Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


IDEOPLASTIE


 

Le terme « idéoplastie » a été créé par le Dr Durand (de Gros) en 1860, pour désigner les principaux caractères de la suggestibilité. Il a été ensuite employé par le Dr Ochorowicz, en 1884, pour désigner les effets de la suggestion et de l'auto suggestion, lorsqu'elle donne lieu à la réalisation physiologique d'une idée, comme il arrive dans les cas des « stigmates ». Le même terme a été enfin proposé par le Pr Richet à l'occasion des expériences avec Mlles Linda Gazzera et Eva C. (1912-1914) ; expériences qui ont démontré d'une façon nette et incontestable l'existence de matérialisations de figures humaines, qui étaient la reproduction objectivée et plasticisée de portraits et de dessins tombés sous les yeux des médiums. Il est clair que l'on devait logiquement inférer de ces faits que la matière vivante extériorisée est plasmée par l'Idée. C'est là la signification précise du terme « idéoplastie », appliqué aux phénomènes de matérialisation médiumnique.
Et la substance vivante extériorisée et amorphe, sur laquelle s'exercent les idées-force inhérentes à la subconscience du médium a été désignée par le même Pr Richet du terme d' « ectoplasme ».
Je ferai remarquer, pour l'Histoire, que les matérialisations idéoplastiques étaient connues un demi-siècle avant l'époque où elles rappelèrent d'une façon spéciale l'attention des chercheurs, et que la substance ectoplasmique était connue déjà des alchimistes du XVIIe siècle, ainsi que d'Emmanuel Swedenborg.
Le docteur N. B. Wolfe parle longuement, en effet, de matérialisations idéoplastiques dans son ouvrage : Startling Facts in Modem Spiritualism (1869). De substance ectoplasmique parlent deux grands alchimistes : Paracelse, qui l'appelle : Mystérium Magnum, et Thomas Vaughan qui la définit : Materia Prima. Ce dernier en avait provoqué la transsudation du corps de sa femme. Quant à Swedenborg, il sembla en avoir fait personnellement l'expérience, puisque, dans sa première vision initiatique, il parle « d'une sorte de vapeur qui sortait des pores de son corps, et c'était une vapeur d'eau très visible, qui descendait jusqu'à frôler le tapis ».
Quoique l'on ne parle d'idéoplastie que depuis quelques années seulement, en réalité elle était sous-entendue depuis l'époque où l'on a obtenu les premiers phénomènes de matérialisation, puisque les fantômes matérialisés apparaissaient entourés de voiles — ce qui démontre que la pensée et la volonté étaient capables de plasmer la matière, en créant des tissus. Peu importe si la pensée et la volonté agissantes étaient attribuées à des défunts ou à des vivants, puisque dans les deux cas il s'agissait quand même d'une forme plasticisante, inhérente à l'Idée.
Dans l'ordre des manifestations naturelles, qu'elles soient physiologiques ou pathologiques, on a d'ailleurs toujours connu certaines catégories de phénomènes qui auraient dû faire présager l'existence de propriétés plasticisantes et organisantes dans la pensée et dans la volonté subconscientes. Il en est par exemple ainsi des phénomènes de « mimétisme » dans les espèces animales, et des phénomènes des nævi, et des « stigmates » dans l'espèce humaine.
Je me bornerai à rapporter à ce propos une page du docteur Gustave Geley, dans lequel se trouvent brièvement résumées ces sortes de manifestations. Dans son ouvrage : De l'Inconscient au Conscient (p. 73), il écrit :
"Les phénomènes de stigmatisation, de modifications trophiques cutanées par suggestion ou autosuggestion ne sont que des phénomènes élémentaires d'idéoplastie, infiniment plus simples, quoique de même ordre, que les phénomènes de matérialisation. Les guérisons dites miraculeuses sont le fruit de la même idéoplastie, orientée, par suggestion ou autosuggestion, dans un sens favorable aux réparations organiques et concentrant pour un temps, dans ce but, toute la puissance du dynamisme vital. Il faut remarquer que la force idéoplastique subconsciente réparatrice est beaucoup plus active chez les animaux inférieurs que chez l'homme ; sans doute parce que, chez ce dernier, la fonction cérébrale accapare et détourne à son profit la majeure partie de la force vitale. Il n'y a pas de miracles, dans le retour accidentel à l'organisation humaine des actions dynamiques et idéoplastiques qui sont la règle au bas de l'échelle animale.
Les phénomènes de mimétisme, si fréquents également dans l'animalité et si mystérieux dans leur mécanisme, peuvent aussi s'expliquer par l'idéoplastie subconsciente. L'instinct provoquerait simplement l’idéoplastie dans un sens favorable, et les effets de cette dernière seraient ensuite facilités et fixés par les facteurs de sélection et d'adaptation."
Enfin, il est, opportun de faire noter que si l'hypothèse idéoplastique s'est imposée d'une manière définitive, par suite des expériences avec les médiums dont nous avons parlé, elle avait cependant déjà été prévue, par intuition scientifique, par divers chercheurs, tels que Hartmann, Aksakof, Du Prel et le colonel de Rochas. Les trois premiers y touchaient seulement comme à une « hypothèse de travail », tandis que M. de Rochas la formule déjà en se fondant sur ses propres expériences avec Eusapia Paladino. Il dit en effet :
"D'autres expériences... tendent à éprouver que la matière fluidique extériorisée peut se modeler sous l'influence d'une volonté assez puissante, comme la terre glaise se modèle sons la main du sculpteur.
On peut supposer qu'Eusapia, à la suite de ses passages à travers divers milieux spirites, a conçu dans son imagination un John King, avec une figure bien déterminée, et que, non seulement elle en prend la personnalité dans son langage, mais qu'elle parvient à en donner les formes à son propre corps fluidique, quand elle nous fait sentir de grosses mains et qu'elle produit à distance, sur la terre glaise, des impressions de tête d'hommes, comme cela lui est arrivé en Italie. Le soufflet vu par M. de Gramont n'aurait pas d'autre origine, car il n'est pas plus difficile de représenter un ustensile qu'un membre du corps humain...
Mais si rien ne nous prouve que John existait, rien ne nous a prouvé non plus qu'il n'existait pas. Nous ne sommes d'ailleurs point seuls au monde ; il y a d'autres personnes que je connais personnellement, en qui j'ai la plus grande confiance, et qui rapportent des faits ne pouvant s'expliquer qu'à l'aide de la possession temporaire du corps fluidique extériorisé, par une entité intelligente d'origine inconnue. Telles sont les matérialisations de corps humains entiers observées par M. Crookes avec Miss Florence Cook, par M. James Tissot avec Eglington et par M. Aksakof avec Mme d'Espérance" (Annales des Sciences Psychiques, 1897. pp. 25-26).
On peut voir que, dès 1896, le colonel de Rochas avait non seulement eu l'intuition de l'hypothèse idéoplastique, mais qu'il l'avait circonscrite dans de justes limites, en faisant sagement remarquer que, si l'on doit admettre l'existence de phénomènes permettant d'arguer que la pensée subconsciente du médium est une force plasticisante et organisatrice, il n'est pas moins démontré que certains phénomènes ne peuvent s'expliquer qu'en admettant l'intervention d'une pensée organisatrice, étrangère au médium et aux assistants.
Aujourd'hui plus que jamais, c'est là la vraie et seule solution de cette énigme si complexe. Au fur et à mesure que l'on avance dans l'investigation des branches multiples constituant les doctrines métapsychiques, on voit ressortir de plus en plus la grande vérité du principe selon lequel Animisme et Spiritisme sont complémentaires l'un de l'autre, ayant tous les deux une cause unique : l' « esprit humain », qui, lorsqu'il opère en qualité d'« incarné », provoque les phénomènes animiques ; quand il opère comme « désincarné », détermine les phénomènes spirites. Cela est si vrai, que quand on prétend contester l'une ou l'autre des deux sections qui constituent le problème à résoudre, il est littéralement impossible de se rendre compte de l'ensemble des faits.
Ayant établi cela d'une façon préliminaire, je poursuis donc mon sujet, en prévenant mes lecteurs que je me propose de fournir un simple exposé très sommaire des phénomènes d'idéoplastie, le thème étant trop vaste pour pouvoir être dûment développé dans un ouvrage de synthèse générale comme celui-ci. Par contre, il s'agit de recherches si récentes, et si largement discutées dans les traités et les revues qui s'occupent de ces questions, que tous les métapsychistes les connaissent.
Relativement à la nature de l’ectoplasme je rapporte les passages essentiels de la description qu'en donne le docteur Geley, qui s'exprime ainsi.
Le processus de matérialisation peut se résumer dans les termes suivants : "Du corps du médium transpire et s'extériorise une substance amorphe ou polymorphe qui revêt des représentations diverses ; généralement des représentations d'organes plus ou moins complets.
La substance est mobile. Tantôt elle évolue lentement, monte, descend, se promène sur le médium, ses épaules, sa poitrine, ses genoux, par un mouvement de reptation qui rappelle celui d'un reptile ; tantôt ses évolutions sont brusques et rapides ; elle apparaît et disparaît comme un éclair...
La substance montre une grande sensibilité, jointe à une sorte d'instinct, rappelant l'instinct de la conservation chez les invertébrés La substance paraît avoir toute la méfiance d'un animal sans défense ou dont la seule défense consiste à rentrer dans l'organisme du médium dont elle est issue. Elle craint les contacts, toujours prête à se dérober et à se résorber.
La substance a une tendance immédiate, irrésistible à l'organisation. Elle ne demeure pas longtemps à l'état originel. Il arrive fréquemment que l'organisation est tellement rapide qu'elle ne laisse pas voir la substance primordiale. D'autres fois on voit, simultanément, la substance amorphe et des représentations plus ou moins complètes englobées dans sa masse ; par exemple un doigt pendant au milieu de franges de substance, On voit même des têtes, des visages enveloppés de substance" (De l'Inconscient au Conscient ; pages 53-58).
Miss Felicia Scatcherd décrit en ces termes l'attitude de l'ectoplasme au cours d'une des nombreuses séances qu'elle eut avec le même médium :
"J'ai déjeuné avec Marthe (Eva C.) ; quand nous eûmes terminé, Marthe manifesta l'intention de m'accorder une séance. Je ne voulais pas accepter, de crainte de la fatiguer, mais elle insista ; alors Mme Bisson intervint en remarquant qu'il valait mieux ne pas s'opposer aux désirs du médium.
On commença ; le médium tomba presque aussitôt en une transe profonde, la tête renversée en arrière, de manière qu'elle n'aurait rien pu percevoir devant elle, même si elle avait été éveillée. Les rideaux du cabinet médiumnique restèrent ouverts, et la lumière fut légèrement baissée. Nous causions, lorsque nous vîmes apparaître soudain sur le parquet une masse abondante de substance, à dix-huit pouces environ de la chaise du médium, et à sa gauche. Elle était d’une blancheur extraordinaire, et légèrement lumineuse.
Je pensai : « Comment pareille chose a pu se produire ? Qui sait si la substance est rattachée au médium ? » Aussitôt le « contrôle » du médium répondit à ma demande mentale, en disant : « Il n'y a pas de liens ; vous pouvez passer la main entre la substance et le médium ». C'est ce que je fis, sans inconvénients. Je plaçai ensuite un mouchoir blanc absolument propre à côté de la substance, dans le but d'en évaluer la blancheur, et je constatai que le mouchoir paraissait gris, en comparaison de la substance mystérieuse.
Je me plaçai ensuite de manière à pouvoir toucher, sans être vue, la substance. Lorsque ma main fut sur le point de toucher au but, le corps du médium se tordit dans un spasme convulsif, et le « contrôle » cria : « Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas ! Il y va de ma vie !"
Repentie de ma tentative inconsidérée, je m'excusai humblement. Toutefois, plus tard on m'autorisa spontanément à toucher la substance, et je constatai ainsi qu'elle présentait une résistance au toucher, comparable à celle de la mousse de blanc d'œuf ; sa température paraissait légèrement inférieure à celle du milieu où nous nous trouvions. Je dis à Mme Bisson : « Ce serait bien intéressant de peser cette substance ! Mais, je comprends bien que la chose n'est pas possible, puisqu'on ne peut manier la substance sans causer du mal au médium ». Mme Bisson sourit et, s’adressant à sa fille, elle la pria d'aller à la cuisine y chercher la balance.
En attendant, cette magique substance s'était allongée, en empruntant la forme d'un reptile ; d'où j'argue qu'elle avait compris ce qu'on désirait d'elle. Lorsque la balance arriva, j'eus à éprouver l'une des plus fortes émotions de ma vie, en voyant la substance en forme de reptile se soulever sur la queue et venir se placer sur l'un des plateaux de la balance, qui était placée sur un piédestal haut de dix pouces au-dessus du sol. Elle y resta jusqu'à ce que j'eus contrôlé son poids, que je trouvais très léger en comparaison du volume. Alors, en serpentant en arrière, elle sortit du plateau et descendit au sol, où elle reprit immédiatement son aspect primitif informe ; pendant que je la surveillais, elle disparut de mes yeux. Elle ne diminua pas, ne se dissolva pas : elle disparut" (Light, 1921, p, 809-810),
Il serait vain de se perdre en conjectures au sujet de la nature de cette substance vivante, sensitive, intelligente, capable de disparaître et de réapparaître en un instant. Autant vaudrait prétendre à se rendre compte du mystère de la vie, qui est le secret de Dieu. Contentons-nous sagement de remarquer ce qui est du ressort de notre mentalité finie, à laquelle il n'est pas loisible d'outrepasser les lois qui règlent les phénomènes. Je me bornerai donc à noter que dans le cas ci-dessus tout contribue à démontrer que la substance vivante extériorisée obéit à la volonté subconsciente du médium. Il faut en inférer que, de même que, grâce à un acte de la volonté du médium cette substance parvint à se modeler en forme de reptile pour monter sur la balance et s'y laisser peser, de même, en d'autres circonstances, elle parvient à revêtir l'aspect de visages humains connus du médium, en démontrant ainsi que la pensée et la volonté subconscientes sont bien des forces plasticisantes et organisatrices. Non seulement ; mais comme d'autres expériences nous apprennent que souvent les traits des visages matérialisés sont inconnus au médium, mais connus des assistants, il faut en déduire que la substance vivante est capable d'obéir à la volonté subconsciente de tierces personnes présentes, ou de subir leur influence par l'intermédiaire du médium. Enfin, comme, en d'autres circonstances, les formes matérialisées, vivantes et parlantes, sont des personnes décédées inconnues au médium et aux assistants, on doit en déduire que la substance vivante extériorisée est susceptible d'obéir à la volonté d'entités spirituelles de défunts, ou de subir leur influence par l'entremise du médium ; ce qui revient au même.
Etant donné cela, il est bien de ne jamais perdre de vue les conclusions exposées, grâce auxquelles on constate que, s'il est vrai que la substance vivante extériorisée obéit constamment à une force organisatrice inhérente à la pensée et à la volonté humaine, il est vrai aussi que cette pensée, cette volonté n'appartiennent pas exclusivement à la personnalité intégrale subconsciente du médium, mais proviennent quelquefois des expérimentateurs, et souvent d'entités spirituelles de décédés.
Je ne m'occuperai pas de cette troisième catégorie de manifestations, puisque le thème que nous examinons ici se rapporte aux cas où la volonté organisatrice est celle du médium et des assistants ; c'est-à-dire, des vivants.
Il ne me reste qu'à passer rapidement en revue quelques cas importants de cette sorte.
Je commence par signaler un phénomène curieux, contre la réalisation duquel il importe que les expérimentateurs sachent se tenir en garde. Il est dû à la docilité avec laquelle la mentalité subconsciente d'un médium à matérialisations absorbe les idées nettement définies formulées verbalement, ou même mentalement, par les expérimentateurs en sa présence. En ce cas, on constate que si l'expérimentateur imagine à priori une théorie plus ou moins mécanique au sujet de la manière dont se réalise un phénomène physique donné, il la verra confirmée a posteriori. Il aura alors l'illusion d'avoir eu l'intuition du vrai, tandis qu'en réalité il n'a fait que suggestionner le médium de manière à le prédisposer à reproduire, avec la substance ectoplasmique, le modèle concret de sa propre théorie. Ainsi, par exemple, le Dr Crawford, professeur de mécanique, ayant imaginé a priori que les lévitations de la table se produisaient grâce à un « bras de levier » fluidique, qui, en sortant de l'organisme du médium, descendait au sol, pour allonger ensuite un bras vertical, pointer sous la table et la soulever, eut la surprise de constater que les épreuves photographiques de ces lévitations lui donnaient absolument raison : le « bras de levier » fluidique existait réellement, et était bien constitué de la façon imaginée par M. Crawford. Mais celte constatation d'un fait ne signifiait nullement que les lévitations des tables en général avaient lieu de cette, manière ; en réalité, c'était la volonté subconsciente du médium qui, ayant accueilli la suggestion verbale de Crawford, lui avait docilement servi le « bras de levier » supposé par lui. Cette explication du phénomène dont il s'agit n'est plus mise en doute par personne.
Il arrive en somme, eu fait de matérialisations, ce qui s'était produit déjà en fait d'hypnotisme, où les premiers chercheurs scientifiques, sans en exclure l'éminent Pr Charcot, avaient nettement formulé, en se basant sur les faits, les lois de la suggestion et les phases spécifiques du sommeil léthargique et cataleptique par lesquelles passaient les patients : lois et phases qui ne représentaient en réalité que la réalisation, grâce à la suggestion, des idées théoriques préconçues des différents hypnotiseurs. C'est ce qu'on observe actuellement à propos du polymorphisme de la substance vivante extériorisée, qui peut revêtir, par suggestion ou autosuggestion, toutes les formes imaginables. Il en résulte que les expérimentateurs doivent se maintenir en des conditions de pensée absolument neutres, relativement aux modalités dans lesquelles se produisent les représentations matérialisées, en réservant aux procédés scientifiques de l'analyse comparée et de la convergence des preuves, la tâche si difficile d'éclaircir le grand mystère. En ce qui concerne les cas de matérialisations plastiques de visages presque toujours plats — il ne me semble pas qu'il soit nécessaire de m'étendre à relater les récits de ces faits, que tous les métapsychistes connaissent : il nous suffira de toucher sommairement aux principaux.
Je rappellerai d'abord que, dès 1865-1870, le Dr N.-B. Wolfe avait obtenu avec le médium Mrs Hollis de magnifiques matérialisations plastiques de visages et de bustes entiers, plats ou en bas-relief, dont le buste coloré au naturel de Napoléon Ier et de l'impératrice Joséphine ; ceci en correspondance avec le fait qu'il était un grand admirateur de Napoléon et qu'il s'occupait d'études sur sa famille.
Plus récemment, des manifestations de cette sorte se sont produites quelquefois avec Eusapia Paladino, ainsi que je l'ai rappelé précédemment, en citant un passage du rapport du colonel de Rochas.
Avec le médium Mlle Linda Garrera on obtint des reproductions de cette nature, dont l'une a soulevé en France et en Italie un tourbillon de polémiques, dues pour la plupart à des journalistes ignorants et prétentieux, qui jugèrent l'occasion excellente pour dénigrer la médiumnité, étant donné que le fait se prêtait superficiellement à des accusations de fraudes. Cette reproduction idéoplastique avait été obtenue à Paris, en présence du Pr Richet, et avait été dûment photographiée. Dans cette photographie on voyait le médium plongé en un sommeil profond, les mains jointes sur la poitrine ; au-dessus d'elle, un peu en arrière, était une tête matérialisée, vue un peu de biais, qui regardait en haut, dans une attitude extatique ; cela parut si anormal aux expérimentateurs, qu'on l'avait nommée la « tête d'un fou ». Or, on ne tarda guère à découvrir que ce visage plasticisé d'extatique était un essai de reproduction de la tête de Saint Jean, peinte par Rubens, tête que le médium avait observé avec admiration, quelques jours auparavant, au Musée du Louvre. La comparaison entre les deux visages ne laisse guère de doutes au sujet de leur identité, quoique la reproduction idéoplaslique soit sensiblement différente dans les détails ; surtout pour les yeux, qui regardant bien en haut, dans la même attitude que dans le tableau de Rubens, mais sortent des orbites, tandis que dans le modèle ils sont normaux et magnifiques. Mais l'on comprend la cause de cette inexactitude idéoplastique : c'est le détail frappant des yeux du Saint, qui, regardant en haut, a les orbites envahies par la cornée blanche, tendant à produire chez l'observateur superficiel l'impression d'yeux sortant des orbites ; impression que le médium a évidemment ressentie, et qu'elle a reproduite idéoplastiquement, en l'exagérant.
Je rappellerai enfin les fameuses expériences de Mme Bisson et du Dr Schrenck-Notzing avec le médium bien connu Mlle Eva C, expériences qui ont contribué plus que toutes les autres à démontrer d'une manière expérimentalement décisive la réalité des phénomènes d'idéoplastie.
On comprend que cette série d'expériences à son tour, a soulevé des polémiques ardentes et haineuses dans les journaux quotidiens et dans les revues de variétés, au sujet du thème de la fraude universelle. Voulant être impartial, je dirai que la circonstance même que le médium Eva C. fournissait les meilleurs exemples d'images idéoplastiques, aisément reconnaissables comme telles, suffisait déjà à laisser prévoir le réveil inévitable des soupçons de fraude parmi ceux qui, ignorant tout ce qui se rapporte à la métapsychique, se considèrent comme étant les plus compétents à en parler. Mais dans le cas dont il s'agit, la mauvaise foi des contradicteurs ressort du fait que, pour soutenir leur point de vue, ils n'ont pas tenu compte des comptes-rendus des séances, qui démontraient irréfutablement l'impossibilité matérielle de la réalisation de leurs insipides fantaisies.
Le Dr de Schrenck-Notzing répondit à tous de manière à obliger au silence ce groupe d'incompétents.
Les portraits idéoplastiques dans lesquels on rencontre de fortes ressemblances avec des personnages politiques et artistiques contemporains ont été sept, sur trente ; pour trois parmi eux l'identité parut incontestable. Ce sont : le portrait du président Wilson, qui avait été publié par la revue Le Miroir, le 17 novembre 1912 ; c'est-à-dire dix jours avant la séance au cours de laquelle il a été reproduit plastiquement ; le portrait du président Poincaré qui avait paru dans la même revue le 21 avril a été reproduit par Eva C. le 6 mars ; et le célèbre tableau de Léonard de Vinci : La Joconde, qui avait été volé, quelques jours auparavant, dans les galeries du Louvre, et reproduit par un grand nombre de journaux.
Il faut remarquer à cet égard que lorsque, dans les expériences dont il s'agit, on parvint à photographier deux ou trois fois de suite, à des intervalles de quelques minutes, le même visage plasticisé, on rencontra toujours des différences très sensibles entre les diverses reproductions de la même figure ; différence qui se rapportaient à la position de la tête, aux contours du visage, à l'expression de la physionomie. Ainsi, par exemple, si dans une première photographie on observait un visage avec les yeux clos à moitié dans la deuxième on remarquait que les yeux étaient tout grands ouverts. Il y avait en outre des perfectionnements très remarquables dans la conformation générale et dans la netteté des traits ; c'est-à-dire, on constatait que dans l'intervalle entre les deux poses, l'image idéoplastique s'était perfectionnée. Or ce fait présente une considérable importance théorique, d'abord parce qu'on est parvenu ainsi à saisir en action le travail artistique de la force plasticisante ; ensuite, parce que ce fait suffit à lui tout seul, à démolir toutes les insipides présomptions de fraude, fondées sur des portraits authentiques ; exposés par le médium. Celui-ci était d'ailleurs systématiquement dépouillé, visité, revêtu et cousu en une sorte de sac en surah, avec des manches serrées aux poignets.
Le Dr de Schrenck-Notzing conclut en ces termes :
"Le fait que les phénomènes ont, dans beaucoup de cas, réalisé des idées du médium, doit être considéré comme un fait constaté au moyen de nombreuses observations. Les résultats de l'idéoplastie dépendent d'une manière étroite de la vie psychique de la personne servant à l'expérience, de sa richesse de souvenirs, ainsi que de l'intensité des conceptions dominant chaque fois. Avec Eva C, les images optiques de la mémoire jouent évidemment le rôle prépondérant (type de conception visuelle). Il s'ensuit que le point principal d'un portrait peut être complètement oublié, tandis qu'un détail peu important (par exemple la forme et le dessin d'une cravate, une verrue, la forme d'une gravure tombant sous les yeux, certaines lignes et types dans la conformation du visage) seront reproduits de la façon la plus précise..." (Annales des Sciences Psychiques, 1914, pp. 141-142).
Le Pr Flournoy remarque à son tour :
"Les souvenirs latents du médium, ou les jeux de son imagination, se matérialisent littéralement au dehors, et deviennent visibles et photographiables, en modelant à leur image la mystérieuse substance sécrétée par son organisme. C'est d'ailleurs l'explication fournie par Eva, elle-même au cours de ses transes : « le médium, dans son somnambulisme, prétend que la substance matérielle palpable n'est qu'un déchet, et que le principal, c'est une force invisible, qui se dégage de lui en même temps que la substance et la façonne comme un sculpteur pétrit sa glaise ». Une sorte de démiurge, quoi, qui crée les objets en imprimant directement dans la matière amorphe les idées qui lui passent par la tête ou les rêves de sou imagination ! » (Annales des Sciences Psychiques, 1914, p. 149).
Il me semble que ce que je viens de dire suffit à démontrer la réalité incontestable des phénomènes d'idéoplastie, dont l'existence était déjà prévue et sous-entendue par les phénomènes analogues de la « photographie de la pensée». Ceux-ci, à leur tour, laissaient déjà prévoir la réalité des phénomènes de l’« objectivation des images » visualisées par les sensitifs. Ces phénomènes confirmaient l'opinion de ceux qui regardaient comme objectives aussi les images hallucinatoires des expériences de suggestion hypnotique et post-hypnotique, ainsi que les images hallucinatoires visualisées par les artistes et les écrivains et, en principe, les hallucinations pathologiques proprement dites. Comme on peut voir, on se trouve en face d'un enchaînement de phénomènes, favorable à notre thèse, puisqu'il s'agit d'une échelle progressive et non interrompue de phénomènes, dans laquelle chaque classe de manifestations confirme les autres et est confirmée par les autres. Il s'ensuit que, si on les considère dans leur ensemble, on constate qu'elles constituent un bloc homogène et synthétisé de résultats expérimentaux, dont la signification ressort évidente et indiscutable pour qui que ce soit : c'est que la Pensée et la Volonté sont des forces plasticisantes et organisatrices.

 

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