LOBSESSION ET LA MEDIUMNITE
Par Jean Bazerque
Tous les spirites savent quun être humain est lassociation
de trois éléments : le corps physique, le périsprit
(ou corps astral), lesprit.
Nous pouvons dire (en schématisant) que la médiumnité
intellectuelle est la faculté qua un être humain
de séparer son périsprit de son corps physique,
dans une mesure plus ou moins grande, laissant les leviers de
commande de ce dernier aux Esprits désincarnés qui
lentourent.
Il va de soi que les résultats obtenus par le médium
dépendent du milieu spirituel dans lequel il est plongé.
Sil est de peu délévation spirituelle il est entouré
dEsprits du même ordre, ce qui peut amener lobsession,
la possession. Sil est dun niveau spirituel élevé,
il est entouré dEsprits-guides ou protecteurs laidant
dans sa mission médiumnique et le protégeant des
agressions dEsprits souvent plus inconscients que mal intentionnés
et cependant perturbateurs et néfastes.
Tous les spirites le savent. Aussi, nous nous en tiendrons
à ces quelques explications théoriques pour donner
des exemples vécus, des inconvénients que peut rencontrer
un médium avant datteindre le stade de la médiumnité
bénéfique. Pour ce faire, je citerai mes propres
expériences en mexcusant de le faire sur le mode personnel
plus simple et plus clair en définitive.
Quelques mois après mon entrée dans le groupe
spirite que je fréquentais, je fus averti par un rêve
prémonitoire que je suivais (à mon insu) les cours
dune école spirituelle de médiumnité donc,
que jallais être médium, ce qui me surprit fort,
rien ne me le laissant supposer, nen ayant pas formulé
le désir ni en pensée, ni en parole. Notre groupe
ne tenait pas décole de médiumnité et daprès
le rêve, le développement se faisait dans lau-delà,
mené par les guides spirituels donc, je suppose, pendant
le sommeil normal. La séparation corps physique - corps
astral se faisant de plus en plus facilement, lélève
médium devient comme une habitation à laquelle on
aurait enlevé la porte dentrée, nimporte qui peut
y entrer, braves gens ou gens malintentionnés.
Les Esprits protecteurs ont la tâche de surveiller et
déloigner ces derniers mais le médium a le devoir
de ne pas fréquenter les lieux malsains où ils pullulent
. Ce nest pas la lecture de quelques livres spirites qui lui
éviteront les inconvénients de leur emprise mais
seule lapplication de lenseignement des frères spirituels
que daucuns appellent par dérision : le côté
moral du Spiritisme.
Cest la partie du développement médiumnique
exclusivement réservée au médium, à
laquelle il ne peut se soustraire, et que personne ne peut faire
pour lui. Jappris ainsi par expérience, quau cours de
ma vie quotidienne, professionnelle ou de loisirs, il me fallait
éviter certaines personnes, qui pour tout le monde sont
normales, mais en réalité sont entourées
desprits inconscients : collègues de bureau fanatisés
en politique, sur le plan sportif, sur le plan sexuel, etc. ;
il me fallait éviter certains lieux : spectacles, cinémas,
terrains sportifs, cafés, etc. Je "récoltais"
les esprits errants avec une facilité étonnante,
ce qui se traduisait en pensées obsédantes ou en
maux de tête tenaces. Jy remédiais par la lecture
de quelques pages du livre "lEvangile selon le Spiritisme"
dAllan Kardec (ils naiment pas trop ces textes), par une prière
pour les esprits obsesseurs du même livre, par une petite
douche sur la nuque le matin au lever. Généralement
jen étais débarrassé après chaque
séance du groupe. Mais à la première occasion,
jen "ramassais" de nouveaux. Cela dura un an et demi
environ en temps absolu, sur toute la période de la guerre,
avec des interruptions. On sait ou lon peut se douter combien
les hostilités étaient néfastes à
lambiance spirituelle de notre planète terrestre.
Voici un exemple dobsession dont jai été
victime :
Je rencontre une connaissance dans la rue, un homme daffaires
; nous échangeons quelques mots sur la santé, la
famille, les affaires et nous nous quittons. A partir de ce moment
un mal de tête lancinant commence à se faire sentir.
Je sais quil ma passé une mauvaise influence spirituelle.
Mes efforts pour men débarrasser sont vains.
Le troisième jour, le poids sur la tête et sur
les tempes est si lourd que jai du mal à ouvrir les yeux.
Je décide daller voir le frère Botella pour quil
me débarrasse de cette entité. Pour le lecteur non
averti, nous dirons que le frère Botella était médium
guérisseur et voyant (qui voit les Esprits). En me dirigeant
vers son domicile, je vois dassez loin quil est en conversation
avec précisément cet homme daffaires qui ma passé
son accompagnateur. Lhomme est parti lorsque jarrive. Nous nous
mettons à bavarder le médium et moi, de la santé,
du travail, du temps, de toutes sortes de choses ; mais je vois
quà son premier regard il a vu celui qui mobsède.
Il fait semblant de suivre ma conversation car il ne veut pas
me faire de la peine en me disant ce quil voit ; son regard devient
sans expression dirigé vers mon front et ses lèvres
bougent imperceptiblement car il est en train de refouler le perturbateur
par une injonction ou une prière. Je sens le poids insoutenable
se dégager de mon front, de ma nuque et de mes épaules,
comme par enchantement.
Je remercie le médium en riant ; il sourit davoir été
compris. Il me dit : "celui qui te tenait est un homme daffaires
; il est retourné avec celui qui te la passé".
Avec le pouce, il me montre la direction de lhomme qui sen va
au loin, précisément celui qui mavait communiqué
cette entité perturbatrice. Je suppose quil avait déjà
vu cet Esprit en sa compagnie, en une autre occasion.
Le frère Botella riait lorsque je lui racontais mes
ennuis et me répondait quil en avait eu didentiques.
" Un jour, me dit-il, il faisait chaud et javais soif, jentre
dans la cuisine et me sers un grand verre deau. Au moment de
le porter à la bouche, jentends très distinctement
ces mots : il est bon ce petit vin blanc. Javais récolté
un amateur de bistrot. "
Un autre jour, son gendre entrant dans la salle à manger,
voit le médium allongé sur le sol, apparemment évanoui.
Il bondit dans la pièce voisine pour appeler un médecin.
Il revient au malade. Plus personne. Pendant quil téléphonait,
le frère Botella qui était en transe, pris par un
esprit errant, sétait réveillé, sétait
levé et était sorti par la porte de derrière
pour prendre lair et échapper à lemprise de lentité
perturbatrice, sans savoir que son gendre appelait le médecin
pendant ce temps. Ce dernier sourit en apprenant lincident ;
il devait connaître la question ; dailleurs, il fait maintenant
partie des esprits guides de notre groupe.
Voici un second exemple dobsession quil ma été
permis dobserver :
Un ami vient me voir et mexplique quune personne de sa connaissance,
une femme charmante dans son comportement normal, au cours dune
crise de neurasthénie, sest enfermée chez elle
et sest mise à boire dune manière intempestive
; il se demande si je ne peux pas faire quelque chose pour elle
car il soupçonne quelle est prise par un esprit vicieux.
Je laccompagne chez son amie et constate en quel état
cette femme est tombée, une vraie pocharde. Je lui conseille
de lamener chez le médium guérisseur Botella qui
lui enlèvera cette mauvaise influence. Je lui demande de
venir me voir avec son amie après sa visite au médium.
Le lendemain, cette dame vient me voir au bureau, toute souriante,
toute décontractée, elle me tend la main et à
ce moment précis, je ressens un choc au visage, comme si
on mavait jeté un oreiller lourd à la figure. Je
comprends quelle vient de me passer cette entité qui la
poussait à boira. Je ne dis rien, entre à mon domicile,
prends mon repas du soir et pour ne pas satisfaire les bas instincts
de cet esprit ivrogne, je ne bois rien, même pas un verre
deau. Peine perdue, lorsque je me lève de table pour gagner
ma chambre, je titube en allant dun mur à lautre du couloir,
je tombe sur mon lit, la tête me tourne, les murs de ma
chambre donnent limpression de chavirer. Je laisse faire un bon
moment pour bien constater leffet produit par cette entité,
puis jinvoque mon guide et fais une prière pour cet obsesseur
qui me quitte dun seul coup. Je reprends possession de mes moyens
normaux, tout content davoir pu débarrasser cette femme
dune pareille calamité.
Ces petites expériences, parfois ennuyeuses, parfois
amusantes mais souvent instructives pour le médium néophyte
font normalement partie du développement de la faculté
médiumnique. Cela tient à deux raisons :
dune part, le débutant ne connaissant la doctrine spirite
quassez superficiellement, ne sest pas suffisamment engagé
dans la voie de la réforme morale et attire à son
insu des Esprits de même élévation spirituelle
;
dautre part, il est nécessaire que des Esprits moins
évolués donc possédant des fluides plus grossiers,
pouvant agir sur la matière (le corps du médium),
assouplissent les organes de retransmission de linstrument (le
corps du médium) qui, plus tard, permettront aux Esprits
plus élevés de se communiquer.
Au début du développement de la faculté
médiumnique, les Esprits guides du groupe laissent agir
pendant les séances, des Esprits moins évolués
mais pleins de bonne volonté, qui manipulent les médiums
et facilitent la souplesse des membres ou des organes (nous les
appelons les manuvres). Cest ainsi quon peut voir les
dessins du médium A. intitulés "travail damateur"
par lesprit guide du médium dessinateur.
Voici à titre dexemple une expérience personnelle
intéressante sur le plan développement dune faculté
médiumnique et sur le plan contrôle de médiumnité
qui fera lobjet dun autre article.
Nos réunions spirites étant interdites par suite
de la guerre, nous nous retrouvions quelques membres de notre
groupe, au domicile de lun dentre nous, où nous causions
de doctrine et de spiritualité. Parmi les nouveaux venus
un couple exprima le désir de voir une planchette de oui-ja
et son fonctionnement.
Lhôtesse sortit la planche, posa sa main sans résultat
alors que quelques années auparavant la planchette fonctionnait
normalement. Elle me proposa dessayer ; cela dépassa toutes
les espérances ; une force impétueuse promenait
rapidement le bras dans tous les azimuts. Elle me demanda de prendre
le crayon et jécrivis le premier message dune entité
se disant mon guide. A partir de ce jour, nous nous retrouvions
tous les dimanches, dans ce groupe restreint. Ce fut le début
dune prise de possession de toutes les parties de mon corps,
expérience très intéressante par les sensations
ressenties et les résultats obtenus.
La force spirituelle se manifestait en commençant au
bas de la colonne vertébrale, montait lentement par à
coups jusquà la nuque. (le guide faisait allusion au serpent
kandulini cher aux hindouistes) puis linsensibilisation se répandant
dans tous les membres supérieurs, puis inférieurs,
puis tout le corps sauf les yeux comme si toute ma personnalité
consciente y était localisée. A ce moment, il me
faisait faire des poses plastiques pendant de longs moments sans
que je ressente la moindre fatigue. Par exemple : assis sur une
chaise, buste droit, bras en croix horizontalement dans le prolongement
des omoplates, il relevait mes jambes lentement parallèlement
au parquet, horizontalement, mes jambes et mon buste faisant un
angle droit avec comme point dappui mon postérieur sur
la chaise. Il me faisait garder cette pose pendant cinq minutes
environ. Je ne faisais aucun effort et ne ressentais aucune fatigue.
Je suppose que le guide prenait possession des centres moteurs
; je ne puis en dire davantage car on ne donnait pas dexplications.
Puis le guide agit de même sur lorgane de la vue. Il
me disait de regarder un tableau fixé au mur et dun seul
coup, comme par un déclic, je ne voyais plus le tableau
et voyais la tapisserie uniformément nette comme si le
tableau avait été enlevé. Puis la vision
redevenait normale dun seul coup. La même expérience
était répétée avec la disparition
dobjets divers placés sur la table et même de un
ou deux doigts de la main posée sur une feuille blanche
alors que je voyais parfaitement les autres doigts. Lannihilation
de la vision ne se faisait pas sur lil ou sur le nerf optique
puisquil y avait reconstitution de limage de la tapisserie ;
jen ignore le processus.
Puis le guide nous informa par lécriture quil allait
mendormir ; il essaya au cours de plusieurs séances sans
y parvenir. Alors il me fit me tenir debout au milieu du salon
et, les yeux clos, me fit tourner sur moi-même comme une
toupie, de plus en plus rapidement, à la façon des
derviches tourneurs. Je ne savais plus où étaient
le parquet et le plafond, mais à hauteur des yeux clos
javais toujours conscience de mon moi. A mon insu, il me dirigea
vers un fauteuil pour me faire choir dedans mais étant
tombé sur le bras du fauteuil, je retombais à lextérieur
; un cri deffroi de lhôtesse me fit reprendre conscience
; jétais allongé sur le sol, appuyé sur
la paume des mains et le bout des souliers, sans mal. Effrayée,
lhôtesse ne voulut plus recommencer cette expérience.
Elle eut lidée de faire venir un médium (ou soi-disant
tel) de sa connaissance pour me magnétiser ; ses passes
neurent aucun effet sauf de me faire une tête lourde comme
du plomb avec une impression de grosseur énorme comme une
citrouille.
Voyant quil ny avait aucune issue, on fit venir le médium
guérisseur Botella que nous navions pas dérangé
jusque là, car il commençait à ressentir
les prémices de sa maladie et nous ne voulions pas le fatiguer.
Dés que la séance commença, lentité
se disant mon guide nécrivit que trois ou quatre mots
et me quitta. Le médium voyant nous signala quil ne sétait
pas retiré très loin car il lapercevait passant
la tête de temps à autre par lentrebâillement
dune porte attendant que le médium parte pour me reprendre
en mains, si lon peut dire. Il le décrivit, un turban
autour de la tête comme un hindou. Puis tombant en transe,
le médium pris par un esprit guide du groupe, nous félicita
davoir continué le travail spirituel malgré les
difficultés du moment ; il nous expliqua la nécessité
de lutilisation dun esprit inférieur pour la préparation
de la médiumnité, puis termina par cette phrase
symbolique : "Un bon ouvrier doit avoir de bons outils pour
faire un bon travail". Ce quil faut traduire : les Esprits
élevés, pour faire leur travail spirituel doivent
avoir de bons médiums, doù la nécessité
pour ces derniers dune amélioration constante sur le plan
moral.
Evidemment, étant prévenu, je repoussais catégoriquement
les sollicitations de cet Esprit errant et me mis sérieusement
au travail de nettoyage moral ; ce qui dura quelques temps jusquà
une autre expérience qui fut le départ dune médiumnité
effective.
Dune manière générale, le mot obsession
est employé dans un sens péjoratif car lobsession
par des Esprits inconscients est celle qui est le plus fréquemment
constatée. Dans un sens plus large, nous disons que la
médiumnité est une obsession par des Esprits élevés
dans léchelle de lélévation spirituelle.
La médiumnité est une porte ouverte à
lInvisible. Le médium est entouré dEsprits
protecteurs qui repoussent les mauvaises influences, sil a conscience
de la haute portée de sa mission médiumnique. Sil
se laisse aller à ses propres instincts, les Esprits guides
ne peuvent plus le protéger et il tombe sous linfluence
dEsprits obsesseurs.
Allan Kardec parlait des écueils de la médiumnité
: lorgueil et la cupidité (nous dirions : le professionnalisme).
Ce sont deux formes dobsession.
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