agit comme excitant, et des réactions efficaces ne pouvant avoir lieu à cause des désordres organiques, vous devez craindre qu’il soit tout à fait contraire.
Ce n'est qu'en tremblant, je dois l'avouer, que j'ai quelquefois expérimenté dans ces cas graves.
J'avais soin de tenir un doigt sur une artère, et lorsque la circulation prenait du développement, je cessais.
Des magnétiseurs assurent avoir réussi dans tous les cas ; moi, non. Peut-être sont-ils doués de propriétés que je n'ai pas.
Il est essentiel de ne pas confondre l’hémoptysie ou l'on réussit parfois complètement, et les hémorragies symptomatiques, qu'on arrête aussi, mais qui reviennent à coup sûr si l'organe affecté n'est pas guéri.
En l'absence de données précises, il faut magnétiser avec la plus grande prudence dans les pertes utérines, par la raison que le magnétisme, excitant ordinairement les menstrues, peut, dans ce cas, devenir tout à fait contraire.
L'hématurie rénale et vésicale, l’hématémèse peuvent aussi être heureusement modifiées.

X. Rage, morsure de serpents
Le magnétisme agissant principalement sur la sensibilité, on doit espérer réussir dans ces affreuses maladies. Deux fois dans ma vie je me suis trouvé en présence d'hydrophobes, et j'étais allé auprès d'eux avec l'intention d'essayer ; mais j'en fus empêché par une coutume absurde : les représentants de l'art médical avaient déjà fait prendre au malade des doses énormes d'opium. Il n'y avait donc plus rien à faire pour moi : on avait tué la sensibilité, c'est-à-dire la force réactive ; ils étaient enfin empoisonnés.
Cependant, sur l'un je produisis des moments de calme extraordinaire. C'est donc à essayer avant toutes choses.
Chez les sauvages, qui ne possèdent point les sublimes connaissances des écoles de médecine, on pratique, dans des cas de morsures de serpents les plus venimeux, une magnétisation véritable. Ils frictionnent légèrement et longitudinalement le malade durant des heures entières, jusqu'à ce que l'enflure diminue et qu'une abondante transpiration se soit établie. Dès lors ils regardent le moribond comme sauvé, et ne se trompent jamais dans leurs prévisions.
Pourquoi ne réussirait-on pas de même dans l'hydrophobie ? Un virus, quel qu'il soit, introduit dans la circulation, si l'on parvient à le diviser, doit perdre de son activité, et la violence de ses désastreux effets s'affaiblir. J'ai la conscience que le magnétisme, plus que tout autre moyen, pourra faire obtenir ce résultat. Quand donc en essaiera-t-on l'emploi raisonné ?

XI. Comment procéder dans les affections chroniques ?
Chercher à augmenter la vitalité ; ceci obtenu, produire des crises ; je ne veux pas parler de convulsions, mais de mouvements dans les fluides. Il faut que le malade soit replacé dans l’état aigu, c'est-à-dire dans la disposition où la maladie, montrant toute sa gravité, appelait les secours puissants de la médecine.
Je ne puis ici espérer d'être compris que d'un très petit nombre d'hommes. C'est un travail curieux que de semblables magnétisations : il faut, pour s'en expliquer les effets, les voir, les revoir encore ; alors on conçoit la possibilité d'une espèce de rajeunissement, causé par l'expulsion, souvent moléculaire, de matériaux hétérogènes séjournant dans l'organisation. On conçoit comment des humeurs indolentes, inactives, souvent d'une grande ténuité, et ne jouant sur l'organisme d'autre rôle que celui d'un corps étranger inerte, acquièrent cependant tout à coup, par des courants vitaux, des propriétés physiques et chimiques nouvelles, et peuvent ainsi être expulsées.
Les fondements de cette vérité jetés en passant, suivons les procédés.
Pendant huit ou dix jours vous appliquez la méthode pure et simple, vous ne cherchez le développement d'aucun effet, vous abandonnez même ceux qui surgissent, sans en chercher l'augmentation ou la diminution. Lorsque vous pensez que tout le corps a été parcouru par le magnétisme, vous changez de procédé ; vous dirigez de préférence la magnétisation sur le siège du mal, s'il est bien connu ; dans le cas contraire, sur la région où vous le supposez. Il faut y développer de la chaleur, de la douleur même, et ne rien craindre des nouveaux symptômes qui apparaîtront. Rappelez-vous qu'ils ont existé anciennement ; le malade vous dira qu'il les a déjà sentis. Continuez. Vous ne devez vous arrêter que dans un seul cas, celui où le travail médicateur est trop considérable, où la fièvre se développe, lorsqu' enfin il y a trop de souffrance ; ces cas sont rares. Il faut alors doser votre magnétisme de manière à entretenir le mouvement imprimé; bien voir ensuite où se dirigent les matériaux détachés ainsi les suivre ; s'ils se portent sur un organe dont le jeu est essentiel, donner de la force, de la vie à cet organe, en même temps que vous soutiendrez les efforts qui sont faits au siège même du mal.
Soyez assuré que l'émonctoire qui doit servir de voie d'expulsion se découvrira à vos yeux ; la peau par des transpirations, les reins par des sécrétions ; la poitrine même peut, dans certains cas, par des expulsions glaireuses, des crachats visqueux, jouer le même rôle ; il survient aussi des garde-robes plus fréquentes et plus abondantes.
C'est ainsi que j'ai vu, après plusieurs années d'existence, disparaître des douleurs ostéocopes qui étaient la suite de l'inoculation du virus vénérien et de l'administration de préparations mercurielles. Le travail était évident : des plaques cuivreuses survenaient à la peau ; la vessie, tranquille jusqu'alors, devenait douloureuse, les reins également, mais le sommeil avait reparu; la chaleur du lit, si insupportable avant la magnétisation, n'incommodait plus le malade. Un travail singulier avait lieu dans les os, qui avaient augmenté de volume ; les urines se chargeaient et servaient de véhicule à l'expulsion de ce que les forces médicatrices avaient détaché. Le malade enfin guérissait.
J'ai vu aussi des tumeurs blanches, des engorgements des glandes se résoudre après avoir été le siège de douleurs critiques causées par le magnétisme. Il survenait un dévoiement, une diarrhée sérieuse, qui amenait une diminution sensible dans le volume, et enfin la résolution complète de ces engorgements avait lieu après deux ou trois réapparitions de ces heureux symptômes.
Des paralysies des membres et même des nerfs optiques avaient cessé après des crises ; des surdités aussi, mais en petit nombre. On pouvait toujours suivre la marche et se rendre compte du travail critique qui avait lieu. La nature, renforcée, aidée, ne cachait point ses opérations : l'oeil le moins exercé pouvait les apercevoir.
Quelquefois une, ou quelques magnétisations, ayant eu pour résultat de replacer la maladie dans son état aigu, les effets diminuent, et la réaction que vous avez cherché à opérer et que vous aviez commencée ne se continue pas ; vous ne pouvez plus même reproduire le sentiment des premiers effets.
Si la nature refuse de vous suivre et de vous seconder, le malade est incurable par vos procédés. Mais avant de déclarer qu'il en est ainsi, vous devez répéter vos tentatives, car la nature est souvent paresseuse et a besoin d'être stimulée. Ces cas se présentent surtout lorsque vous avez affaire à des malades qui ont épuisé toutes les ressources, ceux sur qui l'art a fait tous ses essais, en cherchant, comme vous, les réactions nécessaires. En épuisant les moyens on a aussi fatigué les organes ; le principe qui veillait à leur conservation s'est lassé, et il ne répond plus aux nouveaux appels que vous lui faites. Ici pourtant, phénomène singulier, il s'aperçoit que c'est son analogue, que c'est un ami, un frère, qui est entré dans son domaine ; il ne s'insurge pas contre lui, ne cherche point à repousser, comme il l'a fait pour l'agent contraire, qu'un médecin mal inspiré a pu introduire dans la circulation. Mais souvent ce principe de conservation n'est pas assez puissant pour seconder vos efforts ; il laisse faire alors, et c'est à vous seul qu'il confie la réparation de la machine ; il garde ce qu'il a de forces pour entretenir le mouvement et la vie, car quelquefois il est même insuffisant pour ce travail de tous les instants.
Lorsque vous êtes parvenu à introduire assez de richesse, et qu'il peut vous seconder, il se lie avec vous, devient votre auxiliaire, et, si la maladie est curable, il prend alors la direction des travaux. Il attend avec impatience l'heure à laquelle vous devez venir lui donner des matériaux essentiels, il cesse sa besogne si vous ne venez pas, et le malade éprouve l'inquiétude d'un besoin qui n'est pas satisfait.
Ces deux forces, bien différentes des forces mortes, comme l'électricité, le galvanisme, l'aimant ou magnétisme minéral, etc., etc., sont intelligentes ; elles s'allient pour marcher en commun. Ainsi le magnétisme animal ne s'enfuit pas du corps où vous l'avez déposé ; il y reste, au contraire, pour servir aux opérations de la vie.
Le magnétiseur, ici, a déjà besoin de connaître son outil, car il peut, sans le savoir, contrarier la nature en voulant l'aider. Ailleurs, nous développerons nos idées sur cette vérité.

XII. Affections dites incurables
Il est si naturel de chercher un soulagement lorsqu'on souffre que, quoique la science ait dit : Il n'y a point de remède, on doit pardonner même les tentatives insensées que les malades font presque toujours. Les magnétiseurs ne sont pas plus coupables que les malades en cherchant à produire un soulagement, quelquefois une guérison, là où la science médicale a reconnu son impuissance.
La nature à même tant de voies qui nous sont encore inconnues, quelque chose de si mystérieux accompagne ses opérations, que l'on ne peut jamais prononcer absolument et dire : Ceci est impossible.
Sans ramener nos lecteurs aux miracles, sans leur parler de ce qu'a pu produire, dans certains cas, une cause morale ou physique majeure ; sans chercher enfin à leur présenter le magnétisme comme une panacée, nous devons cependant leur affirmer ce qui est vrai, savoir : que, dans des cas désespérés, la nature, aidée du magnétisme, a quelquefois triomphé complètement.
Abandonnant tous les cas qui paraissent surnaturels, nous ne parlerons que de ce qui peut être soumis au jugement de la raison, et est évidemment le résultat certain d'une cause purement physique.
Mais ici il se présente bien des questions à résoudre.
Quelle est donc cette cause physique ?
Quel est ce magnétisme, agent de tant de phénomènes ?
D'où vient-il ?
Comment peut-il se lier avec la force médicatrice qui sert à nous maintenir ?
Est-il un corps qui en empêche l'action si puissante, qui l'isole enfin[7] ?
Hélas! Tout ceci est du domaine de la science, et nous ne sommes pas savant. C'est au physicien, au physiologiste surtout, à étudier ces choses et à nous les enseigner.
Maintenant nous sommes magnétiseur, rien de plus.
Plus tard nous essaierons de donner des explications sur la nature du magnétisme, quoique cette tache nous effraie et ne nous ait pas été dévolue. Si nous ne réussissons pas au gré de nos désirs et selon l'importance du sujet, on ne devra pas nous accuser, puisque, d'avance, nous prévenons de notre impuissance.
Tournons donc, puisque nous ne pouvons les résoudre, les difficultés qui se présentent ici, et reprenons le cours de notre description.
En supposant, pour un instant, qu'on nous ait mis entre les mains un appareil électrique ou galvanique, et que nous sachions nous en servir avec habileté, serions-nous obligé de dire : L'agent que nous employons vient de telle ou telle source ; il obéit à telle ou telle loi, etc., etc. ? Non. Il suffirait que nous fussions éclairé sur sa force et l'étendue des phénomènes qu'il produit.
Le médecin à qui on pose ces questions : Comment se fait-il que le suc de pavot endorme ? Comment le nitre agit-il sur les reins ? Comment l'émétique provoque-t-il les vomissements ? Balbutie dans ses réponses, car, quelles que soient son habileté, sa sagacité, il emploie des agents d'une grande puissance sans savoir précisément quels sont leur nature et leur mode d'action.
Nous nous plaçons dans le cas de ce médecin, et, sans plus chercher, nous provoquons, comme lui, l'apparition de phénomènes qui ne peuvent venir sans l'emploi du moyen que la nature a mis à notre disposition. Et nous disons à ceux qui veulent nous imiter : procédez de telle manière ; faites ceci ; agissez d'après ce que l'expérience a fait connaître de positif, et ne prenez point la peine de donner des explications.
Ne perdez pas de vue que la gravitation existait avant Newton, et que l'aimant attirera le fer encore longtemps, peut-être avant qu'on sache par quel mystère il le peut.
Soyez circonspects si vous vous permettez de donner des explications sur les phénomènes magnétiques que vous aurez produits car il se trouvera des hommes très savants qui prouveront que votre explication est mauvaise, et, par cela seul, rejetteront ou parviendront à faire rejeter le fait lui-même, ce qui est absurde, mais pourtant très commun.
Mais revenons aux maux incurables.
Les maladies ont, en général, un commencement obscur. Ce sont souvent de petites causes, des agents d'une faible puissance qui déterminent à la longue Ses plus grands changements, les perturbations les plus considérables. Le médecin le plus clairvoyant, la sagacité la plus exercée ne les aperçoivent pas toujours lorsqu'elles commencent à troubler l'exercice des fonctions. Les malades eux-mêmes ne s'arrêtent point lorsqu'ils éprouvent des malaises, souvent même ils n'y font pas attention. Le trouble augmente ; alors on agit, sur qui ? Sur quoi ? Car, le plus souvent, la cause est inconnue.
Je dis ceci seulement parce que j'ai remarqué que, dans les affections chroniques qu'on a le bonheur de guérir, pour s'en aller, le mal suit exactement le chemin qu'il avait pris pour arriver au point de menacer la vie. De sorte que l'on voit clairement, ou que la nature a été impuissante, ou bien que ses forces ont dévié, et que l'on n'a pas su ou pu lui donner la puissance qui lui manquait, ou la redresser dans ses écarts. La cause réelle se laisse alors apercevoir.
Il y a tout un système nouveau de médecine à faire ici, s'il est vrai que l'agent magnétique avertit, redresse la nature lorsqu'elle s'égare et dévie à ses lois.
Toutes les maladies pouvant, soit par leur nature, l'idiosyncrasie des malades ou l'impuissance de l'art, devenir incurables, je n'ai tracé que des règles générales de conduite ; les règles particulières, variant avec chaque cas, sont laissées à la sagacité de chacun.
L'emploi du magnétisme dans ces traitements n'exclut point les remèdes ordinaires ; mais il faut les laisser au choix du dormeur lorsque vous avez été assez heureux pour provoquer le sommeil lucide.
Les livres du magnétisme sont pleins d'exemples de ce genre, dont le plus authentique est celui de mademoiselle Lahaye, abandonnée de tous les professeurs et des membres les plus distingués de la faculté de Paris. J'entrepris le traitement de cette malade à la recommandation de Broussais, qui, quelques jours avant de mourir, conseilla le magnétisme comme dernière ressource. Ayant traité ailleurs ce sujet [8] avec le développement que comporte un cas aussi remarquable, je le rapporterai cependant à la fin de ce volume sans craindre une répétition inutile. D'ailleurs, pour preuve que je ne suis pas seul à faire ces choses, que le pouvoir magnétique est un don que Dieu a réparti à tous, il est bon que je vous initie aux résultats qu'obtiennent d'autres magnétiseurs.
Ecoutez donc ce qu'écrit, à la date du 18 décembre 1840, le docteur Charpignon, d'Orléans, au docteur Frapart :
C'est un exemple à suivre.
Le docteur Georget disait que la médecine des somnambules était la plus parfaite.
Vous avez soutenu cette opinion avec le plus heureux succès dans des occurrences difficiles ; je vais vous conter, à ce sujet, ce qui vient de m'arriver tout récemment.
...Une demoiselle de vingt-trois ans, après avoir passé par les traitements de quatre médecins, me fit demander ; voici comment je la trouvai : bouffissure générale ; hydropisie du ventre ; toux sèche, fréquente, par accès de cinq minutes de durée, et recommençant par intervalle de deux à trois minutes : difficulté très grande de respirer ; douleurs aiguës par tout le thorax, surtout du côté gauche ; battements de coeur précipités, sourds, mais réguliers à la main. Il était impossible de chercher quelque indice par l'auscultation, attendu la fréquence de la toux ; il survenait des syncopes deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, elles duraient deux, quatre et cinq heures ; l'estomac ne gardait aucune boisson. Cet état était le même depuis près d'un mois, mais la toux et les palpitations avaient plusieurs années de date.
Ce que j'avais à faire en pareille circonstance, c'était de ne pas tourmenter la moribonde par une nouvelle médication, car la mort me semblait ne pas devoir tarder ; la famille, du reste, s'y attendait à la première syncope. Qu'aurais-je tenté après les mille moyens employés par ceux qui m'avaient précédé ?... La malade, qui n'avait entendu parler du magnétisme que depuis peu de jours, me conjurait de l'endormir, car c'est là ce qu'elle désirait par-dessus tout, pour obtenir quelques moments de repos. Après avoir longtemps lutté avec moi-même, je me décidai à la satisfaire, au risque de me faire accuser de vouloir ressusciter un mort... Cinq minutes sont à peine écoulées que la toux est arrêtée et que mademoiselle Rose semble dormir. Je lui parle, elle ne me répond pas.
Plus tard, elle s'agite pour marquer qu'elle entend. Après une heure de sommeil, je la réveille ; mais aussitôt tous les accidents reparaissent. Cependant la nuit a passé sans accès. Le magnétisme provoque instantanément le sommeil ; bientôt la malade m'entend, puis me répond.... Elle est somnambule ! « Où souffrez-vous le plus ? » Elle prend ma main et la pose sous le coeur... « C'est donc là votre mal ? Qu'y a-t-il donc ? — Du sang...; il y en a bien trois cuillerées. Il est liquide... Il est entre la pointe du coeur et le plancher (entre le diaphragme et l'extrémité du péricarde). — Est-ce toute la cause de votre maladie ? — Non ; mon ventre est aussi bien mal, mais je n'y vois pas. » Après une dizaine de minutes de silence, elle me dit spontanément : « Voyez-vous ces sangsues ? — Où donc ? — Là, à mon coeur. — Comptez-les. — J'en vois dix ; elles vont bien me soulager ; demain je n'aurai plus de battements de coeur, plus de toux. — Voulez-vous être éveillée ? — Oui, à moitié seulement ; il faut que je dorme toute la nuit, sans sentir mes sangsues ni le sang qui coulera jusqu'au matin. »
Cette intention était un ordre pour moi ; je fis exécuter la prescription, et le lendemain la toux et les palpitations avaient disparu. Nouvelle magnétisation : mademoiselle Rose ne voit plus de sang au coeur, mais elle aperçoit dans son ventre une grande abondance d'eau ; puis son estomac qui est distendu par des glaires, ses membranes sont piquetées de sang. Ces désordres l'affligent. Tout à coup elle dit : « Ces eaux s'en iront, car voilà quatre choses pour composer une tisane. Ceci, c'est de la graine de lin et du cerfeuil ; cela, de la racine d'asperge ; cette autre racine, je n'en connais pas le nom..., et vous ? Moi, je ne voyais rien, et je ne pus dire ce qu'étaient ces petits morceaux de racine noire...
O docte médecin !!! Vous me ferez avec cela une tisane, et vous passerez dessus les mains comme sur moi, parce qu'il en sort quelque chose de semblable aux rayons du soleil qui pénètrent dans une chambre. — Comment se fait-il que les sangsues d'hier vous aient si promptement guérie, quand vous en aviez eu tant de fois inutilement ? — Sans doute on m'en a mis souvent, mais jamais à la place qu'il fallait... Ma toux provenait aussi d'une grosseur que j'avais dans la poitrine, à droite... C'est une boule de sang caillé mêlé d'humeur, grosse comme une noix ; elle n'est pas dans le poumon, elle est entre lui et la toile qui le sépare de l'autre... Cette boule s'est beaucoup fondue par votre magnétisme ; demain je cracherai du sang et de l'humeur. »
Il survint, en effet, une expectoration muqueuse mêlée de sang coagulé ; les urines furent très abondantes, glaireuses et fétides durant les premiers jours. Au douzième, la somnambule assurait ne plus rien voir de malade en elle, et ses paroles étaient, du reste, confirmées par tout ce que l'oeil pouvait constater. La convalescence fut franche, sans rechute, et depuis le quatorzième jour de traitement, mademoiselle Rose est rendue à la vie ordinaire.
Cette observation, mon cher maître, est à enregistrer à côté de celles que vous avez déjà faites, et de leur nombre doit forcément naître cette conclusion : Le somnambule magnétique voit les organes malades, et il a l'instinct des remèdes qui lui conviennent.

XIII. Des affections nerveuses
Sous cette dénomination, de toutes la plus élastique, la médecine range les nombreuses maladies dont l'appareil nerveux est affecté, soit essentiellement, soit sympathiquement ; toutes affections rebelles à la médecine, et qui, de tous temps, ont été traitées avec le plus grand succès par le magnétisme. Les écrits des magnétiseurs ne tarissent pas sur ce chapitre. Je ne veux point vous eu offrir le tableau pour ne point excéder le cadre que comporte un livre aussi élémentaire que celui-ci.
Ce à quoi je tiens surtout, c'est à vous expliquer le mécanisme de ces guérisons ; pour cela je vais vous dévoiler encore une vérité dont la découverte m'appartient, la voici : il existe un fait général : c'est que si vous magnétisez à grands courants, c'est-à-dire sans vous arrêter, du sommet de la tête à l'extrémité des pieds, le magnétisme suit la route que vous lui tracez. Il s'en va en grande partie, où plutôt il ne reste qu'une saturation incomplète du système nerveux, trop faible pour opérer les réactions que vous cherchez.
Exemple pour fixer nos idées. Toutes les fois que vous ne produirez point le réveil aussitôt que vous aurez jugé devoir faire cesser le sommeil magnétique, magnétisez les jambes, en les touchant ou non, jusqu'aux pieds. L'agent magnétique y est attiré et s'écoule en grande partie.
Plus de vingt fois je me suis trouvé en grand embarras : je ne pouvais éveiller à ma volonté des personnes que j'avais mises en somnambulisme. Mais m'étant aperçu qu'en magnétisant, soit par distraction, soit parce que je croyais bien faire, les extrémités inférieures des personnes soumises au traitement magnétique, leurs yeux s'ouvraient, si déjà il y avait eu commencement de sommeil, cet effet me paraissant singulier, je répétai le procédé avec intention ; alors je vis clairement de quoi dépendait ce réveil subit.
Depuis, dans des circonstances semblables, J'ai fait usage de ce procédé, que je dois à l'observation, et toutes mes craintes ont disparu[9] .
Cette curieuse observation m'a conduit à une autre découverte bien plus importante ; la voici : Il m'est maintenant démontré que, dans beaucoup d'affections nerveuses de nature convulsive, les désordres qui apparaissent sont produits par une véritable rétention des fluides nerveux ou forces vives, qui n'ont pu s'écouler par les extrémités, leur route naturelle. Il suffit d'une cause morale pour produire cet accident.
Ces forces ainsi déviées occasionnent dans les parties où elles séjournent une espèce de congestion nerveuse, bien différente sans doute des congestions sanguines, mais tout aussi réelle, tout aussi appréciable. Les désordres qui en résultent n'ont pas non plus les mêmes dangers, mais ils deviennent pour le médecin plus difficiles à combattre, car contre eux la lancette ne peut rien.
Tous ces accidents disparaissent lorsqu'une voie nouvelle s'est ouverte à la circulation des fluides ainsi retenus ; mais avant qu'il en soit ainsi, que de troubles, que de cris, que de mouvements, que de sensations bizarres et singulières éprouvent les malheureux chez qui ce fait arrive !
Quelquefois ce sont des altérations d'organes qui produisent ces rétentions, ainsi qu'on l'observe dans quelques cas, heureusement rares, d'épilepsie, de catalepsie, d'hystérie, etc.
Mais il suffit de la compression d'un nerf pour que le fait que je signale puisse avoir lieu.
Peut-être même, dans les amputations, le tétanos traumatique, qui arrive si souvent et qui amène toujours la mort, tient-il à la ligature de quelques nerfs ou au spasme des parties voisines de l'amputation. C'est à vérifier, et s'il en est ainsi, il serait facile de faire cesser cet état par un quart d'heure de magnétisation.
Cet aperçu, que je ne veux pas pousser plus loin, va pourtant recevoir un peu plus de lumière par les faits qui suivent.
Voyons si, par le magnétisme, en établissant des courants artificiels, ou en rétablissant la circulation naturelle du fluide nerveux dévié, nous n'allons pas obtenir les plus grands résultats.
Rien n'est si facile, pour le magnétiseur, que de faire cesser les spasmes, des attaques de nerfs, d'épilepsie même. Eh bien, comment s'y prend-il ? Il magnétise de la tête aux extrémités inférieures ; rien de plus. Que sentent alors les malades ? Un dégagement quelquefois subit dans l'organe qui était opprimé. Ils éprouvent la sensation d'une véritable circulation nerveuse vers les extrémités, et il est même facile d'y constater des mouvements qui n'y avaient point lieu avant cette simple opération.
La chaleur revient bientôt dans les membres froids, souvent même il survient de la transpiration aux pieds. On aperçoit de légers mouvements convulsifs sur le trajet que parcourt le fluide qui avait été retenu, comprimé, emprisonné par les spasmes ou contractions des conducteurs où il aurait du passer pour redescendre. Ces spasmes cessant tout à coup, la route est rouverte, les fluides s'y précipitent à flots, et la partie congestionnée d'une manière si singulière, mais pourtant si compréhensible, se trouve débarrassée.
La plupart des affections nerveuses peuvent donc trouver un remède ? Oui, même celles qui, dans le jeune âge, tuent une grande partie des enfants. J'ai essayé tant de fois avec succès qu'il ne me reste plus un doute.
Il y a ici le livre le plus utile, peut-être, que l'on puisse faire ; s'il m'était libre d'expérimenter dans un hôpital comme je le voudrais, et de telle manière qu'il me plairait, je ferais ce livre, appuyé sur des faits que je rendrais d'une vérification facile.

XIV. Paralysies
Ici vous avez affaire à des parties d'où la vie s'est retirée, les vaisseaux qui lui donnaient passage se sont rétrécis, et les tissus, ne recevant plus leur part de suc nourricier, ont été flétris, altérés. La circulation nerveuse n'a plus lieu, où du moins que d'une manière très imparfaite ; la nature a été forcée de changer la direction de ses forces ; mais tout est à sa place, et vous pouvez espérer encore. Il vous faudra du temps, de la patience ; mais enfin la cause réparatrice peut agir avec efficacité. Elle reprend le chemin qu'elle avait quitté. C'est une source disparue qui revient vivifier le domaine qu'elle fécondait en d'autres temps.
Qu'on ne croit pas pourtant que tous ces malades peuvent guérir ; il en est d'incurables.
Que l'on n'en accuse ni nous, ni la nature. Ce que nous pouvons produire dépasse de beaucoup les limites tracées par la science ; mais que l'on ne nous demande pas l'impossible. Qui ne sait que le terrible travail qui précède la mort commence et se fait souvent peu après la naissance, et que lorsque nous sommes avertis, l'édifice est miné de toutes parts ?
Lorsque, après avoir magnétisé généralement, on s'arrête à une action locale, qu'arrive-t-il ? D'abord de la chaleur dans le membre froid, puis des picotements, et si vous persistez après quelques instants de magnétisation, vous obtenez des contractions et souvent aussi, comme je l'ai dit déjà, une sorte de commotion qui ressemble à de légères décharges électriques.
En continuant, les secousses augmentent d'intensité, et le malade ne tarde pas à recouvrer la souplesse et l'usage du où des membres paralysés.
La vieillesse ne s'oppose pas toujours à un changement heureux ; mais en général, dans ces cas, on ne doit se promettre qu'un demi-succès. Je viens de produire, sur un vieillard hémiplégique, un effet singulier : le gros orteil du côté paralysé était relevé et ne pouvait s'abaisser par la volonté. Au bout de quelques jours, il rentra sous l'empire du mouvement volontaire et reprit sa position naturelle[10] .

XV. Chorée ou danse de saint-guy
Lors de mes expériences de Reims, un homme affecté de chorée depuis quarante ans, s'en vit débarrassé en moins de deux mois par un de mes élèves. C'est en excitant les nerfs, en produisant des mouvements plus forts que ceux qui avaient lieu presque constamment, que ce malheureux vit cesser en si peu de temps, un mal qui avait fait le tourment de sa vie.
Cette marche est également applicable aux tics nerveux, delirium tremens.
XVI. Epilepsie, hystérie.
Contre ces terribles affections la médecine n'a point de remèdes. Si l'on considère, au contraire, le nombre prodigieux de cures opérées par le magnétisme, on est tenté de croire que s'il n'en est l'unique remède, il est au moins le plus puissant.
Les exemples de guérison sont nombreux, et les plus remarquables de ma pratique sont relatés dans mes autres ouvrages, avec des considérations sur la nature et le traitement de ces maladies, qui seraient déplacées dans ce petit Manuel.
Comme je l'ai dit page 42, il faut provoquer des accès artificiels, et les faire prédominer sur les morbides.
Tant que je n'ai fait que chercher à calmer les crises par l'application paisible des procédés enseignés par nos devanciers, je n'ai en rien changé les symptômes de ces maladies. Il m'a fallu provoquer, dans le moment de calme, le système nerveux, et obtenir violemment la manifestation des accès et quelquefois, usant de ce procédé, j'en ai renouvelé plusieurs fois de suite l’apparition. J'ai changé ainsi les heures de leur arrivée, modifié la sensibilité, fait perdre aux nerfs l’habitude qu'ils avaient de se contracter sous l'empire d'une force occulte, qui avait donné une fausse direction à la circulation des fluides et imprimé dans la mémoire un souvenir qu'il fallait effacer.
Ma volonté, d'abord contrariée, a fini par agir avec une grande promptitude, les principaux efforts étant dirigés du côté du cerveau. La rigidité des membres convulsés cessait en faisant simplement des passes longitudinales sur les parties contractées.
Il reste, à la suite de ces crises magnétiques, répétées, de la courbature, de la lassitude ; les muscles, quoique revenus à l'état normal, conservent une sensibilité douloureuse, qui cesse avec le repos.
Voici un cas de guérison que je transcris ici, parce qu'il est complet, et que l'on peut y puiser un utile enseignement, sous le rapport du travail intérieur qui a préparé la guérison et sur les crises qui se sont manifestées. Aucune rechute n'ayant eu lieu, la cure est radicale.

« A M. le baron Du Potet [11]
Monsieur le baron,
Avant de terminer un traitement si fructueux pour moi, qu'il me soit permis d'en bénir la source et de remercier l'homme généreux qui se sacrifie avec tant de courage au bien de l'humanité.
Une maladie cruelle avait brisé mon avenir, le bonheur n'était plus pour moi qu'une amère ironie ; l'espérance, ce soutien de l'infortune, avait fui de mon coeur ; ma vie s'échappait de mon corps, brisé par des souffrances continuelles ; mais vous êtes venu à mon secours, et dispensant en moi ce fluide vivifiant qui maîtrise la douleur, vous avez rendu le repos à mon corps en même temps que vous avez ramené le calme dans mon âme. Recevez-en, monsieur le baron, mes sincères remerciements, et afin que, d'après le bienfait, vous jugiez de la reconnaissance, permettez-moi d'esquisser à grands traits et ma maladie et ma guérison, que je considère au moins comme très avancée.
Il est des êtres qui semblent placés sur la terre pour faire chérir la vie au reste des humains, en leur offrant le contraste de la douleur au bien-être dont ils jouissent ; je fus de ce nombre. Mon enfance se passa au milieu des mille maladies qui ne l'assiègent que trop souvent : à huit ans j'eus la fièvre cérébrale, un médecin fameux me mit à la diète la plus sévère et me condamna ; un autre médecin, également célèbre, me voyant mourir de faim, me fit prendre des aliments ; ma mère s'épuisa pour moi en soins les plus tendres, et je fus sauvé ; mais déjà mes parents remarquaient en moi cette irritabilité nerveuse qui se développa plus tard à un si haut point, et de plus des coliques incessantes firent déclarer une gastrite qui me fit souffrir pendant neuf années consécutives, gastrite suivie cependant de quelque temps de repos. Pendant ce calme mensonger, je plongeais déjà dans l'avenir les regards avides de la jeunesse, et je bâtissais avec plaisir dans mes rêves l'édifice joyeux de mon existence, quand une nuit un songe affreux m'agita violemment et me laissa le matin en proie à une fièvre ardente ; le frisson de l'insomnie parcourait tous mes membres, mes dents claquaient avec force, et les convulsions de ma bouche m'empêchaient de parler ; en vain je voulus combattre le mal et me livrer à mes occupations journalières, je ne pus rester sur mon siège, je tombai, et pour la première fois j'eus une crise nerveuse, une attaque d'épilepsie. J'avais dix-huit ans ; c'est l'âge où un jeune homme cherche à se créer un avenir honorable, et tout espoir me fut bientôt interdit. La maladie faisait de rapides progrès ; j'abandonnai mes travaux pour jouir d’un peu de repos, et néanmoins mes crises prenaient de jour eu jour des caractères plus inquiétants. Pendant les trois dernières années, à la tourmente du corps s'ajoutèrent des étouffements horribles, ma respiration, rendue extrêmement pénible, menaçait de cesser pour jamais ; c'est alors que, m'agitant convulsivement, je poussais ces cris aigus que m'arrachait la douleur, et auxquels succédait le râle de l'agonie, puis mon corps tombait dans la plus complète inaction, jusqu'à ce qu'enfin je revinsse lentement à moi. A chacun de ces terribles moments je voyais la vie prête à s'enfuir avec mon dernier souffle. Aussi, monsieur le baron, vous pensez que je dus avoir recours à la médecine ; je vis plusieurs docteurs célèbres, et, ma maladie allait toujours en s'aggravant ; l'un d'eux, qui traitait spécialement les maladies nerveuses, et qui mourut d'une affection de la moelle épinière, me donna ses soins pendant deux ans, et me renvoya en me disant qu'il fallait vivre avec mon mal, plus grand encore, malgré un régime sévère et une médication suivie.
Abandonné ainsi de M. Ollivier d’Angers, je suivis le conseil amical de l'honnête médecin de ma famille, et, j'allai passer une année à la campagne, où je cessai tout traitement. Je m'en trouvai assez bien ; cependant une de mes crises, devenues, du reste, moins fréquentes, me tint pendant deux heures entre la vie et la mort, et fut plus forte que toutes celles qui l'avaient précédée. Ces accès me prenaient le plus souvent après le repas ; souvent aussi les contrariétés les déterminaient subitement. J'étais également incommodé par des maux de tête, contre lesquels ne purent jamais agir efficacement les sangsues ni les saignées ; ils disparurent presque entièrement à la campagne ; mais j'avais toujours, dans l'intervalle de mes attaques épileptiques, ces mouvements des viscères que je ne puis décrire, et qui m'annonçaient le plus ordinairement une chute prochaine. Tel était l'état de ma santé quand, l'année dernière, je revins à Paris, où, comme vous le savez, je retombai en deux mois aussi mal que précédemment. Ce fut alors qu'un de mes bons parents, que vous connaissez si bien pour son coeur droit et bienfaisant, M. Simonneau, entreprit de me faire connaître la science de Mesmer, dans laquelle il avait la plus grande confiance ; j'avoue que je ne la partageais pas avec lui. D'abord je ne connaissais le magnétisme que par des ouï-dire si souvent menteurs ou exagérés, et puis j'avais été traité par des mains si différentes, et avec si peu de succès, que j'avais pris mon parti, comme me l'avait conseillé M. Ollivier d'Angers ; néanmoins j'allai avec M. Simonneau à vos belles conférences du dimanche, où je fus promptement convaincu de l'existence de l'agent que vous mettiez en jeu sur moi car mon extrême sensibilité ne me permettait aucun doute à cet égard. A dater de ce moment, je prenais dans vos leçons et dans vos ouvrages connaissance du magnétisme, lorsqu'un soir je tombai chez M. Simonneau dans une crise nerveuse ; plusieurs de vos élèves étaient présents ; c'était donc le moment de s'assurer de l'efficacité du magnétisme pour mon mal ; un homme aussi aimable qu'intelligent, toujours prêt à faire du bien et à seconder les efforts des propagateurs de la nouvelle doctrine, M. Audriveau, proposa de me soulager, et dirigeant ses mains sur mes membres convulsés, il en calma bientôt l'agitation ; l'oppression cessa aussitôt sous ses efforts, et je fus promptement en état de m'en retourner chez moi. Je me défie toujours des raisonnements des hommes, mais je me rends aux faits, et le magnétisme a cela de sublime, c'est qu'il parle de lui-même : aussi la semaine suivante, c'est-à-dire dans les premiers jours de décembre, j'allai vous voir, et vous commençâtes à me magnétiser régulièrement trois fois par semaine. Je ne vous énumérerai pas toutes les particularités de mon traitement, le récit en serait trop long ; il me suffira de vous dire qu'il forma pour moi trois périodes bien distinctes : dans la première, c'est-à-dire pendant une partie de l'hiver, la rigidité des membres était un des principaux caractères de la magnétisation ; ma sensibilité se manifestait après quelques minutes d'action par une grande agitation des différentes parties de mon corps, mais principalement des intestins, en même temps que des coliques aiguës me causaient parfois de cuisantes douleurs ; il semblait que j'eusse dans le ventre un foyer fixe qui répandait autour de lui des courants de feu ; c'est ce qui vous fit juger que le siège de la maladie était au moins en grande partie dans les intestins, et depuis vous m'avez magnétisé spécialement cette partie ; les effets les plus heureux s'ensuivirent, car mes coliques disparurent ; ma santé semblait renaître sous vos doigts, et en même temps ma sensibilité diminua. Déjà, au commencement du printemps, mes parents et mes amis constataient en moi une amélioration sensible, aucun accident ne m'était survenu depuis le commencement de mon traitement ; je n'avais plus de maux de tête, comme les années précédentes ; je pouvais m'occuper sans fatigue à des travaux sérieux, et dès lors j'étais convaincu qu'il est un moyen universel de soulager et de guérir les hommes.
Ce fut vers le commencement d'avril que ma sensibilité diminua presque subitement ; je ne vous vis plus que deux fois par semaine, et je donnai une série de phénomènes nouveaux. D'abord vous employiez un temps plus long pour m'impressionner ; à ces mouvements brusques et répétés qui avaient lieu lors de mes premières magnétisations, succédèrent des mouvements souples et lents ; la catalepsie avait entièrement disparu. Ce fut à cette époque que vous remarquâtes chez moi les premières extases qui, allant toujours en croissant, vous donnèrent à observer des scènes si bizarres et si dignes des plus hautes réflexions. En effet, comme souvent vous me le dites, et comme purent l'observer M. Hébert et d'autres personnes, tous mes mouvements donnaient l'expression d'une idée conçue ; la joie on la frayeur se dessinaient sur mon visage et dans mes différentes attitudes ; quelquefois vous me vîtes reculer avec effroi, souvent, au contraire, je souriais avec satisfaction, et parfois même, pressant de mes mains ma poitrine haletante, je fondais en larmes, comme ivre de joie et de bonheur. Cependant je n'étais pas somnambule ; ces expressions étaient données par une force particulière qui agissait en moi en dehors de ma volonté ; j'entendais assez bien quand on parlait, mais je ne pouvais vouloir, et une demi-heure après être sorti de chez vous, je me rappelais, quoique assez vaguement il est vrai, la scène dont j'avais été l’acteur, ou plutôt la machine vivante.
C'est, là, je crois, une remarque intéressante car, lorsque nous dormons, nous sommes isolés, séparés de ce qui nous environne, et si nos actions expriment parfois une pensée, notre cerveau l'a réellement conçue ; en effet, si dans le cauchemar nous nous réveillons avec terreur, nous avons vu au moins l'image du poignard qui était près de nous frapper ; mais, dans l'état que j'essaie de vous rappeler, mon esprit est encore au monde extérieur ; j'entends vos paroles, quoique ne pouvant vous répondre, et, remis dans mon état habituel, je me rappelle les parties les plus étranges de mon extase ; mais jamais je ne pus avoir le moindre souvenir de la force qui m'avait fait agir, des idées que j'ai exprimées tour à tour ; aussi est-il pour moi hors de doute que, dans l'extase magnétique, nos actions expriment nettement des pensées, des idées que nous avons conçues, et dont nous n'avons cependant nullement la conscience ; c'est là, ce me semble, une belle arme pour les spiritualistes, qui pensent que dans certains cas l'âme agit chez nous en dehors de ce que nous appelons notre volonté.
Ce furent, comme vous devez vous le rappeler, ces extases qui caractérisèrent si bien la dernière partie de mon traitement car, de très rares qu'elles étaient dans la précédente, elles devinrent dans celle-ci très fréquentes. Ma grande sensibilité, amoindrie pendant un certain temps, s'était de nouveau augmentée ; je n'avais plus ni convulsions brusques, ni catalepsie, et, dans mon état normal, je n'éprouvais rien de mes douleurs passées.
Tel est, comme vous pouvez le voir, le résumé bien succinct du traitement que vous entreprîtes avec tant de bienveillance ; pendant les neuf mois que vous l'avez continué, je n'eus pas une seule de ces crises nerveuses qui m'effrayaient à si juste raison, et j'ai tout lieu de croire qu'elles ont à jamais disparu.
Comment, monsieur le baron, puis-je reconnaître le bien que vous m'avez fait ? Mon avenir était brisé, ma vie n'était plus qu'un mal qu'il fallait prendre en patience ; je n'envisageais qu'en tremblant l'avenir qui se déroulait devant moi; le bonheur de la famille était proscrit de mes projets ; comment, en effet, aurais-je pu le goûter avec la pensée que mes enfants dussent hériter peut-être du mal de leur père ? Du reste, quels projets pouvais-je faire étant moi-même à chaque instant à deux doigts de ma perte ? Mais maintenant un horizon plus vaste et plus lumineux m'entoure, et grâce à vous, monsieur le baron, je puis sans crainte en parcourir l'étendue. Recevez donc mes remerciements bien sincères, et si la Providence m'accorde un jour de jouir du bonheur domestique, permettez que mes enfants, dans les naïves actions de grâces qu'ils adresseront au Créateur, joignent à son nom celui du bienfaiteur de leur père.
Daignez, monsieur le baron, recevoir l'assurance de ma plus haute considération[12] .
Léon Lerolle.
Noyers, 20 septembre 1847. »

XVII. Possession, obsession
Voici un fait étrange, singulier, diabolique ; cependant, si vous avez bien retenu ce que je vous ai dit des courants artificiels, vous allez vous-même en trouver l'explication.
Un artisan de la ville de Reims était affecté d'une espèce d'hypocondrie ; il se plaignait de douleurs vagues et de maux nerveux. Malgré la médecine et les médecins, il continuait de souffrir, car vainement on avait essayé de le guérir. Sa maladie avec le temps prit plus d'intensité. Il perdit le sommeil et l'appétit. Bientôt même ses nuits furent troublées par l'apparition d'un phénomène étrange. Étant couché, il entendait distinctement frapper de petits coups sur le dossier de son lit, à l'extrémité de ses pieds. D'abord il n'y fit pas grande attention. Cependant ses pieds ne louchaient point le bois ; ces coups étaient très distincts et se répétaient à de courts intervalles. Bientôt ce même bruit se fit entendre au dossier ou était sa tête, bien qu'elle en fut éloignée. La peur prit cet homme : à coup sûr c'était un revenant ; on lui demandait des messes et comme il était crédule et peureux, il fit des prières pour l'âme en peine. Mais l'efficacité des prières fut nulle dans cette circonstance : le phénomène continua. Ne pouvant y tenir, il fit part de ses angoisses aux voisins, et bientôt toute la ville savait que dans la chambre de cet homme il y avait des revenants ; on voulut voir et entendre. Cet homme consentit à toute espèce d'examen, et ou fut confirmé de la réalité du fait, car les coups frappés, le bruit, enfin, arrivaient toujours de la même manière lorsque cet homme, était couché. Les médecins vinrent ; incrédules d'abord, ils parurent se rendre au fait. Ils firent consentir le malade à changer de lit, croyant au fond qu'il y avait là quelque supercherie, que l'examen attentif ferait découvrir. Dans ces cas, les savants supposent toute chose, excepté ce qui est vrai, sauf à reconnaître quelquefois leur erreur et à rendre hommage à la vérité.
Ce possédé fut couché chez un médecin : le lieu était bien choisi ; celui-ci avait pris toutes ses précautions. A sa grande surprise et contre son attente, les coups mystérieux se répétèrent, distinctement, et de manière que des sourds auraient pu les entendre. Il n'y avait plus de doute, cet homme était de bonne foi. Mais quelle était la cause d'une si étrange chose ? On n'en savait absolument rien, et les esprits étaient en suspens. Les dévots seuls ne l'étaient pas: le diable, une âme en peine, tourmentait le malade...
Sur ces entrefaites, un chimiste de Rouen, j'ai su son nom, mais ma mémoire ne me le fournit plus, n'importe, arriva à Reims pour éclairer cette ville par le gaz, et quelques esprits par sa science. On lui conta le fait ; il voulut le constater, et ayant entendu, distinctement entendu, il ne voulut pourtant pas croire aux revenants. Ce savant n'était sans doute rien moins que dévot.
Il proposa au malade de le débarrasser de ces tourments s'il voulait consentir à une simple expérience. Cet homme y consentit avec joie. Ce chimiste donc imagina de faire coucher le malade comme à l'ordinaire, et ceci étant fait, il lui attacha au gros orteil un fil de laiton dont l'extrémité allait plonger dans un vase où il y avait seulement une dissolution saline. O miracle ! plus de bruits, plus de coups frappés ; cet homme était tranquille, le démon s'était enfui. Surprise de tous. La répétition du procédé pendant quelques jours guérit parfaitement le malade[13] .
Dans un autre temps on l'eût exorcisé, et peut-être l'eût-on brûlé, ce qui eût été bien pis.

XVIII. Noctambulisme
Le traitement de cette affection n'est pas sans danger pour l'opérateur. Il faut faire prédominer le somnambulisme magnétique sur le naturel, pour le diriger à son gré ; mais la contrariété qu'en éprouvent ces malades les fait quelquefois user de leurs forces décuplées contre celui qui veut les guérir, mais qu'ils considèrent comme agresseur. Voici un fait curieux et qui m'est personnel, je l'extrais au Journal du magnétisme, 1845, t. I, p. 42.
Peu de temps après mon arrivée dans une ville étrangère, on vint me prier de venir magnétiser dans une maison un jeune homme qui, tous les soirs, tombait dans une espèce de somnambulisme extatique. Ses nuits se passaient sans que l'on osât l'interrompre, bien qu'il dépérît à vue d'oeil ; cependant ce sommeil paraissait moralement lui être favorable. Il avait alors plus d'esprit ; ses discours, remplis d'images, charmaient tous ceux qui les entendaient. Lorsqu'il prenait un violon, c'était le génie de la musique qui semblait s'être emparé de l'instrument, tant les sons étaient ravissants, tant ses improvisations étaient supérieures à celles des plus grands artistes !
Des médecins avaient été consultés, mais leurs remèdes n'avaient point eu d'efficacité.
Les accès continuaient ; d'ailleurs il en désirait ardemment le retour, car il s'y complaisait, chaque fois leur terminaison lui laissant une espèce de béatitude inexprimable. Lorsque je vis ce jeune homme pour la première fois, il était éveillé, et je lui parlai du magnétisme, cherchant ainsi à l'amener à en subir les effets sans surprise. Il ne voulut pas consentir à l'essai que je lui proposai, tant sa crainte d'être guéri était grande. Mais la famille, de plus en plus inquiète, vint de nouveau me prier de le magnétiser pendant son extase. J'y consentis, sachant que je faisais mal, car il m'avait repoussé ; il était homme et libre, je n'avais nul droit sur sa personne.
J'y allai cependant. J'avais recommandé de ne m'introduire près de lui que lorsque son sommeil mystérieux serait complet, et que ses sens seraient entièrement fermés aux impressions extérieures.
Voici ce qui arriva : impatient de constater les phénomènes magnétiques, on n'attendit pas que le sommeil fût profond : on m'introduisit près de lui en me donnant l'assurance que la condition exigée par moi pour que j'entrasse existait déjà depuis quelque temps: mais cela n'était pas.
Je trouvai ce jeune homme couché sur un canapé, ayant les yeux ouverts, mais fixes ; les muscles de la face dans un état de repos parfait ; le pouls était petit, fréquent : il avait, quelque chose de fébrile ; une sueur froide couvrait sa peau, et ce sommeil me parut si singulier, si différent de ce que j'avais vu jusqu'alors, que je ne pouvais m'empêcher de considérer celui qui le présentait. Je me mis en devoir de le magnétiser, sans m'approcher de lui, à la distance de trois pas environ ; mais, au bout de quelques instants, ce dormeur se leva ; je me reculai un peu pour lui laisser de la latitude et considérer ses mouvements.
Il marcha dans ma direction, lentement, sans que sa physionomie changeât en rien. S'il était possible de faire marcher un mort, de le faire agir et que cette scène se passât dans le silence et sans que le spectateur fût prévenu des moyens magiques qui auraient été employés, l'individu qui verrait cela serait impressionné singulièrement, comme je l'étais dans ce moment et ne pourrait, rendre les sensations qu'il aurait éprouvées. Je le vis donc avancer avec cette impassibilité automatique que je cherche à faire comprendre ; il vint près de moi et il allongea les bras pour s'assurer si c'était bien, en effet, l'objet qu'il cherchait ; je me laissai saisir par ses mains glacées, et cette espèce de spectre me repoussa doucement vers la porte par laquelle j'étais entré. Je cédai sans résistance ; mais, lorsque j'y fus parvenu, je dégageai une de mes mains et la lui appliquai sur le front, en lui disant doucement : « Retournez à votre place » et je le reconduisis ainsi comme il était venu, mais à reculons et toujours dans un état d'impassibilité que je n'avais vu de ma vie.
Je redoublai d'intention, voulant faire prédominer le somnambulisme magnétique sur cette espèce de somnambulisme extatique et le faire ainsi parler sur lui-même, espérant qu'il serait son médecin et pourrait facilement, se guérir.
Quelques légers spasmes ne tardèrent point à se manifester ; la mobilité de ses traits devint apparente, et pour la première fois, il commença de parler : « Je ne veux pas être magnétisé, disait-il : je ne veux pas être guéri. Allez-vous en, monsieur. » Les parents m'invitèrent à continuer, malgré mon peu d'envie ; mais je recommençai de nouveau à le magnétiser sans geste, mentalement et à la distance de cinq pas. Il se leva plus promptement que la première fois, et se dirigea sur moi sans hésitation, et, comme je restai immobile, il me saisit et me repoussa brusquement du côté de la porte. Je cherchai à me défendre doucement et lui parlai avec calme, cherchant ainsi à agir sur sa raison. Il s'irrita de mon insistance, et sa colère, bien que je ne le magnétisasse plus, devint d'une extrême violence. Il n'était pourtant point éveillé. Il brisa d'abord des petits meubles qui étaient à sa portée, et, comme je voulus l'en empêcher, il saisit une table assez grande, la mit en morceaux avec une facilité surprenante, puis en choisit un des pieds et vint sur moi pour m'en frapper. Ses coups étaient dirigés avec beaucoup d'adresse et une force terrible ; je les évitai d'abord, mais son insistance me fit bien voir qu'il en voulait à ma vie. Je n’avais pas la ressource d'attaquer à mon tour celui qui me traitait en ennemi.
Ses parents, ses amis, comme de braves gens, avaient fui, et reculant moi-même, je gagnai la porte, étant assez heureux pour pouvoir la fermer sur lui. Sa voix devint terrible et menaçante, ses imprécations celles d'un homme en délire ! La porte, fermée à clef, céda à ses premiers efforts, tant ils étaient violents. Une seconde porte, fermée de même, s'ouvrit en un instant ; aucune personne ne venait à mon secours, bien qu'il n'en voulût qu'à moi seul. L'obscurité et le grand nombre de pièces que j'avais à traverser n'étaient point un obstacle pour cet être singulier ; il suivait mes traces comme l'eût fait un chien, et les portes fermées semblaient s'ouvrir d'elles-mêmes. Je n'avais plus qu'une chambre à traverser pour être en sûreté, elle donnait sur l'escalier dérobé par où j'étais monté; la clef qui en ouvrait l'entrée se trouvait au dehors et nul moyen de l'ouvrir n'était à ma disposition. La redoutable voix arrivait toujours dans ma direction. Il n'y avait plus moyen d'échapper ; je devais songer à défendre ma vie.
Ma position était doublement critique ; je ne pouvais à mon tour devenir l'agresseur : dans aucun cas semblable on ne doit y penser. J'avais d'ailleurs perdu la seule ressource que je possédais, celle d'anéantir ses facultés motrices, et cela en temps opportun. J'avoue que, resté seul avec lui, dès le premier moment de son exaltation, des scrupules me vinrent. La fuite de tous avait fait apparaître des craintes en mon esprit, non sur le danger que je courais, car j'aurais pu m’y soustraire d'abord en abandonnant à lui-même ce fou, mais sur la responsabilité qui pouvait m'atteindre. Il était homme et libre ; il n'avait pas voulu consentir à être magnétisé, sa santé le touchait peu. J'étais donc dans mon tort, et je n'eusse pas dû écouter les conseils de la famille.
Toutes ces réflexions, je les fis rapidement et bien d'autres encore ! Mais le cours en fut interrompu par la présence de mon redoutable adversaire, qui, armé de son espèce de levier, commençait à frapper sur moi, en visant à la tête. Mes fuyards arrivèrent à la fin, non de face, mais par derrière, pour ne courir aucun risque. Ils avaient traversé la cour et monté l'escalier pour m'ouvrir cette porte. Je pus gagner ainsi la rue. La colère de cet enragé, calmée un instant par ma disparition, reprit avec plus de force, et de loin j'entendais le rugissement du lion. C'est ému de pitié et non rempli de courroux que je m'éloignais, j'avais bien quelques contusions, car je n'avais pas pu parer tous les coups ; mais je devais cependant me féliciter : je venais d'échapper à un péril certain.
J'appris quelque temps après qu'il s'était calmé une demi-heure après mon départ, et qu'il fut deux semaines sans avoir d'accès de son somnambulisme ce qu'il regrettait infiniment. Enfin ils revinrent et présentèrent à peu près le même caractère. A la longue, ces accès ont amené la faiblesse du cerveau et, une espèce d'hébétement, trop faciles à prévoir. J’ai soupçonné depuis que cet homme faisait usage de préparations narcotiques, car l'action du magnétisme, si certaine et si efficace dans les cas de ce genre, mais naturels, n'avait pas produit d'abord ce que je devais en attendre.
C’était le cas de m'écrier, en sortant de chez ce forcené : Qu'allais-je faire dans cette maudite galère. Mais le médecin va bien au milieu des fous et des pestiférés. Un missionnaire va bien, pour convertir à sa foi des infidèles, braver tous les dangers. Lorsqu’on est, dans le péril, il n'est pas temps de s’occuper des causes qui vous y ont conduit : c'est à l’éviter que l'on doit alors songer. On sait après si l'on a quelque courage. Se connaît-on jamais sans épreuves ?
Je pourrais ici vous entretenir de cas non moins graves : le docteur Pigeaire en cite un dans son ouvrage, où le magnétiseur courut aussi des dangers (Il magnétisait un aliéné) ; mais ils ne doivent point empêcher de faire des tentatives pour sauver un malheureux.
L'homme qui se jette à l'eau pour retirer un infortuné qui se noie, celui qui pénètre dans une maison incendiée, ne courent-ils pas aussi des dangers l'un et l'autre ? La crainte ne pénètre point au coeur de celui qui veut faire le bien. Elle n'agit point non plus sur l'esprit de celui qui veut découvrir l'inconnu. Aujourd'hui même encore, pour revoir une pareille scène, je m'exposerais aux mêmes dangers ; j'en saisirais les principaux traits qui m'ont échappé, et peut-être serais-je assez heureux pour pouvoir les rendre à mes lecteurs, ce qui m'est impossible à présent, tant ce que j'ai vu à la forme d'un rêve.
Ce serait ici le lieu de traiter des hallucinations, des monomanies et autres maladies mentales, mais les emportements, l'indocilité, quelquefois la fureur de ces infortunés, ne permettent pas une application régulière du magnétisme, on n'a que peu de cas de guérisons.

XIX. Névralgies
Ce groupe comprend les névroses de l'estomac : gastralgie, cardialgie, gastrodynie, vomissements nerveux, pyrosis ou fer chaud, pica ou malacia, boulimie, etc. ; l'odontalgie, l'otalgie, la migraine et autres douleurs nerveuses des diverses régions.
Rien n'est plus facile, pour le magnétiseur, que de faire cesser ces malaises, qui, sans être dangereux, font souvent beaucoup souffrir.
« Mais, dit M. Rostan[14] , la puissance du magnétisme sera-t-elle bornée aux maladies du système nerveux ? Nous savons que le cerveau étend son empire sur tous nos organes, sur toutes nos parties. Cet organe roi, étant par ce moyen profondément modifié, ne peut-il pas à son tour opérer quelques changements avantageux dans un organe souffrant ? En suspendant la douleur, ne produira-t-il pas d'abord un premier bienfait ? La douleur étant suspendue, l'appel des fluides qu'elle détermine ne sera-t-il pas aussi suspendu ? Les matériaux de congestion, d'irritation, d'engorgement que ces fluides apportent, et qui augmentent le mal local parce que l'effet augmente la cause, ne cesseront-ils pas d'arriver ? Ne s'opposera-t-on pas, de cette manière, aux progrès ultérieurs du mal, et ne favorisera-t-on pas sa résolution ? Nous supposons seulement la douleur suspendue, et cet effet est incontestable, et déjà nous voyons que les résultats sont immenses : que sera-ce si les expériences physiologiques prouvent d'une manière incontestable que le magnétisme active l'absorption ? »
Bientôt nous parierons de ces cas et de bien d'autres qui ont échappé à la sagacité des magnétiseurs.

14. Maladies chroniques diverses

Plus vous étudierez le magnétisme, plus cette découverte se montrera grande à vos yeux. L'expérience commence à être un flambeau pour moi ; je me trompe moins sur les opérations de la nature, et j'apprécie avec un coeur reconnaissant le pouvoir que j'ai et qu'ont tous les hommes de venir en aide à leurs frères souffrants. Mais ce qui me ravit, c'est que j'aperçois mon ouvrage au travers de l'enveloppe du corps ; dans certains cas même, je puis porter un pronostic que le temps ne peut démentir, car l'effet que j'annonce est le résultat forcé d'un travail organique déterminé par l'agent magnétique agissant en vertu d'une loi qui lui est propre.
Vous aurez donc un jour cette précieuse connaissance qui m'est venue à moi bien tard, car je n'ai point eu de maître. Vous prendrez plaisir à vos magnétisations, car outre le charme que l'on éprouve toujours à faire le bien, un intérêt peut-être plus vif attachera votre esprit à votre oeuvre.
Dans les affections chroniques rebelles à la médecine, dont je vous ai parlé, c'est là qu'il vous faut toute l'attention possible pour ne point quitter votre ouvrage, lorsque, croyant la nature impuissante ou rebelle, tout se prépare pourtant pour la guérison.
Méditez les exemples qui suivent.

I. Affections scrofuleuses
Ici le magnétisme montre rarement aux yeux son travail ; il faut le deviner sur de petits signes à peine sensibles. Ainsi vos magnétisations paraissent sans importance, le malade n'éprouve rien d'apparent. Mais de petites modifications ont lieu dans le pouls ; la peau, par suite, devient plus chaude. Plus tard le ventre se ballonne un peu, des borborygmes se font entendre, la langue se charge d'un enduit mince, une petite fièvre bien régulière se manifeste. Attendez encore ; tout se prépare. Ce n'est point la peau qui servira d'émonctoire, les urines non plus, car elles restent limpides ; mais le ventre devient un peu plus tendu ; de légères coliques se font sentir, enfin surviennent des garde-robes tout à fait séreuses.
Ne vous y méprenez point, n'aidez point la nature par des purgatifs, car tout se resserrerait bientôt. Le travail critique se fait bien seul. Des évacuations alvines plus abondantes vous l'annoncent ; la lymphe s'écoule, la fièvre devient plus sensible ; ne craignez rien cependant ; elle n'est que le résultat du travail qui s'opère dans les tissus, travail nécessaire à l'expulsion des fluides qui obstruaient les organes, et qui, n'ayant encore pu trouver leur écoulement, avaient engorgé les glandes dont la rupture produit les ulcères. Maintenant que les glandes deviennent plus flasques, plus molles, elles s'abaissent sur elles-mêmes, diminuent de volume, et les muscles se dessinent davantage.
J'ai ainsi vu se terminer une maladie scrofuleuse, au bout de cinq mois de magnétisation, par un dévoiement qui dura quatorze heures sans interruption. Il avait fallu ce temps pour le préparer, et les symptômes décrits plus haut l'avaient seuls annoncés.
J'ai vu plusieurs autres de ces affections se terminer moins brusquement, mais toujours par des garde-robes séreuses qui revenaient par intermittence.
Aucun médicament n'avait été administré pendant ces traitements ; la nature agissait seule.
Ici je dois vous dire que les procédés magnétiques varient. C'est par une application prolongée de la main sur l'estomac et le ventre que vous devez agir, car c'est là que se fait le travail, qu'aura lieu la crise. Quels que soient les engorgements glanduleux ainsi que leur situation, n'en cherchez pas la cure autrement que je ne vous l'indique. En supposant que vous agissiez sur leur volume, ce n'est que faire refluer les humeurs ailleurs, les porter dans le torrent circulatoire, d'où elles se reportent sur d'autres points pour y causer les mêmes désordres. L'insufflation qu'on a recommandée n'est utile que quand il n'y a qu'une seule glande ; elle se pratique ordinairement au travers d'un linge plié en quatre et appliqué sur la tumeur[15] .

II. Maladies aux mille noms
Je me sers de cette définition, car dans certaines affections, chaque médecin appelé donne un nom différent, selon qu'il croit saisir la cause réelle des désordres et surtout l'organe affecté. Ainsi chez une malade que j'ai actuellement sous les yeux, tous les médecins appelés, et il y en eut beaucoup, car le mal est ancien, dure depuis plus de dix ans : hystérie, hypocondrie, maladie imaginaire, humorale, rhumatismale, affection de la moelle épinière, mal à la matrice, ver solitaire, etc., etc. Je m'arrête, cette nomenclature serait trop longue. Mais voici les symptômes :
Ordinairement inappétence, comme aussi parfois appétit immodéré, constipation opiniâtre. Tic douloureux de la face. Idées noires et chagrines. Fatigue extrême à la moindre marche, besoin de la solitude. Peau couverte de petites élevures écailleuses que le frottement détache, mais qui renaissent bientôt. Eructations très fréquentes. Abattement, puis tout à coup développement de forces exagérées. Sommeil rare. Jamais de transpiration. Froid aux pieds. Pouls ordinairement petit. Difficulté de lire et de soutenir une conversation, malaise général, etc., etc.
Les traitements allopathiques suivis ont été nombreux comme les régimes. Il s'est parfois manifesté un peu de mieux, mais de peu de durée. Les voyages, les eaux, l'hydropathie n'ont point produit d'amélioration ; l'homéopathie essayée a soulagé. Cependant le corps s'affaiblissait comme les forces, le pouls devenait plus petit, plus rare ; la langue se couvrit d'un enduit d'un jaune foncé ; la peau devint plus sèche, et une fièvre lente ne quitta plus la malade.
Tel était son état lorsque j'entrepris son traitement. On avait prescrit les aliments : mangez, mangez, forcez-vous, était un commandement. Je conseillai le régime contraire, car je reconnus bien vite que l'estomac et les intestins fonctionnaient difficilement ; des matières putrides s'étaient accumulées dans les voies digestives ; l'haleine était aigre et fétide. Cependant j'eus à combattre toutes les préventions qui accompagnent un traitement magnétique. Je persistai et mis la malade au bouillon aux herbes pour toute boisson et alimentation.
Toute mon attention, mes forces magnétiques furent dirigées sur l'estomac et les intestins.
Ces parties semblaient ne plus exister, il fallait y ranimer la sensibilité ; je ne l'espérai pas en vain. Ma main appliquée tantôt sur l'estomac, tantôt sur les intestins, et laissée sur ces parties jusqu'à ce qu'il s'y manifestât une vive chaleur, me fit remarquer un commencement d'action, mais j'attendis deux mois ce symptôme. La fièvre avait considérablement augmenté, la maigreur était plus apparente, les forces nulles, et des espèces de vertiges avaient lieu vingt fois dans la journée. J'assurai cependant hautement la guérison, mais, je dois le dire, sans convaincre la famille; la malade avait seule confiance en moi. Le sommeil devint meilleur, malgré tous ces signes fâcheux. La langue, quoique toujours jaune, était moins sèche; des gaz commençaient à circuler dans les intestins, ce qui n'avait point eu lieu depuis longtemps.
Toujours avec la même obstination, mes magnétisations étaient dirigées sur l'abdomen.
Enfin la crise cherchée avec tant de persévérance se produisit. Des matières blanches et concrètes furent rejetées au dehors ; elles étaient tellement abondantes que la malade n'en pouvait croire ses yeux. Ces premières déjections la soulagèrent ; la langue fut moins pâteuse. De petits potages au beurre furent très bien digérés, ainsi que du café de glands.
Les garde-robes continuèrent, et, chose remarquable, celles critiques suivaient presque immédiatement les ordinaires, et toujours copieuses, sans que l'alimentation pût les justifier. La fièvre diminua sensiblement alors ; seulement, une légère chaleur annonçait le travail critique. Une amélioration sensible se fit de jour en jour remarquer, et il ne resta plus de doute sur la guérison prochaine car les forces reparurent, quoique l'on n'eût pas encore introduit un atome de viande dans l'estomac.
Ce cas, des plus remarquables, offre plus d'un enseignement pour la pratique du magnétisme. Sans ma persévérance, aurais-je pu guérir cette maladie rebelle à tous les genres de traitements ? Et si je n'eusse pas pris sur moi la responsabilité d'un régime qui semblait contraire, mais favorable, la nature fût restée sourde à mon appel. En vain j'aurais magnétisé avec toute la force possible ! Les humeurs qui étaient passées dans les tissus, entretenues par des matériaux riches, mais devenus putrides par leur séjour dans l'estomac et les intestins, véritable cloaque, eussent inévitablement amené une fièvre adynamique. Fallait-il croire à l'efficacité des purgatifs ? Non. On en avait usé largement, sans oublier même la médecine Leroy, et sans profit aucun. Le magnétisme pouvait donc seul produire cette guérison. Heureux d'en être l'instrument, cela été pour moi l'objet d'une étude suivie, car je voyais le travail qui se faisait intérieurement, et toujours je l'annonçais d'avance. Je vous citerais bien encore d'autres traitements ; mais, quoique très instructifs, ils allongeraient trop cet ouvrage, que j'ai voulu rendre rapide.

III. Hydropisies
Tant de causes diverses peuvent produire ces affections qu'il est difficile de les embrasser toutes ici. Il en est d'organiques, presque toujours indestructibles, d'autres qui résultent du ramollissement et de la faiblesse ou atonie des tissus. Quoi qu'il en soit, le magnétisme compte, dans ces dernières, bon nombre de succès dus à son action tonique et excitante. Rarement la peau se prête à servir d'émonctoire ; mais le canal intestinal et la vessie se partagent parfois ce travail critique. L'action magnétique est profonde, moléculaire, et les effets physiques ne se montrent pas toujours. Les nerfs, baignés ou abreuvés de sérosité, réagissent sourdement, on voit peu d'effets, et nous venons d'en dire la cause. C'est l’abdomen qu'il faut surtout magnétiser, lors même que l'infiltration n'existe que dans les jambes. C'est à pénétrer cette cavité dans toutes ses parties, c'est à la chauffer par l'influence excitante, que l'on doit tendre.
Bientôt une toux d'un caractère particulier vous avertit qu'une portion du liquide épanché est entrée dans la circulation générale, et des battements de coeur inaccoutumés, dus à la même cause, vous confirment que votre travail a un résultat. Ne vous étonnez point des garde-robes sérieuses, elles peuvent venir en grand nombre ; l'eau s'écoule par cette voie. Rarement la vessie se prête d'abord à vous servir ; les urines restent quelques temps rares et rouges ; mais enfin vous voyez un changement. Lorsque la chaleur interne a diminué, car le froid n'est qu'à l'extérieur, l'ardeur trop grande, fébrile, des organes sécréteurs cesse, et les urines coulent souvent avec abondance.
J'aurais de beaux exemples à vous citer ; ils sont dus à la persévérance des magnétiseurs, à leur dévouement, qui vaut mieux, dans certains cas, que la science.
L'instinct indique qu'il faut magnétiser les reins, les hypocondres, mais surtout la région du bas-ventre. A quoi bon le sommeil ? Il est mutile. Il faut seulement magnétiser comme je l'indique, et se bien pénétrer de cette vérité, que le magnétisme active l'absorption ; c'est une de ses propriétés les plus bienfaisantes.
L'anarsaque et les diverses infiltrations de liquides séreux dans le tissu des organes, ou dans des kystes, sont soumises aux mêmes règles de traitement.

IV. Menstruation

Malgré mon désir de rendre court ce petit traité, que je destine moins aux magnétiseurs qu'à ceux qui veulent le devenir, je ne puis passer sous silence encore quelques affections souvent très rebelles à la médecine, et où le magnétisme réussit parfaitement. Qu'on ouvre, en effet, les écrits sur le magnétisme, ou qu'on écoute les récits journaliers des magnétiseurs, on est accablé de preuves que les suppressions des règles cèdent presque toutes à l'emploi du magnétisme. Maintes fois j'ai ainsi rétabli la menstruation après que tous les remèdes avaient échoué. Dans d'autres circonstances où les menstrues étaient, ou précédées, ou suivies de douleurs intolérables, j'ai fait cesser ces douleurs et rétabli l'étal naturel par cette seule pratique.
Dans les cas de simples suppressions, magnétiser trois ou quatre jours avant l'époque menstruelle, et si l'on ne réussit pas, cesser pour reprendre le mois suivant. En outre, lorsqu'une jeune fille est lente à se former, et qu'elle souffre parce qu'un émonctoire naturel ne peut s'établir, soit par faiblesse de tempérament ou d'autres causes inconnues, aidée par le magnétisme, elle devient nubile, et ce flux si nécessaire, si important, se régularise parfaitement.
Dans ce cas, le père ou la mère, s'ils savent magnétiser, peuvent être les médecins de leurs enfants.
Il est des cas qui paraissent devoir être rebelles, comme les affections de poitrine anciennes, qui retiennent, empêchent le sang de se porter vers le bassin, cependant, contre toute probabilité, dans ces cas extrêmes, la nature, par un puissant effort, détermine quelquefois le sang à prendre cette direction. Seulement, dans ce cas, le résultat n'est pas heureux : la nature épuisée fait preuve de bon vouloir ; mais on avait trop attendu, il est trop tard ; elle ne peut plus que vous laisser des regrets. Dans les affections senties, où la faiblesse est extrême, et où cependant les règles paraissent, la nature, aidée par le magnétisme, les supprime. Elle retient ainsi, sans augmenter en rien le mal qui existe, des forces nécessaires. Vous ne devez pas vous en étonner ; il n'y a pas contradiction dans sa marche, quoique cela apparaisse ainsi à notre faible intelligence.
J'ai constaté trois cas qui corroborent ce que j'ai dit plus haut en traitant des jeunes filles pour des pâles couleurs ou même pour des affections différentes. Tombées dans le sommeil magnétique, elles annonçaient le jour et l'heure de l'apparition de leurs règles et, comme elles ignoraient ce que c'était, elles jetaient des cris d'effroi en apercevant du sang aussi distinctement que s'il eût été sous leurs yeux. Et au jour indiqué, à l'heure précise, les mamans, qui étaient dans le secret, obtenaient la preuve d'une prévision parfaite. Les principales affections de cette fonction sont : la chlorose ou pâles couleurs, la leucorrhée et les suppressions par causes diverses.

V. Virilité, fécondité
Un homme de cinquante ans environ, ayant perdu la faculté virile, magnétisé pour une affection rhumatismale, vit en même temps que la cessation de ses douleurs revenir une faculté qu'il ne possédait plus depuis longtemps.
Une femme de trente-cinq ans, stérile, devint grosse à la suite d'un traitement magnétique qui lui avait été ordonné pour une maladie qui n'avait point son siège dans l'abdomen.
Deux autres exemples sur des femmes qui avaient déjà eu des enfants, mais qui, par le temps qui s'était écoulé (dix ou douze ans), semblaient devoir ne plus être mères, le sont devenues de nouveau, et, dans tous ces cas, l'accouchement a été très heureux.
Le magnétisme ravive la sensibilité ; il la porte même sur des organes manquant de celle qui leur est nécessaire, et leur fait de cette sorte retrouver le ton convenable. Je ne cite que des cas positifs ; je n'ai commencé à les observer que lorsque plusieurs autres de même nature avaient eu lieu ; mais je ne les attribuais pas alors au magnétisme.

VI. Vésicatoires, cautères, sétons
Il est un fait précieux que n'ignore aucun de ceux qui magnétisent : c'est que les malades chez qui on a établi un ou des émonctoires les voient, durant le traitement magnétique, sécher ou suppurer beaucoup plus abondamment. On acquiert ainsi une donnée certaine sur leur opportunité. Dans le premier cas, on peut les supprimer sans danger, car ils sont inutiles ; dans le second, il faut bien se garder d'y toucher, ils sont nécessaires, et celui qui les avait ordonnés avait bien jugé. La nature dirige sur ce point des humeurs viciées ou superflues; il faut laisser la source s'en tarir.
Elles peuvent être influencées à leur origine d'une manière favorable ; mais, passé le second degré, le magnétisme est tout à fait contraire si l'on ne sait le doser. Animé d'une foi vive, j'ai essayé à diverses reprises d'arrêter ce cruel mal ; mais plus je faisais d'efforts violents, et plus mon énergie était grande, moins je faisais de bien. C'est que l'action d'un remède, quel qu'il soit, doit être calculée eu raison de la puissance des organes. Ici cette puissance n'existait que fort peu, et la circulation augmentée, trouvant un organe en partie détruit, ne faisait plus que fatiguer en pure perte ce qui en restait. Souvent même des étouffements, des crachements de sang étaient la suite forcée de mes tentatives. Il est donc une limite où vous devez vous arrêter : ici elle est toute tracée. Vous ne pouvez guérir. — Contentez-vous de soulager, et vous y parviendrez par un magnétisme doux et de quelques instants.

VII. Tentatives inutiles
Parmi les maladies que l'on ne doit pas chercher à guérir signalons :
1° Les tumeurs enkystées d'un gros volume. Le magnétisme peut bien, dans certains cas, agir sur leur masse ; mais cette dissolution est dangereuse, et ne fait qu'aggraver l'état du malade en portant dans la circulation des matériaux d'irritation trop abondants.
2° Les calculs de la vessie ne peuvent être en rien diminués, ni expulsés par l'action magnétique. Il en est de même des corps étrangers introduits dans les organes. Il faut chercher le sommeil lucide, car il y a des ressources inconnues. Sans lui, il n'y a nul espoir par le magnétisme simple.
3° Les taches de la cornée, la cataracte, ne peuvent non plus être détruites par le magnétisme. Mieux vaut pour lui la paralysie des nerfs optiques, car plusieurs ont cédé assez promptement.
4° Les membres atrophiés dès le jeune âge, et qui sont restés en arrière du développement des autres parties de l'individu.
5° Le rétrécissement du diamètre du canal rachidien, comme la paralysie qui en est la suite : maux totalement incurables.
6° L'idiotisme de naissance, lorsque surtout la tête présente un défaut de proportion.
7° Enfin toutes les infirmités ayant pour cause un vice de conformation, lorsque le temps et la constitution ne les ont point déjà modifiées en bien.
Une énumération plus longue serait superflue ; il ne faut pas beaucoup d'intelligence pour distinguer ce qui est possible, faisable, de ce qui ne l'est pas. Cependant, comme je vous l'ai fait pressentir, on peut, dans quelques cas, surmonter toutes les difficultés, même celles que vous oppose la nature, et je ne puis me refuser à vous offrir un grand exemple d'une impossibilité vaincue.
S'il est une maladie incurable par sa nature, n'est-ce pas une affection organique, celle du coeur surtout ? Voici pourtant une guérison dont j'ai été témoin.
Un jeune médecin suivait, en 1833, un de mes cours de magnétisme ; il était convaincu de l'existence réelle de l'agent contesté et des singuliers phénomènes qu'il produit. Sa croyance, basée seulement sur l'examen des faits passés, avait cependant besoin d'une sanction. Il obtint bientôt, en magnétisant lui-même, la preuve matérielle que sa raison ne l'avait pas trompé. Un jour il vint tout joyeux m'annoncer qu'il avait fait une somnambule lucide. C'était une jeune femme de vingt-cinq ans, affectée d'un anévrisme au cœur ; après lui avoir donné des preuves d'une grande clairvoyance, cette dame venait de lui annoncer qu'elle pouvait se guérir, si l'on suivait les prescriptions qu'elle ferait, quelle qu'en fût la nature.
Monsieur Le B.... s'était assuré par tous les moyens en son pouvoir que la maladie du coeur était des plus graves et déjà fort ancienne ; les symptômes d'ailleurs en étaient effrayants : tous les deux jours elle crachait abondamment du sang ; elle avait souvent des palpitations très fortes, accompagnées et suivies d'étouffements ; les jambes étaient gonflées, la marche pénible ; monter un escalier lui était très difficile. Le teint de cette jeune femme était d'un gris verdâtre ; l'oreille du médecin et le stéthoscope ne laissaient aucun doute sur l'existence d'une dilatation considérable d'un des ventricules du coeur.
La première médication de cette somnambule consista dans l'application immédiate de cent cinquante sangsues ; soixante - quinze devaient être posées dans la région du coeur, et les soixante-quinze autres sur la région correspondante dans le dos. Monsieur Le B.... ne voulut rien faire sans prendre mon avis, et comme je lui avais dit que les somnambules ne se trompaient point pour eux, il consentit à entreprendre ce traitement si je voulais en partager la responsabilité ; j'acceptai sans hésitation. J'allai donc avec lui voir cette femme ; il la mit en sommeil magnétique devant moi, et elle répéta qu'elle se guérirait si l'on voulait de point en point suivre ses prescriptions ; elle persista dans sa première indication, assurant en outre que, le lendemain de l'exécution de son ordonnance, elle dirait ce que l'on devrait faire. La diète la plus rigoureuse devait dès cet instant être suivie.
Les sangsues furent donc appliquées, et on les laissa saigner le temps qu'elle avait indiqué ; malgré cela, elle devait encore avoir un crachement de sang ; elle l'eut.
Endormie le même jour, elle se prescrivit une abondante saignée du bras pour le lendemain. M. Le B... vint de nouveau me trouver, ne voulant rien faire que je n'eusse approuvé. Nous vîmes encore la malade en sommeil ; elle répéta qu'il fallait absolument cette saignée, et que nous n'étions pas au bout. La saignée fut donc pratiquée, malgré la grande faiblesse de la malade ; elle n'avait déjà plus la force de se tenir debout. Endormie le lendemain, elle s'ordonna encore une abondante saignée pour le jour suivant, et nous annonça qu'éveillée elle ferait les plus grandes difficultés lorsqu'on lui parlerait de cette saignée, mais que, pendant la discussion que cette proposition amènerait, elle aurait une syncope, et qu'il fallait profiter immédiatement de cet état pour l'exécuter.
L'inquiétude commençait à nous gagner, nous nous interrogions des yeux, M. Le B... et moi, mais la malade, devinant notre pensée, nous dit : Il ne fallait pas commencer si vous ne vouliez pas finir. D'ailleurs, vous n'êtes pas au bout.
La faiblesse de cette jeune femme paraissait déjà extrême, la diète la plus rigoureuse avait été observée ; sa parole était à peine entendue, et nous dûmes cependant faire encore cette abondante saignée. Nous nous y résolûmes. Tout se passa comme elle l'avait dit; elle ne voulut, malgré tous les raisonnements, y consentir dans son état de veille. Vous voulez me tuer, disait-elle, vous m'assassinez ; ce sont des essais que vous faites sur moi, etc., etc. Mais bientôt elle succomba à la fatigue ; la bande fut ôtée tandis qu'elle était sans connaissance, et il coula de nouveau du sang dont la couleur n'était déjà plus riche et foncée, mais une espèce de lymphe rosée ; de légères convulsions eurent lieu. On la magnétisa, elle s'endormit ; nous l'interrogeâmes, elle nous assura que nous avions bien fait qu'elle voyait parfaitement son coeur et le travail qui s'y faisait, qu'il reviendrait immanquablement, sur lui-même pour reprendre son volume et sa consistance ordinaires, mais qu'il fallait encore tirer du sang. A cette parole, le nôtre s'était glacé dans nos veines ; elle aperçut notre trouble, et ne cessa, quoique d'une voix faible, de nous encourager : « Je sais ce que je fais, je sais ce qui est bon, je suis savante pour moi. Demain, demain il faut que je sois comme une morte, mon pouls ne doit plus battre qu'imparfaitement ; ma respiration doit être à peine, sensible ; mes yeux ne doivent plus voir, mais tout cela est nécessaire pour que je guérisse ; demain donc, vous me ferez une dernière saignée, plus copieuse que les autres. » Et, afin qu'on ne commît aucune erreur, elle demanda un saladier, qui était dans un buffet voisin, et, l'ayant entre les mains, elle traça avec son doigt, près du bord supérieur, une ligne où, dit-elle, nous devions seulement nous arrêter.
« Cette saignée durera fort longtemps, car ce sera du sang baveux (ce sont ses expressions) mais gardez-vous d'interrompre ; j'aurai les convulsions de la mort, je serai prise par un hoquet pendant lequel je rendrai des pulpes de cerises, cerises que j'ai mangées le matin du jour de l'application des sangsues. Elles sont dans mon estomac, je les vois ; laissez-moi ensuite dans mon état de faiblesse, et pour tout remède ne faites que passer sur mes lèvres, de temps à autre, des barbes de plumes trempées dans du vin d'Alicante. Il faut que mes forces soient bien lentes à revenir ; dans quelques jours seulement on pourra me donner une cuillerée de bouillon dans une tasse d'eau ; on augmentera graduellement la dose de bouillon, et ce n'est que dans un mois que je pourrai prendre quelque chose de solide. » Elle donna ensuite pour toute autre chose que pour elle des preuves de clairvoyance. Mais, je dois l'avouer, nous n'étions nullement rassurés ; M. Le B... regrettait d'avoir suivi mon conseil, et moi je me repentais amèrement de l'avoir donné. Un ami de M. Le B..., aussi médecin, et qui était dans la confidence de ce traitement, s'adjoignit à nous ; nous nous consultâmes, nous résolûmes de nous trouver tous le lendemain au lit de la malade. M. Le B..., qui la magnétisait de temps en temps, n'était pas le moins inquiet ; dix fois il alla voir son état, et à chaque visite son effroi augmentait : il voyait un visage livide, des yeux voilés ; il n'entendait plus sortir de sa bouche que des sons formés par une voix éteinte. Il fallut pourtant encore nous résoudre à saigner ! L'heure vint ; nous devions, je crois, alors être aussi pâles que la malade. Au premier mot de saignée, elle se trouva mal, et nous levâmes l'appareil de la saignée, et le bras fut posé sur le saladier.
Nous n'osions nous adresser une seule parole ; chacun se tenait renfermé dans un silence absolu qui était effrayant. La saignée rendait à peine quelques gouttes d'un sang pâle comme de la lymphe ; il y avait déjà une demi-heure que cette opération durait, lorsque des mouvements de forme tétanique se déclarèrent ; nous dûmes contenir la malade ; elle eut le hoquet prédit, et au milieu de la salive spumeuse qui sortait de sa bouche, nous aperçûmes les pulpes de cerises, cerises mangées il y avait déjà à peu près huit jours. Je communiquai ma joie à mes collègues car dès cet instant je ne pouvais plus conserver de doute sur le succès. Si la malade avait pu avec exactitude annoncer l'expulsion de ces débris de cerises, nous n'avions plus rien à craindre désormais : tout se passerait, comme elle l'avait prédit.
Le sang continuait de couler sans jet, mais goutte à goutte ; par des mouvements convulsifs de la malade mal contenue, le malheureux saladier fut renversé sur son lit, lit qui n'était déjà que trop ensanglanté ; le parquet fut lui-même inondé. Nous bandâmes la plaie quelques instants après pour ne plus la rouvrir.
On n'apercevait plus chez la malade qu'un faux rayon de vie errant par intervalles.
Trois hommes de coeur se regardaient alors avec une sorte d'effroi et de frémissement nerveux. Une espèce d'assassinat venait d'être commis par eux ; leurs intentions étaient pures cependant : ils n'étaient animés que du désir de sauver une pauvre créature condamnée à mourir jeune ; ce n'était pas même la pensée de s'éclairer sur un grand fait, qui les guidait; entraînés presque malgré eux, et par degrés, à suivre des prescriptions terribles et d'une efficacité qui n'était point douteuse, mais qui leur paraissait telle alors, ils se croyaient dans cet instant coupables aux yeux de Dieu et de la justice humaine, car l'emploi du magnétisme n'est pas sanctionné par les Facultés. Quelle excuse, en cas de mort, pouvaient-ils alléguer ? La pureté de leur conscience ? mais aux yeux des hommes qui eussent été appelés à se prononcer dans une semblable cause, nous aurions été ou des fous ou des assassins. Moi surtout qui avais dit : Faites, ne craignez rien, agissez selon que la malade vous conseillera ; moi pourtant qui ai horreur du sang humain ainsi versé, j'eusse été représenté comme le principal acteur d'un drame terrible et sans exemple !
Ah ! Je dois l'avouer, mes cheveux grisonnèrent pendant ces quelques jours, et, quoiqu'il y ait déjà trente ans d'écoulés, en me rappelant cette époque, je crois avoir encore sous les yeux ce terrible drame.
La malade fut laissée dans le même lit tout imprégné de sang ; une couleur verdâtre teignait tout son corps ; affaissée sur elle-même, elle ressemblait à une personne morte déjà depuis longtemps. On suivit rigoureusement ces prescriptions ; des barbes de plumes humectées de vin d'Alicante furent promenées de temps en temps sur les lèvres bleuâtres, et, quelques jours après, on lui donna un bouillon coupé, par petites cuillerées à café ; plus tard, elle traça un nouveau régime, car elle n'avait pas cessé d'être magnétisée par M. Le B... Au bout de six semaines, elle était très faible encore ; je la rencontrai à un mois de là, c'est-à-dire deux mois et demi, à quelques jours près, du commencement de son traitement. Elle n'avait plus alors de palpitations ; ses couleurs étaient revenues ce qu'elles avaient été dans ses plus belles années ; elle marchait avec facilité ; elle m'assura qu'elle pouvait monter un escalier sans ressentir son ancienne incommodité ; tout crachement de sang avait cessé ; son ignorance était complète sur les angoisses qu'elle nous avait causées. Heureuse du changement qui s'était opéré dans sa constitution, elle ne se rappelait, que l'application des sangsues et la première saignée. M. Le B. la magnétisait de temps eu temps, non pour sa santé, mais parce qu'elle offrait des phénomènes remarquables.
C'est ainsi que s'écoula ma vie, entre les émotions que fait toujours éprouver l'application d'un agent nouveau au traitement des maladies, les injures des sots, le doute plus cruel des sages, et la lutte constante de l’âme qui ne vous laisse aucun repos tant que la victoire n'est pas décidée au profit de la vérité.

15.Réflexions

Vous voyez que c'est rapidement, à grands traits, et embrassant les caractères généraux de l'action du magnétisme, que je cherche à implanter cette découverte dans vos esprits.
Quels que soient, au reste, les descriptions, les exemples que l'on puisse citer, un livre est toujours imparfait. L'essentiel est de se pénétrer des vérités mères, et de grouper ensuite soi-même les faits de moindre importance près des faits principaux. Les sciences sont mobiles, et, quoique s'appuyant sur une base souvent solide, elles varient dans leur aspect. Mais ce que je vous ai dit est suffisant pour mettre en évidence la force mystérieuse qui est eu vous, quoi que vous fassiez, quelle que soit la teinte de vos idées, les procédés qu'il vous plaira suivre. Les faits pourront se présenter avec des nuances distinctes ; mais en les dépouillant, vous reconnaîtrez qu'ils viennent d'un fonds commun et qu'ils ont une même origine. Marchez sans crainte, la nature plus sage que nous, a donné des propriétés constantes à notre agent ; nous pouvons les affaiblir, mais non les détruire. Le magnétisme sera toujours un principe tonique ; il aura également la propriété de produire ce qu'on appelle le sommeil magnétique. Jamais ces qualités ne changeront, pénétrez-vous en bien. Toutes les maladies par lui peuvent être influencées, modifiées ; c'est enfin l'agent de la nature donné à l'homme comme moyen, de se guérir et de se préserver.
Ne bannissez cependant point les auxiliaires, les moyens qui peuvent lui venir eu aide.
Ce sera un jour le rôle de la médecine ; elle étudiera avec plus de fruit l'art de guérir car elle ne le connaît point encore, tandis que vous, au contraire, dès vos premiers pas, vous produirez des faits que votre esprit comprendra, dont il connaîtra la cause, et qui vous empêcheront de vous égarer. Mais, quoi que vous fassiez, jamais vous ne guérirez tous les malades; plusieurs sont sortis incomplets des mains de la nature ; les uns devront avancer en se traînant jusqu'à un certain âge et mourir jeunes encore ; d'autres, tout en vivant, éprouver les ennuis de vivre, car l'étui où l'âme avait été logée manquait des proportions nécessaires. Au milieu de ces infortunés se trouvent placés ceux que vous pouvez soulager ou guérir ; il n'appartient qu'à l'étude de pouvoir les distinguer du premier coup d’oeil. Jamais un livre, quel qu'il soit, ne vous donnera cette connaissance ; elle arrive en nous lorsque les sens ont été exercés longtemps, et ne peut se transmettre, pas plus que le génie. C'est à vous d'avancer dans le pays dont nous vous offrons la topographie, de suivre la route que nous vous avons tracée : votre intelligence fera le reste. Dirigez-vous d'où vient la lumière. Il est des hommes qui veulent vivre et mourir dans les ténèbres, ne soyez pas comme eux ; ils sont placés, dans l'échelle des êtres, plus bas que l'animal car celui-ci, en avançant en âge, se perfectionne, il développe ses moyens, son instinct acquiert de la justesse, tandis que l'homme qui n'étudie point se dégrade visiblement.

16. Résumé

Vous demandiez la preuve de l'existence du magnétisme : vous l'avez eue.
Il importait de savoir s'il est susceptible d'une application rigoureuse au traitement des maladies : vos doutes doivent être dissipés... Guérit-il ? Voilà la question principale.
Écoutez ce que dit le professeur Rostan :
« Ils étaient bien peu médecins, peu physiologistes et peu philosophes, ceux qui ont nié que le magnétisme pût avoir des effets thérapeutiques. Ne suffit-il pas qu'il détermine des changements dans l'organisme pour conclure rigoureusement qu'il peut jouir de quelque puissance dans le traitement des maladies ? Il n'est pas une de nos molécules qui ne soit pénétrée par quelqu'une des ramifications nerveuses ; en modifiant le système nerveux, comme on le fait par le magnétisme, il doit survenir des changements fort remarquables dans nos organes. »
Je pourrais vous renvoyer aux ouvrages des magnétiseurs ou vous citer cette liste, maintenant si nombreuse, de malades que l'on a guéris, et qui, du reste, l'affirment eux-mêmes. Je pourrais mettre sous vos yeux les guérisons éclatantes que j'ai obtenues moi-même en agissant comme machine magnétique; vous rappeler l’Hôtel-Dieu et la fille Samson, si authentiquement guérie à l'heure où l'on n'attendait plus que sa fin : les exemples sont faciles à trouver ; mais je veux plus que vous convaincre, je veux que vous magnétisiez vous-même, que vous soulagiez vos frères, et que votre conviction ne repose que sur vos oeuvres.
Je veux que, si vous êtes médecin, ou si vous voulez le devenir, vous sachiez quelle ressource le magnétisme peut vous offrir comme moyen de traitement, et combien d'instruction vous pouvez puiser dans l'étude de cette force nouvelle et des lois qui la régissent.
Je veux enfin que vous fassiez entrer de force dans la science une vérité féconde en grands résultats.
Il ne s'agit plus de faits isolés, d'un, de dix ou de vingt êtres ayant les propriétés magnétiques que je viens de faire connaître, mais de la généralité des hommes qui les ont ou peuvent les acquérir. Il ne s'agit plus d'un genre de maladies spéciales pouvant être influencées heureusement par le magnétisme, mais bien du plus grand nombre de nos infirmités.
Faut-il maintenant se jeter à corps perdu dans le magnétisme et abandonner tout secours venant de la médecine ? Non, sans doute. Mais il faut forcer les médecins à étudier les ressources qu'offre le magnétisme ; il faut, et sans être coupables ils ne peuvent s'y refuser, qu'ils appliquent ou fassent appliquer devant eux l'agent magnétique d'abord dans les cas désespérés, ensuite dans tous ceux où les remèdes, quoique bien indiqués, laissent pourtant les malades languissants, et enfin dans la plus grande partie des affections nerveuses, où de l'aveu même du médecin, les remèdes sont impuissants et inefficaces.
Le magnétisme n'a-t-il pas subi l'épreuve du temps ? Les préjugés qu'il a rencontrés ne sont-ils pas vaincus en grande partie ? Aucun malade aujourd'hui ne repousserait ce moyeu de guérir s'il était présenté ou conseillé par un médecin honorable. Il est temps, pour l'honneur de la médecine, que des préventions injustes cessent d'exister. Les remords viennent à la suite de toute action coupable. Ici n'en est-ce pas une, quand un infortuné meurt par impuissance du médecin qui a voulu rester impuissant; qui, lorsque la lumière luit à ses yeux, baisse la paupière pour ne pas voir le jour ? Je sens que j'irais trop loin, je m'arrête ; j'ai promis de faire un manuel, d'enseigner une méthode, et je rentre dans mon sujet. Si ma plume obéissait aux impulsions de mon coeur, ce serait un plaidoyer en faveur des droits de l'humanité que j'écrirais ici. J'ai besoin de me rappeler souvent que la science ne veut point de chaleur d'âme, aucun enthousiasme. Il faut, pour lui plaire, rester froid en présence de vérités qui vous transportent et vous élèvent jusqu'à Dieu. Il ne s'agit pourtant ici ni d'algèbre, ni d'arithmétique ; et, sans chaleur d'âme, sans pensées brûlantes, point de succès dans des cas extrêmes. On pardonne à un artiste l'enthousiasme qu'il éprouve lorsque d'un bloc de marbre, son ciseau a fait un chef d'oeuvre.
Nous serions inexcusables, nous, si nous manifestions les saints transports que nous éprouvons lorsque notre main, dirigée avec art, a chassé le froid de la mort et donné de la vie à l'être qui se voyait mourir ; n'est-ce point pourtant un chef-d'oeuvre capable d'exalter l'artiste ?
N'ouvrons point cette soupape aujourd'hui ; l'ébullition de nos pensées généreuses la soulèvera de force un jour, et le feu longtemps contenu rejaillira au loin.
Revenons à la description de nos procédés, et pour inciter davantage à la pratique et à l'étude du magnétisme ceux qui nous liront, agrandissons le champ des phénomènes, parlons du somnambulisme et de ses concomitants.

[1] Les physiciens définissent force par cause de mouvement.

[2] Passes.

[3]Passes.

[4] Cette considération est certainement la cause que beaucoup de médecins qui auraient envie peut-être d'expérimenter le magnétisme ne l'osent pas, dans la crainte du qu'en dira-t-on ; et moi-même j'avoue que je me suis vu souvent arrêté par cette crainte mondaine, dont il est difficile de se garantir entièrement.

[5]Rabelais, III, 35.

[6] Job, XII, 12

[7] Je n'en ai point trouvé qui atteigne ce but d'une manière absolue. Le papier superposé, le carton, par exemple, est le seul corps qui m'ait paru faire dévier les courants magnétiques, qui finissent cependant par s'y frayer un passage.

[8] Du Potet Essai sur l’enseignement philosophique du magnétisme, 1 vol. p. 120 et suivantes.

[9] Voir mon Cours de magnétisme en douze leçons, 4e édit., 1856, 1 vol, in-8.

[10] L'insolent mépris des savants et des médecins pour la découverte qui nous occupe, leur a fait perdre une occasion magnifique d'étudier les guérisons spontanées que le zouave Jacob opérait sur des paralytiques ; spécialement tous ne guérissaient point sans doute, mais les succès étaient nombreux. La conduite des hommes de science est extrêmement blâmable, ils ont empêché le bien de se faire, déconsidéré l'instrument de ce bien, ont rendu ridicule l'homme simple et honnête qui ne demandait rien pour ses oeuvres merveilleuses et, étouffant une vérité qui les fait trembler, ils ont trouvé en dehors de leur camp des écrivains sans vertus et sans lumières pour les aider dans une entreprise digne du temps du Saint-Office.

[11] Extrait du journal le Magnétisme, p. 161, t. VII.

[12]Aujourd'hui, après vingt années, rien encore n'est survenu pour détruire mon ouvrage. Baron du Potet.

[13] Ces phénomènes peuvent servir à comprendre et peut-être à expliquer le mouvement des tables parlantes et les facultés des médiums.

[14]Dictionnaire de médecine en 21 volumes in-8°, article Magnétisme.

[15] Voir mon Cours en douze leçons.

 

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