La Vieillesse
La vieillesse est l'automne de la vie ; sur son dernier déclin,
elle en est l'hiver. Rien qu'à prononcer ce mot de vieillesse,
on sent déjà le froid qui monte au cur ; la vieillesse,
selon l'estimation commune des hommes, c'est la décrépitude,
la ruine ; elle récapitule toutes les tristesses, tous les maux,
toutes les douleurs de la vie ; c'est le prélude mélancolique
et désolé du final adieu.
Il y a là une grave erreur. D'abord, en règle générale,
aucune phase de la vie humaine n'est entièrement déshéritée
des dons de la nature, encore moins des bénédictions de
Dieu. Pourquoi la dernière étape de notre existence, celle
qui précède immédiatement le couronnement de la
destinée, serait?elle plus désolée que les autres?
Ce serait là une contradiction ? et il ne saurait-y en avoir
dans l'uvre divine ? tout y est harmonie, comme dans la vivante
composition d'un impeccable concert. Au contraire, la vieillesse est
belle, elle est grande, elle est sainte ; et nous allons l'étudier
un instant, à la lumière pure et sereine du spiritisme.
Cicéron a écrit un éloquent traité de la
vieillesse. Sans doute, nous retrouvons dans ces pages célèbres
quelque chose du génie harmonieux de ce grand homme ; néanmoins,
c'est une uvre purement philosophique et qui ne contient que des
vues froides, une résignation stérile, et de pures abstractions.
C'est à un autre point de vue qu'il faut se placer, pour comprendre
et pour admirer cette péroraison auguste de l'existence terrestre.
La vieillesse récapitule tout le livre de la
vie, elle résume les dons des autres époques de l'existence,
sans en avoir les illusions, ni les passions, ni les erreurs. Le vieillard
a vu le néant de tout ce qu'il quitte ; il a entrevu la certitude
de tout ce qui va venir, c'est un voyant. Il sait, il croit, il voit,
il attend. Autour de son front, couronné d'une blanche chevelure
comme de la bandelette hiératique des anciens pontifes, il plane
une majesté toute sacerdotale. A défaut des rois, chez
certains peuples, c'étaient les Anciens qui gouvernaient.
La vieillesse est encore, et malgré tout, une des beautés
de la vie, et certainement une de ses harmonies les plus hautes. On
dit souvent : quel beau vieillard ! Si la vieillesse n'avait pas son
esthétique particulière, pourquoi cette exclamation ?
Toutefois, il ne faut pas oublier qu'à notre
époque, y a, comme le disait déjà Chateaubriand,
beaucoup de vieux, ce qui n'est pas la même chose et peu de vieillards.
Le vieillard, en effet, est bon il est indulgent, il aime et encourage
la jeunesse, son cur, a lui, n'a point vieilli, tandis que les
vieux sont jaloux, malveillants et sévères ; et si nos
jeunes générations n'ont plus pour les aïeux le culte
d'autrefois, n'est?ce pas, précisément, parce que les
vieux ont perdu la haute sérénité, la bienveillance
aimable qui faisait jadis la poésie des antiques foyers. La vieillesse
est sainte, elle est pure comme la première enfance c'est par
cela qu'elle rapproche de Dieu et qu'elle voit plus clair et plus loin
dans les profondeurs de l'infini.
Elle est, en réalité, un commencement
de dématérialisation. L'insomnie, qui est la caractéristique
ordinaire de cet âge, en est la preuve matérielle. La vieillesse
ressemble à une veille prolongée. La veille de l'éternité,
et le vieillard est comme la sentinelle avancée sur l'extrême
frontière de la vie ; il a déjà un pied dans la
terre promise et voit l'autre rive et le second versant de la destinée.
De là ces " absences étranges ", ces distractions
prolongées, que l'on prend pour un affaiblissement mental et
qui ne sont en réalité que des explorations momentanées
dans l'au?delà, c'est?à?dire des phénomènes
d'expatriation passagère. Voilà ce que l'on ne comprend
pas toujours. La vieillesse, a?t?on dit souvent : c'est le soir de la
vie, c'est la nuit. Le soir de la vie, c'est vrai ; mais il y a de si
beaux soirs et des couchers de soleil qui ont des reflets d'apothéose
! C'est la nuit : c'est encore vrai, mais la nuit est si belle avec
sa parure de constellations ! Comme la nuit, la vieillesse a ses voies
lactées, ses routes blanches et lumineuses, reflet splendide
d'une longue vie pleine de vertu, de bonté et d'honneur !
La vieillesse est visitée par les Esprits de
l'invisible ; elle a des illuminations instinctives ; un don merveilleux
de divination et de prophétie : elle est la médiumnité
permanente et ses oracles sont l'écho de la voix, de Dieu. Voilà
pourquoi les bénédictions du vieillard sont deux fois
saintes ; on doit garder dans son cur les derniers accents du
vieillard qui meurt, comme l'écho lointain d'une voix aimée
de Dieu et respectée des hommes.
La vieillesse, lorsqu'elle est digne et pure, ressemble au neuvième
livre de la sybille qui, à lui seul, vaut le prix de tous les
autres, parce qu'il les récapitule et qu'en résumant toute
la destinée humaine, il annule les autres livres. Poursuivons
notre méditation sur la vieillesse, et étudions le travail
intérieur qui s'accomplit en elle. " De toutes les histoires,
a?t?on dit, la plus belle, est celle des âmes. " Et cela
est vrai. Il est beau de pénétrer dans ce monde intérieur
et d'y surprendre les lois de la pensée, les mouvements secrets
de l'amour.
La vieillesse envisagée dans toute sa réalité,
ramène l'âme à la vraie jeunesse et à une
nouvelle renaissance dans un monde meilleur.
L'âme du vieillard est une crypte mystérieuse,
éclairée par l'aube initiale du soleil de l'autre monde.
De même que les initiations antiques s'accomplissaient dans les
salles profondes des Pyramides, loin du regard et du bruit des mortels
distraits et inconscients, c'est, pareillement, dans la crypte souterraine
de la vieillesse que s'accomplissent les initiations sacrées
qui préludent aux révélations de la mort.
Les transformations ou plutôt les transfigurations
opérées dans les facultés de l'âme par la
vieillesse sont admirables. Ce travail intérieur se résume
dans un seul mot : la simplicité. La vieillesse est éminemment
simplificatrice de toutes choses. Elle simplifie d'abord le côté
matériel de la vie ; elle supprime tous les besoins factices,
les mille nécessités artificielles que la jeunesse et
l'âge mur vous avaient créés, et qui avaient fait
de notre existence compliquée un véritable esclavage,
une servitude, une tyrannie. Nous l'avons dit plus haut : c'est un commencement
de spiritualisation.
Le même travail de simplification s'accomplit
dans l'intelligence. Les choses admises deviennent plus transparentes
; au fond de chaque mot on trouve l'idée ; au fond de chaque
idée on entrevoit Dieu.
Le vieillard a une faculté précieuse : celle d'oublier.
Tout ce qui a été futile, inutile dans sa vie, s'efface
; il ne garde dans sa mémoire, comme au fond d'un creuset, que
ce qui a été substantiel.
Le front du vieillard n'a plus rien de l'attitude fière et provocatrice
de la jeunesse et de l'âge viril ; il se penche sous le poids
de la pensée comme de l'épi mûr.
Le vieillard courbe la tête et l'incline sur son cur. Il
s'applique à convertir en amour tout ce qui reste en lui de facultés,
de vigueur et de souvenirs. La vieillesse n'est donc pas une décadence
: elle est réellement un progrès ; une marche en avant
vers le terme : à ce titre c'est une des bénédictions
du Ciel.
La vieillesse est la préface de la mort ; c'est
ce qui la rend sainte comme la veille solennelle que faisaient les Initiés
antiques avant de soulever le voile qui recouvrait les mystères.
La mort est donc une initiation.
Toutes les religions, toutes les philosophies ont tenté d'expliquer
la mort ; bien peu lui ont conservé son véritable caractère.
Le christianisme l'a divinisée ; ses saints l'ont regardée
noblement en face, ses poètes l'ont chantée comme une
délivrance. Cependant, les saints du catholicisme n'ont vu en
elle que l'exonération des servitudes de la chair, la rançon
du péché, et, à cause de cela même, les rites
funéraires de la liturgie catholique répandent une sorte
de terreur sur cette péroraison, pourtant si naturelle, de l'existence
terrestre.
La mort est simplement une seconde naissance ; on quitte ce monde de
la même manière qu'on y est entré, selon l'ordre
de la même loi.
Quelque temps avant la mort, un travail silencieux s'accomplit. La dématérialisation
est déjà commencée. A certains signes, on pourrait
la constater, si ceux qui entourent le mourant n'étaient pas
distraits par les choses du dehors. La maladie joue ici un rôle
considérable. Elle achève en quelques mois, en quelques
semaines, en quelques jours peut?être, ce que le lent travail
de l'âge avait préparé : c'est l'uvre de "dissolution"
dont parle l'apôtre Paul. Ce mot de "dissolution" est
très significatif : il indique nettement que l'organisme se désagrège
et que le périsprit se "délie" du reste de la
chair dont il était enveloppé.
Que se passe?t?il à ce moment suprême
que toutes les langues appellent "l'agonie", c'est?à?dire
le dernier combat ? On le pressent, on le devine. Un grand poète
mourant traduisit cet instant solennel par ces vers :
C'est ici le combat du jour et de la nuit.
En effet, l'âme est entrée dans un état
crépusculaire ; elle est sur la limite extrême, sur la
frontière des deux mondes et visitée par les visions initiales
de celui dans lequel elle va entrer. Le monde qu'elle quitte lui envoie
les fantômes du souvenir, et tout un cortège d'Esprits
lui arrive du côté de l'aurore.
On ne meurt jamais seul, de même qu'on ne naît jamais seul.
Les invisibles qui l'ont connu, aimé, assisté ici?bas
viennent aider le mourant a se débarrasser des dernières
chaînes de la captivité terrestre.
A cette heure solennelle, les facultés s'agrandissent, l'âme,
à moitié dégagée, se dilate ; elle commence
à rentrer dans son atmosphère naturelle, à reprendre
sa vie vibratoire normale, et c'est pour cela qu'à cet instant
il se révèle chez quelques mourants des phénomènes
curieux de médiumnité. La Bible est pleine de ces révélations
suprêmes. La mort du patriarche Jacob est le type accompli de
la dématérialisation et de ses lois. Ses douze fils sont
réunis autour de sa couche, comme une vivante couronne funéraire.
Le vieillard se recueille, et après avoir récapitulé
son passé, ses souvenirs, il prophétise à chacun
d'eux l'avenir de sa famille et sa race. Sa vue s'étend plus
loin encore ; il aperçoit à l'extrémité
des temps celui qui doit un jour récapituler toute la médiumnité
séculaire du vieil Israël : le Messie, et il montre comme
le dernier rejeton de sa race, celui qui résumera toute la gloire
de la postérité de Jacob. Aucun pharaon, dans son orgueil,
ne mourut avec autant de grandeur que ce vieillard obscur et ignoré
qui expirait dans un coin de la terre de Gessen.
Le soir de la vie, c'est la fin d'un pénible
voyage et souvent d'une dure épreuve, c'est le moment de la réflexion
où la pensée calme et sereine s'élève vers
les régions infinies.
Revenons à l'acte même de la mort. La
dématérialisation s'est accomplie, le périsprit
se dégage de l'enveloppe chamelle, qui vit encore quelques heures,
quelques jours peut?être, d'une vie purement végétative.
Ainsi les états successifs de la personnalité humaine
se déroulent dans l'ordre inverse de celui qui a présidé
à la naissance. La vie végétative qui avait commencé
dans le sein maternel s'éteint cette fois?ci, la dernière
; la vie intellectuelle et la vie sensitive sont les deux premiers départs.
Que se passe?t?il alors ? L'Esprit, c'est?à?dire
l'âme et son enveloppe fluidique, et, par conséquent, le
moi, emporte la dernière impression morale et physique qui l'a
frappé sur la terre ; il la garde un temps plus ou moins prolongé,
selon son degré d'évolution. C'est pourquoi il importe
d'entourer l'agonie des mourants de paroles douces et saintes, de pensées
élevées, car ce sont ces derniers bruits, ces derniers
gestes, ces ultimes images qui s'impriment sur les feuillets du livre
subliminal de la conscience ; c'est la dernière ligne que lira
le mort dès son entrée dans l'au-delà ou plutôt
dès qu'il aura conscience de son nouveau mode d'être.
La mort est donc, en réalité, un passage
; c'est une transition et une translation. Si nous devions emprunter
à la vie moderne une image, nous la comparions volontiers à
un tunnel. En effet, l'âme avance dans le défilé
de la mort plus ou moins lentement, selon son degré de dématérialisation
et spiritualité.
La mort est donc un mensonge, puisque la vie, paraît
éteinte, reparaît de plus belle, plus radieuse, dans la
certitude de l'immortalité de l'âme. Elle est le réveil
béni.
Les âmes supérieures, qui ont toujours
vécu dans les hautes sphères de la pensée et de
la vertu, traversent cette obscurité avec la rapidité
de l'express qui débouche en un instant dans la pleine lumière
de la vallée ; mais c'est le privilège d'un petit nombre
d'esprits évolués : ce sont les élus et les sages.
Nous ne parlerons pas ici des criminels, des êtres
animalisés, aux instincts grossiers, qui ont vécu ou plutôt
végété toute une existence dans les bas?fonds du
vice ou dans le cloaque du crime. Pour ceux?ci, c'est la nuit, et la
nuit pleine de hideux cauchemars. Nous avons peine, cependant, à
croire que les frontières de l'au?delà et le passage du
temps à la vie erratique soient peuples de ces êtres effrayants
que les occultistes nomment les élémentals. Il ne faut
voir là que des symboles et des images, reflets des passions,
des vices, des crimes que les pervers ont commis ici?bas. N'envisageons
ici que les vies ordinaires, les existences qui suivent tranquillement
les phases logiques de leur destinée. C'est la condition commune
de la plupart des mortels.
L'âme est entrée dans la sombre galerie : elle y demeure
dans l'obscurité ou plutôt dans une pénombre proche
de la lumière. C'est le crépuscule de l'au?delà.
Les poètes ont très heureusement rendu cet état
et décrit ce demi?jour, ce clair?obscur du monde extraterrestre.
Ici, les analogies entre la naissance et la mort sont
frappantes. L'enfant reste plusieurs semaines avant de fixer la lumière
et de prendre conscience de ce qui l'entoure. Ses yeux ne sont pas encore
dessillés, pas plus que la radiation de sa pensée.
Ainsi, le nouveau?né au monde invisible demeure, lui aussi; quelque
temps avant de prendre conscience de sa modalité d'être
et de sa destinée. Il entend à la fois les murmures lointains
ou proches des deux inondes ; il entrevoit des mouvements et des gestes
qu'il ne saurait préciser ni définir. Entré à
moitié dans la quatrième dimension, il perd la notion
précise de la troisième, dans laquelle il avait jusque?là
toujours évolué. Il ne se rend plus compte ni de la quantité,
ni du nombre, ni de l'espace, ni du temps, puisque ses sens qui, comme
autant d'instruments d'optique, lui aidaient à calculer, à
mesurer et la peser, se sont refermés tout d'un coup comme une
porte à jamais condamnée. Quel état étrange
que celui de cette âme qui tâtonne, comme l'aveugle, sur
le chemin de l'au?delà ! Et cependant cet état est réel.
A ce moment, les influences magnétiques de la prière,
du souvenir, de l'amour peuvent jouer un rôle considérable
et hâter l'avènement des clartés révélatrices
qui vont illuminer cette conscience encore endormie, cette âme
" en peine " de sa destinée. La prière, dans
ce cas, est une véritable évocation ; c'est le cri d'appel
à l'âme indécise et flottante. Voilà pourquoi
l'oubli des morts, la négligence de leur culte sont coupables
et nous méritent plus tard des oublis semblables.
Toutefois, cette période de transition, cette halte dans le tunnel
de la mort sont absolument nécessaires, comme préparation
à la vision de lumière qui doit succéder à
l'obscurité. Il faut que les sens psychiques se proportionnent
graduellement au nouveau foyer qui va les éclairer. Un passage
subit, sans transition aucune, de cette vie à l'autre, serait
un éblouissement qui produirait un trouble prolongé. "
Natura non facit saltus " (La nature ne fait pas de sauts) dit
le grand Limé ; cette loi régit pareillement les étapes
progressives du dégagement spirituel.
Il faut que la vision de, l'âme s'agrandisse, que l'oiseau de
nuit, qui ne peut fixer le lever de l'aurore, affermisse sa prunelle
et puisse, comme l'aigle, regarder en face le soleil, d'un oeil intrépide.
Ce travail de préparation s'accomplit progressivement, durant
la halte plus ou moins prolongée dans le tunnel qui précède
la vie erratique proprement dite peu à peu la lumière
se fait d'abord très pâle, comme l'aube initiale qui se
lève sur la crête des monts ; puis, à l'aube succède
l'aurore ; cette fois-ci, l'âme entrevoit le monde nouveau qu'elle
habite : elle se lit et se comprend, grâce à une lumière
subtile qui la pénètre dans toute son essence.
Graduellement, toute sa destinée, avec ses vies
antérieures et surtout avec la notion consciente et réflexe
de la dernière, va se révéler comme dans un cliché
cinématographique vibratoire et animé. L'esprit, alors,
comprend ce qu'il est, où il est, ce qu'il vaut.
Les âmes vont d'un instinct infaillible dans la sphère
proportionnée à leur degré d'évolution,
à leur faculté d'illumination, à leur aptitude
actuelle de perfectibilité. Les affinités fluidiques les
conduisent, comme une brise douce, mais impérieuse, qui pousse
une nacelle, vers d'autres âmes similaires, avec lesquelles elles
vont s'unir dans une sorte d'amitié, de parenté magnétique
; et ainsi la vie, une vie vraiment sociale, mais d'un degré
supérieur, se reconstitue absolument comme autrefois ici?bas,
car l'âme humaine ne saurait renoncer à sa nature. Sa structure
intime, sa faculté de rayonnement lui imposent la société
qu'elle mérite.
Dans l'au?delà se reforment les familles, les
groupes d'âmes, les cercles d'esprits, selon les lois de l'affinité
et de la sympathie.
Le purgatoire est visité par les anges, disent les mystiques
théologiens. Le monde erratique est visité, dirigé,
harmonisé par les Esprits supérieurs, dirons?nous.
Ici?bas, parmi les élus du génie, de la sainteté
et de la gloire, il y a eu et il y aura toujours des initiateurs. Ce
sont des prédestinés, des missionnaires, qui ont reçu
pour tâche de faire avancer le monde dans la vérité
et dans la justice, au prix de leurs efforts, de leurs larmes et quelquefois
de leur sang.
Les hautes missions de l'âme ne cessent jamais. Les Esprits sublimes,
qui ont instruit et amélioré leurs semblables sur la terre,
continuent dans un monde supérieur, dans un cadre plus vaste,
leur apostolat de lumière et leur rédemption d'amour.
C'est ainsi, comme nous le disions au début
de ces pages, que l'histoire éternellement recommence et devient
de plus en plus universelle. La loi circulaire qui préside à
l'éternel progrès des états et des mondes se déroule
sans cesse dans des sphères et en des orbes chaque fois agrandis
; tout recommence en haut, en vertu de la même loi qui fait tout
évoluer en bas. Tout le secret de l'univers est là.
Les âmes qui ont conscience d'avoir manqué leur dernière
existence comprennent la nécessité de se réincarner
et s'y préparent. Tout s'agite, tout se meut dans ces sphères
toujours en vibration et en mouvement. C'est l'activité incessante,
ininterrompue, progressive, éternelle.
Le travail des peuples sur la terre n'est rien en comparaison de ce
labeur harmonieux de l'Invisible. Là-haut, aucune entrave matérielle,
aucun obstacle charnel n'arrête les élans, ne décourage
ou ne ralentit l'essor. Aucune hésitation, aucune anxiété,
nulle incertitude. L'âme voit le but, elle sait les moyens, elle
se précipite dans le sens où elle doit l'atteindre. Qui
nous décrira l'harmonie dans ces pures intelligences, l'effort
de ces droites volontés, l'élan de ces amours plus forts
que la mort ?
Quelle langue pourra jamais redire la communion sublime et fraternelle
de ces esprits qui tiennent entre eux des dialogues ardents comme la
lumière, subtils comme des parfums, où chaque vibration
magnétique a son écho dans l'âme même de Dieu
? Telle est la vie céleste ; telle est la vie éternelle,
et ce sont ces perspectives que la mort ouvre indéfiniment devant
nous ! O homme ! Comprends donc ton destin, sois fier et heureux de
vivre ; ne blasphème pas la loi d'amour et de beauté qui
trace devant toi des chemins aussi amples et aussi radieux ! Accepte
la vie telle qu'elle est, avec ses phases, ses alternatives, ses vicissitudes
; elle n'est que la préface, le prélude d'une vie plus
haute, où tu planeras comme l'aigle dans l'immensité,
après avoir péniblement rampé dans un monde matériel
et imparfait.
Ce n'est donc point par un hymne funèbre qu'il faut accueillir
la mort, mais par un chant de vie ; car ce n'est point l'astre du soir
qui se lève, cruel, mais bien l'étoile radieuse du véritable
matin.
Chante, ô âme, l'hymne triomphal, l'hosanna du siècle
nouveau, dans lequel tout va naître pour des destinées
plus glorieuses. Monte toujours plus haut dans la pyramide infinie de
lumière ; et comme le héros de la légende d'Excelsior,
va planter ta tente sur les Thabors radieux de l'Incommensurable, de
l'Eternel !
|