TROIS MESSAGES SPIRITUELS
Choisis par Jean Bazerque
PREMIER MESSAGE
En attendant qu'il me soit permis d'aborder les multiples problèmes que nous sommes appelés à étudier ensemble, il convient, avant toute chose de situer une fois pour toute le véritable sens du mot SPIRITISME et définir aussi ce que l'on doit entendre par : "Etre spirite".
Il est une idée, malheureusement très répandue autour de vous, dans votre monde, celle qui consiste à croire qu'être spirite, c'est subir un diminutio capitis, c'est-à-dire un amoindrissement, plus qu'un amoindrissement, une sorte d'anéantissement total de sa personnalité. Cela est dû en grande partie à la méconnaissance totale de la doctrine et à la confusion qui se crée quant à l'exercice de ses principes.
De là résulte que, dans le langage courant, le terme SPIRITISME est tombé si bas, qu'il est arrivé à signifier des expériences à l'aide de divers objets dans un but erroné, poussé par une curiosité morbide à vouloir sonder, pénétrer et même découvrir ce que vulgairement vous appelez : les mystères de l'au-delà.
Cependant, il est certes des réunions sérieuses où le désir de bien faire règne majestueusement et aux destinées desquelles président le recueillement et la concentration de la pensée. Hélas! Celles-là sont rares. Les autres aboutissent malgré l'aspect émouvant qui les entoure, à l'insu même des expérimentateurs, aboutissent dis-je, inéluctablement, à la plaisanterie et à la raillerie.
Et ceux qui combattent le Spiritisme, neuf sur dix pour ne pas dire tous, se le représentent sous cet aspect plaisant et avec ce caractère léger. Et c'est sur quoi ils se basent pour justifier leur éloignement. Et alors comment ne pas être considéré, comment ne pas passer pour fou, quand on s'attache comme vous le faites, avec cette persévérance et cette assiduité continuelle, à lui trouver au contraire motifs de la préconiser, de l'exalter et sinon d'y croire, du moins d'adhérer à ses principes, de pratiquer sa morale et j'irai même très loin, en en faisant un système d'éducation et de discipline morales.
(A cet instant, le médium B. entransé se lève de sa chaise, se tourne vers le public et parle d'une voix forte et en scandant ses mots. Il donne l'impression d'être beaucoup plus grand qu'il ne l'est réellement).
LA N'EST PAS, MES CHERS FRERES, LE VERITABLE VISAGE DU SPIRITISME.
Mais alors que devient votre rôle ?
Vous, pionniers d'aujourd'hui et apôtres de demain, vous devez vous élever, vous insurger contre ces plaisanteries qui ne sont que les grimaces du Spiritisme. Vous devez énergiquement, publiquement, les repousser comme une atteinte au bon sens.
Vous pourrez alors proclamer bien haut, que le Spiritisme, c'est la communion des âmes en Dieu par l'amour et la charité. Le but qu'il poursuit est de conquérir le cœur de nos frères et d'y ajouter à pleines mains le germe de ces sentiments généreux et nobles que sont : la BONTE, la PITIE et le PARDON.
Enfin être spirite signifie croire réellement, personnellement, du fond du cœur, en la justice et la bonté divines c'est-à-dire consciemment, raisonnablement, en parfaite connaissance de cause, que Dieu est notre Père, le père de chacun de nos semblables, de tous nos frères, à quelque race qu'il appartienne.
DEUXIEME MESSAGE
Après avoir donné l'autre soir la définition réelle et le but précis de notre doctrine telle qu'il faut la concevoir, je vais essayer ce soir de vous dire, en quelques mots, pourquoi et comment nous sommes conduits au Spiritisme.
Question hasardeuse, question indiscrète, allez-vous penser ?
Non pas, chacun de vous, un soir, ici-même, n'a-t-il pas étalé avec de savoureux détails, les raisons qui, d'après lui, l'ont amené à adopter notre doctrine ?
Alors vous croyez vraiment que c'est cet étrange enchaînement de faits, ce curieux concours de circonstances que vous relatiez avec tant d'émotion et de sincérité et auxquels chacun de vous dans sa candeur naïve, a mêlé l'un sa surprise et l'autre sa stupéfaction. Alors, vous croyez que c'est cela ?
Non mes frères, ce n'est pas cela.
Qu'importe votre erreur, vous avez pour vous l'excuse de l'ingénuité. Dans le domaine de l'art on dit qu'on naît artiste, mais on ne le devient pas. Dans le domaine spirituel, il faut dire, on ne naît pas spirituel, mais on le devient.
Nous naissons tous avec l'obligation de le devenir un jour ou l'autre. Obligation qui fait partie intégrante de notre être, qui répond non pas à un fait extérieur, mais à un fait intérieur et c'est là le point capital ; obligation qui ne trouve son éclosion et son épanouissement que dans un élément essentiel et cet élément est la souffrance.
Oui, c'est la souffrance, ce bacille mystérieux qui nous contamine, c'est la souffrance qui nous conduit et nous fait prendre à nous et à vous le chemin de la spiritualité.
Du reste, la souffrance, en raison du rôle sublime qu'elle joue dans le domaine spirituel, fera l'objet d'une causerie que je me propose de vous faire prochainement.
Sachez donc que tous les frères, en quelque temps qu'ils vivent, en quelque lieu qu'ils se trouvent et quelque rang qu'ils occupent, maréchaux ou soldats, riches ou pauvres, athlètes ou infirmes, tous, sans exception, sont mis en demeure explicitement de choisir entre la vie d'égoïsme et la vie de générosité, entre l'indifférence et la bonté, en un mot, entre la vie animale et la vie spirituelle. Et c'est en optant pour la vie spirituelle que l'on entre sainement dans le Spiritisme qui seul, nous mènera un jour aux sources mêmes de la lumière divine.
C'est une loi de Dieu qui s'accomplit.
Tant qu'on ne passe pas par-là, tous les gestes que l'on fait, toutes les paroles que l'on peut prononcer ne sont que des signes stériles.
Si cette science des sciences ne se réalise pas dans votre monde, c'est cependant dans votre monde qu'elle s'ébauche, qu'elle se prépare ; c'est dans votre monde qu'on opte pour elle. Et alors, comme il s'agit d'une fin commune à atteindre, c'est en communauté que nous devons la poursuivre en y apportant chacun l'obligation de donner ce qu'il a reçu ou ce qu'il a acquis. Et cela est l'application pure et simple de la loi d'entraide mutuelle qui est la base de la pure, de l'unique et de l'imprescriptible morale qu'est la morale christique.
Et maintenant, comprendrez-vous ô frères initiés et frères attardés que c'est de sa mission sublime que le Spiritisme reçoit son véritable caractère, son véritable sens, sa véritable portée. Or cette mission consiste essentiellement à aimer, à diffuser, à propager la charité divine et l'amour du prochain.
Et quand on vous dira : ''Mais ce sont des paroles'', vous devez répondre par des actes afin de l'affirmer avec plus de force et d'efficacité parmi vos frères.
Et alors lorsqu'on vous dira : "Le Spiritisme, mystère de l'au-delà'', à vous tous qui m'entendez, répondez : NON !
Et quand on vous dira : ''FORCE SPIRITUELLE'', répondez : OUI !
Que l'amour et la charité guident vos actes, mes chers frères.
TROISIEME MESSAGE
Je vous ai dit la dernière fois quel est notre but. Je pense que vous avez compris que ce but n'est pas que les hommes, extérieurement, fassent une chose ou une autre ou qu'ils disent ceci ou cela, mais c'est croire réellement et personnellement en la charité spirituelle, de manière à se faire une ligne de bonté par opposition à une vie d'égoïsme.
Et j'ajouterai à cela que le Spiritisme étend son champ d'action, non seulement durant une seule existence terrestre, mais il recommence et il continue son action bienfaisante à chaque réincarnation, de sorte que sa tâche n'est jamais finie, MILITANTE, ici-bas, TRIOMPHANTE au-delà.
Il nous reste à examiner aujourd'hui les moyens que le Spiritisme doit employer pour cette tâche et ce qu'il faut pour que cette tâche soit saine et salutaire. Cette tâche, permettez-moi encore une fois de vous la résumer succinctement :
C'est d'arracher nos frères à la vie animale pour les élever à la vie spirituelle, c'est-à-dire dans le domaine de la charité et de l'amour. Au lieu de chercher à nous frustrer mutuellement et nous servir les uns des autres, il faut au contraire se donner mutuellement et s'aider les uns les autres, tout en croyant en Dieu et en le servant parce que Dieu, le premier, s'est intéressé à nous et nous a aidés.
Cette tâche va certainement vous paraître chimérique ; en attendant, nul ne peut contester la beauté de sa conception. Quant à moi, je puis vous affirmer que c'est par elle seule et par rien d'autre, que se réalisera le salut de l'humanité. Evidemment il faut le reconnaître, elle est extrêmement ardue. Il y a des ennemis extérieurs à vaincre. Il y a aussi des difficultés matérielles à surmonter, telles l'oisiveté et la gêne. Mais encore cela n'est rien. Pour les ennemis extérieurs on peut opposer la volonté, l'énergie. Aux difficultés matérielles, on peut opposer le courage et la persévérance. Mais ce à quoi on ne peut rien opposer, c'est le cœur. Car lui ne peut être conquis malgré lui. Et c'est précisément la conquête de ce cœur, son perfectionnement, son amélioration, que nous cherchons et c'est à cette tâche que nous vous convions ardemment.
Comment y parvenir ?
Vous comprendrez sans peine que des moyens humains ne sauraient réussir mais au contraire échouer.
Comment pouvez-vous admettre que les actions que vous commettez journellement et avec lesquelles vous satisfaites malgré vous le besoin de vous duper, de vous mentir, puissent vous libérer de cette gangue d'imperfections qui vous entoure ?
Mais alors, quels moyens employer ?
Pour ma part, je n'en vois qu'un seul : c'est de révéler à vos frères la bonté par la bonté, la charité par la charité. Et pour cela il ne suffit pas de le dire par la bouche, si éloquemment qu'on le fasse, il faut le dire en vivant cette bonté, cette charité, en les pratiquant devant tous.
Vous apportez ainsi à l'obscurité qui les entoure, une lumière surnaturelle, qui rendra forte leur croyance en Dieu, en notre Père, et qui leur indiquera la voie du salut en leur montrant comment on y entre et comment on y progresse. Il faut agir beaucoup.
Tâche ardue, je le dis et le répète, parce qu'elle exige une attention et une volonté toujours en éveil, qui ne se lassent point et qui travaillent tous les jours.
Faites en sorte que vos occupations journalières, celles avec lesquelles vous accomplissez vos devoirs sociaux, marchent tout simplement, parallèlement à l'accomplissement de vos obligations morales. Il suffit pour cela d'un rien, simplement d'un peu de bonne volonté.
La bonne volonté ?
Il n'est pas une force, il n'est pas une contrainte qui puissent l'empêcher de naître et de grandir.
Néanmoins, devant le spectacle de la souffrance humaine, il ne faut pas vous borner à avoir pitié, car une pitié semblable n'est capable de rien. La plupart du temps elle est impulsive, irréfléchie et elle disparaît sans même laisser de trace. Non, là n'est pas la véritable pitié. La vraie, c'est celle qui appelle des actes, c'est celle qui d'impulsive et d'irréfléchie, devient réfléchie et voulue. C'est par elle que se manifeste en nous notre fraternité originelle qui a son fondement sur la fraternité divine.
Il ne suffit pas de dire et proclamer que nous sommes tous des frères, il faut que nous le soyons réellement, effectivement et pour cela, il faut savoir prendre à votre charge ceux qui souffrent, savoir de leurs souffrances en faire les vôtres et, au besoin, leur sacrifier vos propres jouissances matérielles.
La pitié devient alors un devoir dont l'accomplissement servira les desseins de Dieu. C'est elle qui nous donne l'amour de la charité. Ce n'est pas pour cela qu'il faut croire que la charité consiste seulement à laisser tomber sur les multiples souffrances de l'humanité, une pitié superficielle, factice, inspirée le plus souvent par l'horreur, le mépris ou la crainte. Non ! Elle consiste essentiellement à nous rappeler qu'il faut toujours se souvenir qu'une âme immortelle, œuvre de Dieu, sœur de la nôtre, habite un corps le plus déparé, le plus repoussant, comme aussi le corps le plus robuste et le plus sain. Voilà ce qu'est la charité.
Maintenant, montons, montons encore plus haut.
Le rayonnement de la charité est le rayonnement de l'amour. Il faut que vous arriviez à comprendre que, devant la misère d'autrui, il existe une autre attitude que l'indifférence et la dureté. Cette attitude, c'est simplement l'amour, le véritable amour, compatissant et dévoué, l'amour du prochain, l'amour de Dieu. Ces deux sentiments se confondent et ne font qu'un. Le jour où ces deux foyers d'amour s'allieront et fusionneront, sans jamais plus s'éteindre, ce jour-là l'humanité aura trouvé son salut et le Spiritisme son triomphe. |