Le Spiritisme est-il une religion ?
"Mais pourquoi nous réunir ?
Ne pouvons-nous faire, chacun en particulier, ce que nous nous
proposons de faire en commun ?
Quelle utilité peut-il y avoir à se réunir
ainsi un jour déterminé ?
Jésus nous l'indique par les paroles suivantes :
"En quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes
assemblées en mon nom, je me trouve au milieu d'elles"
(Mathieu, Chapitre XVIII - V. 20).
Cette utilité est dans le résultat produit par
la communion de pensées qui s'établit entre personnes
réunies dans un même but. Mais comprend-on bien toute
la pensée. de ce mot : communion de pensées ?
Assurément, jusqu'à ce jour, peu de personnes
s'en étaient faite une idée complète. Le
spiritisme qui nous explique tant de choses par les lois qu'il
nous révèle, vient encore expliquer la cause, les
effets et la puissance de cette situation de l'esprit." "La
pensée est l'attribut caractéristique de l'être
spirituel ; c'est elle qui distingue l'esprit de la matière
: sans la pensée, l'esprit ne serait pas l'esprit. La volonté
n'est pas un attribut spécial de l'esprit : c'est la pensée
arrivée à un certain degré d'énergie,
c'est la pensée devenue puissance motrice.
C'est par la volonté que l'esprit imprime aux membres et
au corps des mouvements dans un sens déterminé.
Mais, si elle a la puissance d'agir sur les organes matériels,
combien cette puissance ne doit-elle pas être plus grande
sur les éléments fluidiques qui nous environnent
!
La pensée agit sur les fluides ambiants ; ces fluides nous
apportent la pensée, comme l'air nous apporte le son. On
peut donc dire, en toute vérité, qu'il y a dans
ces fluides des ondes et des rayons de pensées qui se croisent
sans se confondre, comme il y a dans l'air des ondes et des rayons
sonores".
"La communion de pensées produit donc une sorte
d'effet physique qui réagit sur le moral ; c'est ce que
le spiritisme pouvait seul faire comprendre. L'homme le sent instinctivement,
puisqu'il recherche les réunions où il sait trouver
cette communion : dans ces réunions homogènes et
sympathiques, il puise de nouvelles forces morales; on pourrait
dire qu'il y récupère les pertes fluidiques qu'il
fait chaque jour par le rayonnement de la pensée, comme
il récupère par les aliments les pertes du corps
matériel".
"La volonté étant une force active, cette force
est multipliée par le nombre de volontés identiques,
comme la force musculaire est multipliée par le nombre
de bras". "Ce point établit, on conçoit
que dans les rapports qui s'établissent entre les hommes
et les Esprits, il y a, dans une réunion ou règne
une parfaite communion de pensées, une puissance attractive
ou répulsive que ne possède pas toujours un individu
isolé".
"Pour les spirites, la communion de pensées à
un résultat plus spécial encore. Nous avons vu l'effet
de cette communion d'homme à homme ; le spiritisme nous
prouve qu'il n'est pas moins grand des hommes aux Esprits et réciproquement.
En effet, si la pensée collective acquiert de la force
par le nombre, un ensemble de pensées identiques ayant
le bien pour but, aura plus de puissance pour neutraliser l'action
des mauvais Esprits ; aussi voyons-nous que la tactique de ces
derniers est de pousser à la division et à l'isolement.
Seul, un homme peut succomber tandis que si sa volonté
est corroborée par d'autres volontés, il pourra
résister, selon l'axiome : l'union fait la force, axiome
vrai au moral comme au physique".
"Ainsi par la communion de pensées, les hommes s'assistent
entre eux et, en même temps, ils assistent les Esprits et
en sont assistés. Les rapports du monde visible et du monde
invisible ne sont plus individuels ; ils sont collectifs et par
cela même plus puissants pour le profit des masses, comme
pour celui des individus ; en un mot, elle établit la solidarité
qui est la base de la fraternité. Chacun ne travaille pas
seulement pour soi, mais pour tous et, en travaillant pour tous,
chacun y trouve son compte ; c'est ce que ne comprend pas l'égoïsme".
"Grâce au spiritisme, nous comprenons donc la puissance
et les effets de la pensée collective ; nous nous expliquons
mieux le sentiment de bien-être que l'on éprouve
dans un milieu homogène et sympathique ; mais nous savons
également qu'il en est de même des Esprits car, eux
aussi, reçoivent les effluves de toutes les pensées
bienveillantes qui s'élèvent vers eux comme une
fumée de parfum. Ceux qui sont heureux éprouvent
une plus grande joie de ce concert harmonieux ; ceux qui souffrent
en ressentent un plus grand soulagement".
"Toutes les réunions religieuses, à quelque
culte qu'elles appartiennent, sont fondées sur la communion
de pensées ; c'est là, en effet, qu'elle doit et
peut exercer toute sa puissance, parce que le but doit être
le dégagement de la pensée des étreintes
de la matière.
Malheureusement, la plupart se sont écartées de
ce principe, à mesure qu'elles ont fait de la religion
une question de forme. Il en résulte que, chacun faisant
consister son devoir dans l'accomplissement de la forme, se croit
quitte envers Dieu et envers les hommes quand il a pratiqué
cette formule".
Ce n'est pas ainsi que l'entendait Jésus quand il disait
:
"Lorsque vous serez plusieurs réunis en mon nom .......".
Réunis en mon nom, c'est-à-dire avec une pensée
commune ; mais, on ne peut être réunis au nom de
Jésus sans assimiler ses principes, sa doctrine.
Le spiritisme, n'ayant aucun des caractères d'une religion,
dans l'acception usuelle du mot ne pouvait, ni ne devait se parer
d'un titre sur la valeur duquel on se serait inévitablement
mépris ; voilà pourquoi il se dit simplement : doctrine
philosophique et morale. Les réunions spirites peuvent
donc être tenues religieusement, c'est-à-dire avec
le recueillement et le respect que comporte la nature grave des
sujets dont on s'y occupe ; on peut même y dire, à
l'occasion, des prières qui, au lieu d'être dites
en particulier, sont dites en commun sans être pour cela
ce qu'on entend par assemblées religieuses. Qu'on ne croie
pas que ce soit là jouer sur les mots ; la nuance est parfaitement
claire et l'apparente confusion ne vient que faute d'un mot pour
chaque idée.
"Quel est donc le lieu qui doit exister entre les spirites
? Ils ne sont unis entre eux par aucun contrat matériel,
par aucune pratique obligatoire ; quel est le sentiment dans lequel
doivent se confondre toutes les pensées: c'est un sentiment
tout moral, tout spirituel, tout humanitaire ; celui de la charité
pour tous. Or, quel est le principe fondamental de la doctrine
de Jésus ? La charité en pensées, en paroles
et en actions. Les égoïstes et les orgueilleux mentent
quand ils se disent réunis au nom de Jésus, car
Jésus les désavoue pour ses disciples".
"La source et les bienfaits de la communion de pensées
doivent être l'essence des assemblées religieuses
; le contraire serait ignorer les causes qui la provoquent. Que
des matérialistes professent de pareilles idées,
on le conçoit car, pour eux, ils font en toutes choses
abstraction de la vie spirituelle mais de la part de spiritualistes
et mieux encore de spirites ce serait un non-sens !"
"Nous disons, de plus, que lorsque les hommes comprendront
mieux leurs intérêts du ciel, il y aura de moins
en moins de monde dans les hospices".
"Nous avons dit que le véritable but des assemblées
religieuses doit être la communion de pensées ; c'est
qu'en effet, le mot religion veut dire bien une religion, dans
son acception large et vraie, est un lien qui relie les hommes
dans une communauté de sentiments, de principes et de croyances
; consécutivement, ce nom a été donné
à ces mêmes principes codifiés et formulés
en dogmes ou articles de foi. C'est en ce sens que l'on dit :
la religion politique ; cependant, dans cette acceptation même,
le mot religion n'est pas synonyme d'opinion ; il implique une
idée particulière, celle de la foi consciencieuse
; c'est pourquoi, on dit aussi la foi politique.
Or, des hommes peuvent s'enrôler par intérêt,
dans un parti, sans avoir la foi de ce parti, et la preuve en
est, c'est qu'ils le quittent, sans scrupule, quand ils trouvent
leur intérêt ailleurs, tandis que celui qui l'embrasse
par conviction est inébranlable ; il persiste au prix des
plus grands sacrifices et c'est l'abnégation des intérêts
personnels qui est la véritable pierre de touche de la
foi sincère. Il y a plus de courage et de grandeur à
reconnaître ouvertement qu'on s'est trompé, qu'à
persister, par amour-propre, dans ce que l'on sait être
faux et pour ne pas se donner un démenti à soi-même,
ce qui accuse plus d'entêtement que de fermeté, plus
d'orgueil que de jugement et plus de faiblesse que de force".
"S'il en est ainsi, dira t-on, le spiritisme est donc une
religion ? Eh bien, oui ! Sans doute. Messieurs, dans le sens
philosophique, le spiritisme est une religion et nous nous en
glorifions, parce que c'est la doctrine qui fonde les liens de
la fraternité et de la communion de pensées sur
une simple convention mais sur les bases les plus solides, les
lois mêmes de la matière.
Pourquoi donc avons-nous déclaré que le spiritisme
n'est pas une religion? Par la raison qu'il n'y a qu'un mot pour
exprimer deux idées différentes et que dans l'opinion
générale, le mot religion est inséparable
de celle de culte, qu'il réveille exclusivement une idée
de forme et que le spiritisme n'en a pas. Si le spiritisme se
disait religion, le public n'y verrait qu'une nouvelle édition,
une variante, si l'on veut, des principes absolus en matière
de foi, une caste sacerdotale avec son cortège de hiérarchies,
de cérémonies et de privilèges ; il ne le
séparerait pas des idées, de mysticisme et des abus
contre lesquels l'opinion s'est souvent élevée".
Autrement dit: l'amour du prochain qui comprend les vivants et
les morts puisque nous savons que les morts font partie de l'humanité.
La charité est l'âme du spiritisme ; elle résume
tous les devoirs de l'homme envers lui-même et envers ses
semblables ; c'est pourquoi on peut dire qu'il n'y a pas de vrai
spirite sans charité. Mais la charité, c'est encore
un de ces mots à sens multiple dont il est nécessaire
de bien comprendre toute la portée et, si les Esprits ne
cessent de la prêcher et de la définir, c'est que,
probablement, ils reconnaissent que cela est encore nécessaire.
Le champ de la charité est très vaste ; il comprend
deux grandes divisions que, faute de termes spéciaux, on
peut désigner par les mots : charité bienfaisante
et charité bienveillante. On comprend facilement la première
qui est naturellement proportionnée aux ressources matérielles
dont on dispose ; mais la seconde est à la portée
de tout le monde : à celui du plus pauvre comme à
celui du plus riche. Si la bienfaisance est forcément limitée,
rien d'autre que la volonté ne saurait poser de bornes
à la bienveillance.
Que faut-il donc pour pratiquer la charité bienveillante
?
Aimer son prochain comme soi-même ; or, si l'on aime
son prochain autant que soi, on l'aimera beaucoup ; on agira envers
autrui comme on voudrait que les autres agissent envers nous ;
on ne voudra, ni ne fera de mal à personne, parce que nous
ne voudrions pas qu'on nous en fit.
Aimer son prochain, c'est donc abjurer tout sentiment de haine,
d'animosité, de rancune, d'envie, de jalousie, de vengeance,
en un mot, tout désir et toute pensée de nuire.
C'est pardonner à ses ennemis et rendre le bien pour le
mal ; c'est être indulgent pour les imperfections de ses
semblables et ne pas chercher la paille dans l'il de son
voisin alors qu'on ne voit pas la poutre qu'on a dans le sien
; c'est voiler ou excuser les fautes d'autrui, au lieu de se complaire
à les mettre en relief par esprit de dénigrement
; c'est encore ne pas se faire valoir aux dépens des autres
; ne pas chercher à écraser personne sous le poids
de sa supériorité ; de ne mépriser personne
par orgueil.
Voilà la vraie charité bienveillante, la charité
pratique, sans laquelle la charité est un vain mot ; c'est
la charité du vrai spirite comme du vrai chrétien
; celle sans laquelle celui qui dit : "hors la charité,
point de salut" prononce sa propre condamnation en ce monde
aussi bien que dans l'autre.
Tous les hommes ne sont pas encore mûrs pour une abnégation
complète, pour faire le bien uniquement pour l'amour du
bien. Il serait, dis-je facile, de démontrer qu'ils ont
tout à gagner à agir de la sorte et tout à
perdre en agissant autrement, même dans leurs relations
sociales. Puis, le bien attire le bien et la protection des bons
Esprits ; le mal attire le mal et ouvre la porte à la malveillance
des mauvais. Tôt ou tard :
Ø L'orgueilleux est châtié par l'humiliation,
Ø L'ambitieux par les déceptions,
Ø L'égoïste par la ruine de ses espérances,
Ø L'hypocrite par la honte d'être démasqué.
Celui qui abandonne les bons Esprits en est abandonné
et, de chute en chute, se voit enfin au fond de l'abîme,
tandis que les bons Esprits relèvent et soutiennent celui
qui, dans ses plus grandes épreuves, ne cesse de se confier
en la Providence et ne dévie jamais du droit chemin ; celui
enfin, dont les secrets sentiments ne dissimulent aucune arrière-pensée
de vanité, ou d'intérêts personnels. Donc,
d'un côté, gravir assuré de l'autre, perte
certaine ; chacun en vertu de son libre-arbitre, peut choisir
la chance qu'il veut courir mais ne pourra s'en prendre qu'à
lui-même des conséquences de son choix.
CROIRE
En Dieu tout puissant, miséricordieux souverainement
juste et bon,
En l'âme et en son immortalité,
A la préexistence de l'âme comme seule justification
du présent,
A la pluralité des existences comme moyen d'expiation,
de réparation. et d'avancement intellectuel et moral,
A la perfectibilité des êtres les plus imparfaits
; à la félicité croissante avec la perfection,
à l'équitable rémunération du bien
et du mal, selon le principe : à chacun selon ses uvres,
A l'égalité de la justice pour tous, sans exception,
faveur, ni privilège pour aucune créature,
A la durée de l'expiation limitée à celle
de l'imperfection,
Au libre-arbitre de l'homme qui lui laisse toujours le choix
entre le bien et le mal,
Croire en la continuité des rapports entre le monde
visible et le monde invisible,
A la solidarité qui relie tous les êtres passés,
présents et futurs, incarnés et désincarnés,
Considérer la vie terrestre comme transitoire et l'une
des phases de la vie de l'esprit qui est éternelle,
Accepter courageusement les épreuves en vue de l'avenir
plus enviable que le présent,
Pratiquer la charité en pensées, en paroles
et en actions dans la plus large acception du mot : s'efforcer
chaque jour d'être meilleur que la veille, en extirpant
quelques imperfections de son âme,
Soumettre toutes ses croyances au contrôle du libre
examen et de la raison et ne rien accepter par la foi aveugle,
Respecter toutes les croyances sincères quelque irrationnelles
qu'elles nous paraissent et ne violenter la conscience de personne.
Voir enfin dans les découvertes de la science la révélation
des lois de la nature qui sont les lois de Dieu.
Voilà le Credo, la religion du spiritisme, religion
qui peut se concilier avec tous les cultes, c'est-à-dire
avec toutes les manières d'adorer Dieu.
C'est le lien qui doit unir tous les spirites en une sainte communion
de pensées, en attendant qu'il rallie tous les hommes sous
le drapeau de la fraternité universelle.
Avec la fraternité, fille de la charité, les hommes
vivront en paix et s'épargneront les maux innombrables
qui naissent de la discorde, fille à son tour de l'orgueil,
de l'égoïsme, de l'ambition, de la jalousie et de
toutes les imperfections de l'humanité.
Le Spiritisme donne aux hommes tout ce qu'il faut pour leur bonheur
ici-bas, parce qu'il leur apprend à se contenter de ce
qu'ils ont ; que les spirites soient donc les premiers à
profiter des bienfaits qu'il apporte et qu'ils inaugurent entre
eux le règne de l'harmonie qui resplendira dans les générations
futures.
Les Esprits qui nous entourent ici sont innombrables, attirés
par le but que nous nous sommes proposés en nous réunissant
afin de donner à nos pensées la force qui naît
de l'union. Donnons à ceux qui nous sont chers un bon souvenir
et un gage de notre affection, des encouragements et des consolations
à ceux qui en ont besoin. Faisons en sorte que chacun recueille
sa part des sentiments de charité bienveillante dont nous
serons animés et que cette réunion porte les fruits
que tous sont en droit d'en attendre.
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