Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


Le passage

 

par le Frère Jean BAZERQUE

Le simple bon sens devrait suffire à comprendre que, dans l'organisme humain, la défaillance d'un petit rouage peut compromettre beaucoup de rêves. Mais l'on se voile la mort. On l'a toujours dans la pensée car elle s'impose malgré soi ; mais nous n'en parlons jamais. Autrefois, on faisait le signe de croix ; aujourd'hui on touche du bois. Pourtant rien n'y fait ou n'y fera, elle est là à son heure, qu'on le veuille ou non. L'homo-sapiens à la différence de l'animal y pense mais il est comme frappé d'aveuglement lorsqu'il s'agit de fixer ce qui est essentiel ; comme si l'essentiel était justement de ne pas y penser ! A quoi est dû cet entêtement dans le désintéressement ?
Est-ce médire que prétendre qu'avec sa pompe funèbre, ses messes basses, son cérémonial macabre, la religion catholique a contribué pour une large part à la noirceur de la perspective de l'ultime voyage. On dit qu'au temps du christianisme primitif les mises en terre s'effectuaient avec accompagnements de chants d'allégresse, en cortèges de blanc vêtu les jeunes gens agitant des palmes. Est-ce l'angoisse du mystère de la vie d'outre-tombe que n'ont pu pénétrer les religions qui étreint les cœurs témoins du départ pour le voyage apparemment sans retour ?
N'est-ce pas essentiel que le Spiritisme, par le truchement des médiums, ait apporté à l'homme outre la connaissance d'une partie des lois régissant la vie, la description de l'état des êtres après le grand départ ? (tenants et aboutissants)
L'essentiel est que le Spiritisme apporte à l'être souffrant, cherchant sous le voile, la lueur d'espoir que donne la certitude de la survie de l'être cher.

NON ! L'ESSENTIEL N'EST PAS DANS CE QUI EST-TU.
( à la manière de J.G.)

 

La confiance dans la vie future n'exclut pas les appréhensions provoquées par l'inconnue du passage d'une vie à l'autre. La science et la religion sont muettes à ce sujet parce qu'il manque à l'une et à l'autre la connaissance des lois régissant les rapports de l'esprit et de la matière ; l'une s'arrête au seuil de la vie matérielle, l'autre en fait un article de foi. Le Spiritisme fait quelques pas de plus ; par les manifestations médiumniques de ceux qui ont quitté la vie terrestre, il permet d'avoir une vue plus complète de la question.
Pour chaque individu, le passage dans l'au-delà est différent en fonction de certaines lois découlant des vies antérieures, des lois de la réincarnation, auxquelles les êtres humains sont soumis. Grosso-modo les diverses situations sont connues depuis l'aurore du Spiritisme ; il est aisé d'en prendre connaissance dans les ouvrages d'Allan Kardec particulièrement dans "Le ciel et l'enfer ou La justice divine" où l'on trouve les descriptions de toutes sortes de situations.
Pour faciliter la compréhension du passage de l'état d'incarné (la vie terrestre) à l'état de désincarné (la vie dans l'au-delà), nous avons décomposé schématiquement le mouvement en quatre phases successives (les quatre points cardinaux de l'espace) qui n'ont qu'une valeur didactique car en fait ces phases sont variables selon le degré d'évolution spirituelle de chacun.
Ø La première phase est la séparation de l'âme du corps physique.
Ø La deuxième phase est l'état de trouble, d'inconscience, dans lequel se trouve très souvent, pour ne pas dire toujours, l'âme après son détachement.
Ø La troisième phase est le moment où l'esprit reconnaît sa nouvelle situation.
Ø La quatrième est la période la plus pénible ; souvent l'esprit a une vision exacte de ce qu'il s'était imposé de faire au cours de sa vie terrestre et de ce qu'il a fait en réalité. D'une manière générale, cet examen ne lui donne pas satisfaction, d'où un remords et le désir de réparer.

Ces situations sont parfaitement connues grâce au Spiritisme et aux livres de divulgation d'Allan Kardec ; on peut dire que la question y est parfaitement traitée, aussi nous ne nous attarderons pas à les décrire sur le plan théorique nous contentant de publier quelques manifestations spirituelles relevées au cours de nos travaux.

La première phase de la désincarnation, c'est-à-dire la séparation de l'esprit du corps physique est, malgré l'aspect dramatique qu'elle a souvent, la phase la moins pénible. Aussi lorsqu'une personne meurt soudainement, à la suite d'une embolie par exemple, entendons-nous cette réflexion : "Elle a eu une belle mort" parce qu'elle n'a pas souffert. Sur le plan des faits, nous nous souvenons que la mère d'un des frères du Groupe étant morte subitement à la suite d'une embolie, celui-ci alla quérir la Sœur Maria Munoz, notre initiatrice, qui lui dit en voyant le corps : "Elle n'est plus là", la séparation de l'âme et du corps étant effectivement constatée par la médium voyante.

Des exemples de visions du départ de l'esprit des mourants ont fait l'objet de nombreuses relations dans des livres spirites connus d'Ernest Bozzano ou de Flammarion. Nous n'en dirons pas plus.
Voici le point de vue d'Allan Kardec d'après son livre "Le ciel et l'enfer ou la justice divine" pour ce qui est de la première phase :
"L'extinction de la vie organique amène la séparation de l'âme et du corps par la rupture du lien fluidique qui les unit ; mais cette séparation n'est jamais brusque ; le fluide périsprital se dégage peu à peu de tous les organes de sorte que la séparation n'est complète et absolue que lorsqu'il ne reste plus un seul atome du périsprit uni à une molécule du corps. La situation douloureuse que l'âme éprouve à ce moment est en raison de la somme des points de contact qui existent entre le corps et le périsprit et du plus ou moins de difficultés et de lenteur que présente la séparation. Il ne faut donc pas se dissimuler que, selon les circonstances, la mort peut être plus ou moins pénible."
Posons d'abord, comme principe, les quatre cas suivants, que l'on peut regarder comme les situations extrêmes, entre lesquelles il y a une multitude de nuances :

1. Si au moment de l'extinction de la vie organique, le dégagement du périsprit était complètement opéré, l'âme ne ressentirait absolument rien.
2. Si à ce moment la cohésion des deux éléments est dans toute sa force.
3. Si la cohésion est faible, la séparation est facile et s'opère sans secousse.
4. Si, après la cessation complète de la vie organique, il existait encore de nombreux points de contact entre le corps et le périsprit, l'âme pourra ressentir les effets de la décomposition du corps jusqu'à ce que le lien soit tout à fait rompu, à plus forte raison les brûlures en cas d'incinération du corps.

De ceci, il résulte que la souffrance qui accompagne la mort, est subordonnée à la force d'adhérence qui unit le corps et le périsprit ; que tout ce qui peut aider à la diminution de cette force et à la rapidité du dégagement s'opère sans aucune difficulté, l'âme n'en éprouve aucune sensation désagréable.
Dans le passage de la vie corporelle à la vie spirituelle, il se produit encore un autre phénomène d'une importance capitale ; c'est celui du trouble.
Cet enseignement d'Allan Kardec résulte de son expérience médiumnique, des messages des guides instructeurs spirituels, de manifestations d'esprits au moment de leur désincarnation et non pas comme le prétendaient certains détracteurs, de son intelligence fertile. Nous tenons à le souligner parce que des messages comme il a eus, les groupes sérieux en ont actuellement. La source n'est pas tarie.
Il va sans dire, que plus l'esprit est évolué spirituellement, autrement dit élevé sur le plan moral, moins il a d'attaches avec son corps charnel et la séparation se fait plus facilement, sans heurts, sans souffrance. Le cas le plus rapide que nous ayons connu est celui du départ de notre initiatrice, la sœur Maria Munoz ; elle était assise sur son fauteuil où impotente elle passait ses journées, et a quitté son corps en s'écriant : " Vive la liberté ". Evidemment, elle entendait la liberté spirituelle. Au retour de la mise en terre du corps, les frères du groupe étant réunis dans sa petite baraque, elle prit le médium parlant et donna un message en reprochant tout d'abord aux frères éplorés de n'avoir rien compris à son enseignement puisqu'ils se lamentaient alors qu'elle était toute joyeuse d'être libérée de cette prison charnelle qu'était son corps fatigué, et de se retrouver parmi les frères spirituels qui l'accueillaient dans l'espace. Elle avait suivi le cortège funèbre en toute connaissance marchant auprès de ses compagnons humains.
Il nous est arrivé d'assister au départ de frères à l'instant crucial. On peut les aider en faisant au corps des passes fluidiques pour faciliter le dégagement de l'âme. Une prière, à ce moment-là, aide aussi à la séparation.
Des prières peuvent être trouvées dans le livre d'Allan Kardec "L'Evangile selon le Spiritisme" (chap. 28) : en prévision de sa mort prochaine(40), pour un agonisant(57), pour quelqu'un qui vient de mourir (59 à 61). Nous les signalons non pas par conviction religieuse, mais par expérience. Nous connaissons la puissance, l'efficacité de la pensée. Le défunt étant invisible quoique présent, dans la chambre mortuaire les médiums voyants le voient inconscient ou à demi-conscient, dans son trouble, il capte les pensées des personnes de 1'assistance. Des esprits se sont communiqués disant entendre les chants de 1a cérémonie religieuse ou les prières de la messe quoique ignorant qu'ils sont pour eux.
Un philosophe a dit que 1e sommeil est une petite mort.
Il est certain que pendant 1e sommeil, abandonnant 1e corps au repos, notre esprit parcourt 1'espace pour effectuer un certain travail pendant des temps plus ou moins longs. Généralement, nous n'en avons pas conscience. Quelquefois, au moment du réveil, 1e dormeur peut garder 1e souvenir de son activité spirituelle ; ce phénomène est provoqué par son guide pour son information. Plusieurs membres du Groupe ont vécu cette expérience. Le fait de voir leur propre corps allongé, inerte, sur le lit, fait un petit choc lorsqu'on n'y est pas habitué, car on pense qu'il s'agit du grand départ.

En voici un exemple :

Une jeune médium élevée dans un milieu catholique sa demandait avec une certaine angoisse ce que l'on pouvait ressentir au moment de la mort ayant peur de cet événement. Son guide spirituel provoqua l'expérience éducatrice suivante : pendant son sommeil, qu'elle raconte ainsi : "Je suis allongée et éprouve une envie de vomir dans toutes les parties de mon corps : les cheveux, les ongles, les doigts, etc... et à trois reprises quelque chose m'aspire de partout. A la troisième aspiration quelque chose se détache et je me trouve debout, mon corps étant inerte devant moi à mes pieds. Je pense : "C'est ça la mort ? La mort, ce n'est rien du tout". J'éprouve l'envie de partir, je me retourne pour m'éloigner. Je ne vois rien ni personne autour de moi. Une volonté supérieure à la mienne m'ordonne : "Il faut réintégrer ce corps". Je refuse mais cette volonté dominatrice m'impose. Sans savoir comment, je me retrouve instantanément réincorporée avec une très forte impression de répugnance du contact de mon corps, de cette chair. Je me réveille peu après."
Cette mauvaise impression de répugnance a continué d'être ressentie pendant plusieurs semaines après cette expérience.

 

D'un autre point de vue, voici la description que fait un témoin spirituel, de la première phase d'une désincarnation à laquelle il assiste en tant qu'esprit. La voix inconnue lui donnant des explications est celle de son guide spirituel. Cette narration est faite par l'intermédiaire du médium parlant à transe frère M.B. :

"J'ai assisté un jour au départ d'une âme au moment où elle quittait son corps. Elle formait une buée claire qui se dégageait lentement et que je distinguais parfaitement. J'aperçus ensuite comme un gaz, plus sombre, moins net, presque invisible, qui était attiré par la buée, mais qui cependant, restait accroché au corps. A mesure que la buée s'éloignait du corps, ce gaz s'étirait, s'allongeait, gardant toujours contact avec le corps. La buée, retenue par cette sorte de lien élastique revenait alors, puis essayait à nouveau de se dégager. Chaque fois qu'elle s'éloignait, le sujet semblait souffrir. On s'en rendait compte à ses cris et à ses larmes. La buée revenait alors vers le corps raidi mais ne pouvait reprendre contact, séparée de lui par le gaz.
J'observais ce fait avec attention me demandant ce que cela signifiait lorsque le tableau changea. La buée percevant la présence d'une personne qui se trouvait là, se dilata, se dégagea, et par un phénomène de condensation, prit la forme d'un spectre. Quelle fut ma surprise de reconnaître en elle, la même image que celle du corps inanimé qui restait étendu. Le gaz aussi s'était désuni du corps et entourait maintenant la buée du corps inanimé qui restait étendu comme une sorte de corde enlacée.
Je regardais cela perplexe lorsque j'entendis une voix inconnue me donner l'explication suivante :
"La buée va bientôt s'en aller. Le gaz restera accroché à elle pendant quelques temps puis disparaîtra à son tour".
Effectivement, peu après, le spectre s'éloigna et disparut, emportant avec lui le gaz sombre, et il ne resta plus que le corps immobile et sans vie.

J'avais gardé dans ma mémoire l'empreinte de la forme de cette buée. Or, quelques temps après, je vis venir à moi cette même buée, sous le même aspect que celui sous lequel je l'avais vue. Je la reconnu aussitôt, et au même instant j'aperçus la matière éthérée qui formait le gaz se séparer de la buée. Celle-ci se transformant à vue d'œil, prenait bientôt l'apparence d'un homme qui m'adressa la parole pour la première fois en ces termes :

" Je ne sens attiré vers toi, je ne sais pourquoi. Peux-tu m'en indiquer la raison ? "
Moi-même qui ignorais ce phénomène et sa cause, j'étais bien en peine de donner la moindre explication. Ne sachant que répondre, je lui racontai textuellement ce que j'avais vu lorsqu'il avait quitté son corps matériel, omettant toutefois de répéter les paroles prononcées par je ne sais qui, que j'avais nettement perçues. J'eus alors la surprise de l'entendre me faire cette réponse :
" Enfin, je me sens soulagé. Bien que je ne vois personne le son de ta voix me fait du bien. Il y a si longtemps que je vis dans l'isolement complet. Je voudrais cependant que tu me dises pourquoi ta voix m'attire, et comment je peux t'entendre sans te voir. "
J'étais désolé de ne pouvoir lui donner l'explication de ce fait que je ne comprenais pas moi-même. J'aurais voulu lui donner satisfaction, afin d'apaiser son chagrin que je devinais en lui, mais je ne savais comment m'y prendre. J'entendis alors la voix inconnue me dire :
" Fais appel à ta mémoire ; souviens-toi de la scène à laquelle tu as assisté lorsqu'il a quitté l'existence. Fais une comparaison avec ce que tu as passé toi-même et tu pourras lui donner l'explication qu'il te demande.

Ne t'es-tu pas rendu compte de la rapidité avec laquelle tu te déplaces ? Comment se fait-il que tu puisses faire, presque instantanément de si longs voyages à travers l'espace ? Ne te l'es-tu jamais demandé ? Et crois-tu que le son pourrait traverser le vide, par delà l'atmosphère où cependant tu vas facilement ? Non ! Pas plus d'ailleurs qu'il ne pourrait te rattraper dans tes déplacements vertigineux. Il est donc impossible à la voix de parvenir jusqu'à toi, et si tu entends prononcer des mots, c'est une fausse impression. En réalité, c'est ta pensée qui perçoit directement les radiations qu'une autre pensée émet et tu as l'impression d'entendre. La pensée, c'est cette buée que tu as vue, c'est l'âme elle-même, immatérielle, impondérable, infinie, sans forme, qui continue à vivre et de travailler dans l'espace.
Lorsqu'elle désire se manifester à d'autres esprits, elle s'entoure de son enveloppe semi-matérielle et prend la forme qu'elle avait au moment de sa désincarnation. L'âme peut alors, par l'intermédiaire de son enveloppe périspristale émettre des vibrations qui traduisent sa pensée et que d'autres esprits pourront capter et comprendre. C'est pourquoi tu as vu par deux fois l'esprit qui vient de te parler, prendre la forme humaine ; ce fait t'avait intrigué alors, tu en connais maintenant la raison.
Si l'âme désire se manifester directement à un être incarné, elle vient sur lui, attire la pensée de cet être ; celle-ci s'extériorisant, partiellement ou totalement, peut alors capter les radiations de la pensée buée ; elle a alors la sensation d'entendre une voix alors qu'en réalité, il n'y a aucune émission de son. Pendant cette extériorisation, le corps reste animé par ce gaz sombre que tu as vu et qui ne le quitte pas. "

C'est ainsi que j'ai pu avoir des lumières sur des faits qui m'avaient fortement intrigué car j'ai toujours chercher à raisonner et à comprendre les phénomènes auxquels il m'est donné d'assister.

Que la paix et l'amour soient sur vous mes frères ! "

Les états d'âme au moment du passage sont très divers. Ce sont les manifestations médiumniques provoquées par les guides qui nous les font connaître. Des critiques religieux aiment à nous rappeler la Loi : " Laissez les morts enterrer les morts " ; A11an Kardec a déjà répondu à cette objection ; mais lorsque 1'on sait 1'efficacité de 1'aide que nous apportons à ceux qui nous quittent, combien cette objection nous paraît puérile, et la Loi mal comprise, mal interprétée. Comprendre la différence qu'il y a entre "évoquer " et "invoquer " est alors nécessaire.





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